Paris-Londres, les villes concurrentes

Deux capitales, de part et d’autre du Channel. Paris et Londres, stars culturelles ou financières, figures de proue d’une Europe riche d’Histoire.

Alliées durant les conflits mondiaux du 20ème siècle, partenaires économiques et politiques, les deux villes-monde s’observent, s’imitent et s’irritent. Leur objectif : exercer un leadership exclusif sur le Vieux Continent.

L’une – la Ville Lumière, joue un rôle capital en Europe et dans le monde, de la période révolutionnaire à la Belle Epoque et jusqu’aux Années Folles : elle devient alors un centre artistique et culturel incontournable, attirant les artistes du monde entier.

L’autre, la City of London « & Districts Partners », est la ville la plus peuplée du monde au 19ème siècle : elle connaît à cette période un essor industriel et boursier fulgurant qui la conduit à inventer… le métro, notamment.

Fortes de leur gloire passée, Paris et Londres poursuivent leur mutation : en route vers de nouveaux défis et toujours en compétition – entre elles avant tout.

Avantage économique, pour Londres ; Paris doit « réactualiser »

Multi-spécialiste vs généraliste, Londres et Paris ont adopté des modèles différents, issus de leurs traditions économiques : une fonction financière prépondérante à Londres dès le 19ème siècle ; l’industrialisation et le développement des infrastructures, dès la fin du 19ème siècle à Paris.

L’économie londonienne repose sur les services financiers – avec la City comme première place mondiale -, les technologies de l’information et de la communication, le tourisme. Cette prééminence financière crée des activités indirectes de conseil, d’audit et juridiques, attirant également les sièges sociaux des firmes multinationales ainsi que les acteurs du high Tech – notamment.

Paris et sa région, sont quant à elles la première région européenne en termes de PIB. 88 % des emplois y relèvent du tertiaire mais l’IDF demeure la première région industrielle française. Importants à l’échelon national, les services financiers manquent d’ampleur mondialement. Quant à la R&D, elle constitue un segment solide qui ne se traduit pas suffisamment dans l’innovation.

Trois facteurs peuvent expliquer ces performances : tout d’abord, toute ville-monde doit disposer d’une fonction financière de premier rang. S’appuyer ensuite sur l’innovation, qui permet de développer des avantages compétitifs : produire un bien unique ou moins cher… Enfin, la stratégie économique doit être définie par une seule entité.

Alors que Londres remplit ces trois critères, Paris ne correspond pleinement à aucun. L’enjeu pour elle, est donc clairement identifié : elle doit réactualiser son modèle.

Néanmoins, un autre élément pourrait intervenir : selon certains observateurs, la réussite londonienne, tiendrait à sa position géographique – en dehors des Etats-Unis et de la zone euro – qui leur permet d’éviter les régulateurs. Un « état de fait » imparable…

La City, affaiblie par l’éventuelle sortie du Royaume-Uni de l’UE ?

Un événement majeur, rebattra peut-être les cartes : le Brexit [British Exit], qui mobilise l’opinion publique et les gouvernants européens depuis 2015.

Si les analystes sont partagés quant aux conséquences pour la City d’un tel « départ » – l’appartenance à l’UE étant vue alternativement comme l’une des raisons de l’attractivité financière ou susceptible de générer des bénéfices à long terme supérieurs aux préjudices à court terme, via les marchés émergents -, les sondages réalisés auprès des citoyens britanniques, indiquent que le oui et le non ne recueillent pas de majorité pour l’instant.

Il faudra attendre juin 2016 pour connaître les conséquences du référendum sur l’avenir britannique, français et européen.

Le « récit urbain » des atouts et handicaps des deux villes

La City et le périphérique parisien, impriment une « identité » à leurs cités respectives.

Le Square Mile – autre nom du quartier londonien -, est le cœur historique de Londres. Il comporte de nombreux monuments emblématiques : la Cathédrale St Paul, la Tour de Londres, le Tower Bridge… Et abrite le London Stock Exchange, Lloyd’s of London (marché de l’assurance), la Bank of England – auxquels il convient d’ajouter 500 banques et compagnies d’assurance environ. Architecturalement, les buildings de verre rencontrent les bâtiments historiques avec une certaine grâce.

Côté parisien, le boulevard périphérique joue un rôle paradoxal : destiné à favoriser les déplacements rapides et à « relier » les habitants, il érige en réalité une barrière entre Paris et ses banlieues. La plasticité spatiale de la ville semble être bloquée et les initiatives d’urbanisme, phagocytées par cette « frontière ». Résultat : un contraste saisissant entre Paris et la périphérie – ce qui induit des conséquences négatives sur le rayonnement de l’IDF et, surtout, des tensions entre habitants du « in » et du « out ».

Tourisme : des chiffres aussi contestés que ceux des résultats des élections

Début 2014, une annonce venue d’outre-Manche, surprend : Londres serait devenue la ville la plus visitée du monde, devançant la Ville Lumière. Selon l’office chargé de la promotion de Londres, London & Partner, 16 millions de touristes étrangers auraient foulé le sol de la capitale britannique en 2013.

La municipalité parisienne ne tarde pas à répliquer, soulignant que les périmètres évalués – le Grand Londres et Paris intramuros -, ne sont pas comparables. Les pendules sont remises à l’heure fin 2014, avec la publication du bilan de fréquentation de la région : l’IDF a accueilli 47 millions de visiteurs.

Les premières « disputes » entre les deux villes, remontent au 19ème siècle : Londres remporte l’édition 1851 de l’Exposition universelle, Paris, la suivante ; Londres réplique en 1864 et Paris, en 1867. La tour Eiffel, le Petit et le Grand Palais, voient le jour pour témoigner du prestige parisien.

2012 : une vive querelle oppose les métropoles pour l’organisation des JO. Et l’Exposition universelle de 2025, échauffe déjà les esprits.

Outre un patrimoine exceptionnel – de Big Ben à Notre-Dame-de-Paris -, les agences de promotion jouent un rôle déterminant : les deux concernées, ne sont pas financées à même hauteur – avec un net avantage pour la structure londonienne.

Paris et Londres, des « marques » pas comme les autres

A l’heure de la globalisation, la concurrence s’invite partout. Exemple : la station balnéaire d’Alicante, doit tenir compte de l’offre proposée par Antalya en Turquie ou celle de Pattaya, en Thaïlande. Les touristes choisissent leur séjour en fonction de ce qu’ils « perçoivent » de l’endroit.

La marque d’une ville se construit à travers un ensemble de signes qui forgent son identité. Paris ou Londres sont fortement caractérisées, l’une par le style haussmannien, ses grands monuments (Tour Eiffel), la signalétique de ses transports en commun (RATP), l’autre par ses bus à double étage, ses cabines téléphoniques rouge, ses taxis noirs… Un faisceau de signes qui s’inscrivent durablement dans les esprits.

Brightest City face à l’ambition de Best Big City de Londres, Paris se lance dans l’aventure du Grand Paris afin de développer les territoires laissés pour compte de sa périphérie et de créer une dynamique commune. La rivalité est déjà inscrite dans les termes…

Bien qu’elle puisse paraître vaine dans une ère de concurrence généralisée, la compétition des deux villes-monde leur permet de se surpasser sans cesse – et d’exceller.

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