Jérusalem, la ville sainte

Lieu hautement symbolique pour les trois religions monothéistes, Jérusalem a également une dimension politique « capitale » : celle de l’Etat d’Israël – la communauté internationale ne la reconnaissant pas comme telle – et celle du probable futur Etat palestinien. Etymologiquement, Jérusalem signifie ville de la paix.

Bref rappel historique. Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame l’indépendance de l’Etat d’Israël. La guerre israélo-arabe éclate et Jérusalem est coupée en deux par une ligne verte1 qui sépare Israël de la Jordanie : à l’ouest, Jérusalem devient la capitale de l’Etat hébreu ; l’est (incluant la Vieille Ville), regroupe les populations palestiniennes sous domination jordanienne.

En 1967, l’Etat hébreu, victorieux de la guerre des Six Jours, « réunifie » la ville – sans obtenir l’aval de la communauté internationale. Cela ne modifie pas la répartition des populations mais entraîne un changement en ce qui concerne les lieux saints.

C’est en effet à Jérusalem-Est que se trouvent le Saint-Sépulcre – qui abrite le tombeau du Christ selon la tradition chrétienne – et l’Esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam sunnite. Le site correspond aussi à l’emplacement du Temple détruit, d’où son appellation juive et anglo-saxonne : le Mont du Temple.

Bien que, dès 1967, le ministre de la Défense israélien Moshe Dayan ait confié l’administration des lieux saints musulmans au Waqf (Conseil religieux musulman sous le contrôle de la Jordanie), les tensions et violences induites par cette nouvelle « situation », sont récurrentes.    

Un clivage ouest / est et une fausse idée : que les quartiers juifs et arabes aient toujours été séparés

En 2014, Jérusalem regroupe 61,5 % de juifs, 35,5 % de musulmans et 1,4 % de chrétiens. La population arabe a augmenté en proportion depuis 1967 grâce à un taux de natalité élevé2.

L’équilibre démographique à Jérusalem-Est a pourtant évolué au profit des Juifs via leur installation dans certains quartiers ainsi que dans de nouvelles constructions. Le gouvernement israélien a par ailleurs établi des colonies de peuplement juif autour de la ville, au nord à Giv’at Ze’ev, au sud (Goush Etzion) et à l’est (Ma’ale Adoumim). Des implantations qui exacerbent les tensions, l’éventuelle capitale du futur Etat palestinien se trouvant ainsi encerclée.

Quoi qu’il en soit, la zone ouest de Jérusalem demeure juive et la zone est, musulmane et (très modestement) chrétienne. Or, en dépit des apparences, une telle séparation n’a pas toujours prévalu.

Retour sous l’Empire ottoman : les recensements de 1883 et 1905 montrent une grande proportion de musulmans dans le quartier juif, et inversement. Jérusalem était une ville cosmopolite où régnait une certaine mixité entre chrétiens, arméniens, juifs et musulmans.

De puissants obstacles à l’idée de cohabitation

Quand le sacré s’invite dans la sphère publique, les conséquences peuvent être dramatiques. Les événements qui agitent le Mont du Temple / Esplanade des Mosquées de façon récurrente, en témoignent : en 2000, la visite d’Ariel Sharon participe au déclenchement de la seconde intifada qui dure près de cinq ans et fait 5 600 morts.

Les Juifs ne peuvent en effet s’y rendre qu’à certaines heures et n’ont pas le droit d’y prier.

Mais de plus en plus d’activistes religieux remettent en cause cette interdiction et des partis comme le Foyer Juif, reprennent la revendication à leur compte.

Jets de pierres et tirs de feux d’artifice sur les policiers – d’un côté, ripostes avec des balles en caoutchouc et des grenades assourdissantes – de l’autre, sont devenus monnaie courante. 

Autre symbole sulfureux, la barrière de sécurité / mur de séparation qui isole Israël – dont Jérusalem – de la Cisjordanie, dans le but de limiter les attentats-suicide, mais qui sépare aussi des centaines de milliers de Palestiniens de leurs champs, travail, école ou de leur famille.

En dépit de l’efficacité de la mesure – le nombre d’attentats-suicide ayant considérablement diminué – le symbole demeure extrêmement « chargé », d’autant que son tracé fait l’objet de controverses.

Des relations et des coopérations qui transcendent les affrontements politiques

Au-delà des liens économiques forts unissant Israéliens et Palestiniens (30 000 Palestiniens travaillent dans les zones industrielles israéliennes et 22 500 autres dans les implantations situées au-delà de la ligne verte, pour un salaire trois à quatre fois plus élevé que celui versé par les employeurs palestiniens), des programmes universitaires « mixtes » ont vu le jour : l’Institut Helmut Kohl pour les Etudes Européennes de l’université de Tel Aviv, associe ainsi l’université al-Qods et même le Centre scientifique de Jordanie, dans un cursus qui permet aux étudiants de passer leur deuxième année ensemble, à Düsseldorf.

Autre initiative étonnante, celle de résidents juifs et arabes de Jérusalem, qui ont décidé de « courir sans frontières » pour la paix. La diversité ne s’arrête pas là puisque les coureurs sont des laïques, des orthodoxes, des juifs religieux, des musulmans et des chrétiens arabes de Jérusalem-Est et Beit Safafa. Devant son succès, Courir sans frontières va créer une antenne à Haïfa et Tel Aviv – Jaffa.

Situation de « guerre permanente » et intifada des couteaux

Autant de réalités réconfortantes, d’initiatives enthousiasmantes. Mais la succession d’intifada et de flambées de violence plus ponctuelles, semble avoir érodé l’ensemble des « bonnes volontés » – du côté juif comme palestinien.

Si les attaques au couteau ou à la voiture-bélier qui touchent principalement Jérusalem depuis l’automne 2015, illustrent le désespoir d’une partie de la jeunesse palestinienne de plus en plus fascinée semble-t-il par Daech, elles créent chez certains habitants de Jérusalem – pour la première fois peut-être – un sentiment de panique : les témoignages de résidents préférant se faire livrer plutôt que de se rendre dans un supermarché, évitant de prendre les transports en commun et ne supportant pas de savoir leurs proches à l’extérieur, se multiplient.

Dès lors, comment imaginer que Jérusalem puisse connaître « la paix » – ou un apaisement de ses tensions – à brève échéance ?

 

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