Dubai, la ville désert

Capitale de l’Emirat dont elle porte le nom, Dubaï est l’une des « cités globales » qui interpellent le monde en repoussant les limites du possible dans le domaine architectural et touristique. Fragilisée par la crise financière de 2007-2010, elle affiche de nouveau des ambitions mondiales.

Au début du 19ème siècle, Dubaï est un simple village de pêcheurs qui vit du commerce des perles. En 2016, elle compte près de 2 500 000 habitants avec son agglomération, ce qui en fait la ville la plus peuplée des Emirats Arabes Unis – dont l’Emirat de Dubaï fait partie.

Dans l’intervalle, la découverte du champ pétrolier de Fateh a fait basculer son destin vers les pétrodollars…

Une prospérité dont Dubaï ne se contente pas car ses réserves en hydrocarbures sont limitées : située au carrefour du Moyen-Orient, de l’Asie du Sud et de l’Afrique, elle choisit de s’affirmer comme plateforme d’échanges et centre financier, tout en inventant un concept unique : celui de ville événement.

Le « Phare de la région du Golfe », naît d’un leadership éclairé et d’une conviction forte

A Dubaï, les échanges commerciaux ne sont pas nouveaux : au début du 20ème siècle, la ville possède déjà les plus grands souks d’Arabie.

Néanmoins, deux leaders politiques ont présidé à son évolution. Cheikh Zayed ben Sultan al Nahyane, qui fonde la Fédération des Emirats Arabes Unis et comprend que la modernisation du port de Dubaï est capitale pour le développement de la région.

L’actuel émir de Dubaï, Cheikh Mohammed ben Rachid al Maktoum, qui crée de grandes entreprises dédiées au développement de la ville – dont la compagnie Emirate Airlines – et pilote la plupart des projets qui transforment le paysage urbain.

L’objectif du second : contribuer à la prospérité « post-pétrole » des Etats arabes du Golfe et l’exposer.

Un « récit » de l’espace urbain savamment orchestré

Depuis une quinzaine d’années, Dubaï s’est dotée d’infrastructures de transport conséquentes (autoroute, métro, aéroports et port) et de bâtiments spectaculaires. L’hôtel Burj-Al-Arab – 7 étoiles en forme de voile surplombant la mer ; la tour Burj Khalifa – la plus haute du monde avec ses 828 mètres ; des projets immobiliers stupéfiants comme Palm Islands – presqu’îles artificielles en forme de palmier, participent d’un storytelling relayé dans le monde entier, chaque building devenant une « légende ».

Le désir d’achat est aussi scénarisé : avec ses 1,1 million de m2 consacrés au shopping et 1 200 boutiques, le Dubaï Mall reçoit 5 millions de visiteurs par an. On trouve en son sein l’un des plus grands aquariums du monde et le plus important magasin… de bonbons.

Un tourisme de luxe et un tourisme de transit

L’impact sur le tourisme est très positif : 13 millions de visiteurs se sont rendus à Dubaï en 2014. Le secteur rapporte plus de 20 milliards d’euros.

Les touristes issus des pays voisins de l’Emirat sont les plus nombreux (4,3 millions), l’Europe suit avec 2,9 millions de visiteurs puis l’Asie du Sud (1,8 million). Les pays émergents fournissent de gros contingents, Inde et Russie en tête.

Mais le secteur se diversifie : au tourisme de luxe s’ajoutent un tourisme de conférences, un tourisme de shopping et un tourisme de transit. Les autorités en ont bien pris conscience et favorisent la création d’établissements hôteliers 2 ou 3 étoiles, ceux-ci ne représentant que 10 % de l’offre totale actuelle. Le tourisme de luxe n’a donc plus vocation à l’exclusivité.

Pour connecter les esprits et construire l’avenir – chacun de son côté

Telle est la philosophie de Dubaï – et le thème qu’elle a choisi pour l’organisation de l’Exposition universelle qu’elle organisera en 2020.

A Dubaï, 90% des habitants sont étrangers. La ville est cosmopolite, multiculturelle et 100% anglophone. La tolérance religieuse règne. Mais pas la mixité sociale.

Les Emiratis, Occidentaux (les Français constituant le deuxième contingent européen après les Britanniques) et Asiatiques (Indiens, Pakistanais, Bangladais, Philippins, Chinois) ou Africains de l’Est (essentiellement Ethiopiens et Somaliens), se côtoient parfois sur leurs lieux de travail. Mais ils habitent des quartiers séparés.

Les expatriés occidentaux travaillent principalement dans les zones franches (Dubai HealthCare City, Dubai Media City et Dubai Internet City, Dubiotech), dans les professions libérales ou le secteur financier – pour des salaires très supérieurs à leurs salaires français.

Employés dans le secteur de la construction, les Asiatiques et Africains, perçoivent environ 200 € mensuels ; ils ne bénéficient d’aucune protection sociale. Bien qu’une garantie minimale leur soit accordée par l’Emirat – ne pas travailler aux heures les plus chaudes de la journée et jamais au-delà de 50° – leurs employeurs ne la respectent que rarement ; leurs passeports leur sont fréquemment confisqués. Leur logement s’effectue souvent dans des conditions dramatiques.

C’est la face noire de Dubaï.

Un professeur de l’université Paris-Sorbonne à Abu Dhabi, a par ailleurs écopé de huit mois de prison et reste interdit d’enseignement pour avoir déclaré que « l’abondance économique ne serait jamais une alternative aux droits politiques ».

Fragilités et capacité de rebond                    

La crise financière mondiale de 2007-2010, a souligné les faiblesses du « modèle » dubaïote : près de 70% de la richesse produite reposait sur le secteur de la construction et du bâtiment ainsi que sur une intense spéculation. Les entreprises nationales étaient très endettées et la moitié des projets de construction immobilière, a dû être stoppée. L’injection de capitaux des fonds souverains par l’Emirat d’Abou Dhabi, a « sauvé » Dubaï, qui en conserve une dette souveraine colossale.

Autre problème : les « grands projets », qui reposent sur des savoir-faire étrangers. L’ascenseur le plus rapide du monde, a été conçu en République tchèque ; des projets de l’envergure des Palm Islands, nécessitent de recourir aux meilleurs ingénieurs et architectes, recrutés dans le monde entier. Dubaï vit sous perfusion de « cerveaux » étrangers.

Et ne s’en émeut pas.

Car elle court déjà vers d’autres horizons : elle entend devenir l’une des capitales du l’art et du design.

Son nouveau concept, D3 – Dubaï Design District, est un espace fonctionnel et résidentiel censé accueillir, d’ici à 2018, 10 000 professionnels du design et de la mode.

Avec l’objectif de faire se côtoyer des marques internationales et des créateurs en devenir, notamment moyen-orientaux.
Habituée à se surpasser, Dubaï devrait relever haut-la-main le défi de l’Exposition universelle en 2020. Quant à celui de « faire société » …

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