Quelques réflexions suite à un voyage romain

Quelques réflexions inspirées d’un récent voyage à Rome avec ou sans lien évident avec la capitale romaine

Tout nouveau style est à la fois une naissance et un enterrement. Le baroque en finit avec les fresques de la Renaissance qui, elle même, avait enterré l’art du vitrail et la voute d’ogive.

La Renaissance met au point la perspective frontale. Le baroque imagine la perspective vue d’en bas. La première subordonne la réalite à la perception. La seconde parachève cette révolution en séparant le ciel de la terre et le divin de l’humain.

Le quartier de l’EUR montre que l’art fasciste est bien moins emprunt de mégalomanie que l’architecture nazie ou communiste. En tout cas l’EUR n’est ni plus, ni moins « écrasant » que la plupart des nouveaux quartiers construits après-guerre.

Le pylone. Voilà un objet qui n’a pas à se vendre. Un objet sans intéret a priori. Un objet dont la fonction est identique quels que soient  l’histoire et la géographie. Et pourtant, il existe bel et bien une esthétique du pylone puisque son aspect varie d’un pays à l’autre. Et si le pylone exprimait l’essence de la culture ?

Rome n’aurait jamais pu avoir son Hausmann. Qui aurait osé s’attaquer aux édifices religieux dans la ville sainte alors même que le tracé des rues n’a cessé de s’adapter aux églises ?

Un grand artiste est un créateur qui cherche et se remet en cause sans cesse. Comme Michel Ange ou Picasso.

Comme le communisme, le chritianisme, le protestantisme et l’islam se présentent comme des idéologies, des façons de voir et de façonner le monde qui supportent difficilement la contestation.

Tout grand artiste est menacé par l’esprit de système. Voire, à titre d’exemple, la dernière période de Rothko. Sauf à considérer qu’arrivé à un certain stade (un carré noir, par exemple), l’oeuvre sombre dans le néant ou le pastiche.

Peu de peintures expriment des sentiments. Et quand les peintres expriment des sentiments, ceux-ci n’ont rien d’évident. Après tout que suggère exactement le sourire de la Joconde ?

Le pop art c’est l’art de la récupération de l’art par l’art, assumé comme tel, avec tout ce que cela suppose comme deuxième degré… ou comme procès.

Le fouilli urbain porte la marque de l’antiquité. L’unité émerge avec le baroque

L’urbanisme a ceci de particulier c’est que les périodes de création sont aussi de grands moments de destruction où les villes s’emploient à faire table rase du passé

Un créateur n’a pas toujours vocation a être concepteur et réalisateur. Il suffit de voir les ateliers de peinture de la Renaissance, les cabinets d’architecture ou le mode de fonctionnement du cinéma. Même dans le domaine du livre, la BD américaine mobilise depuis longtemps des équipes composées au minimum d’un scénariste, d’un dessinateur et d’un encreur. Là, comme dans le dessin animé ou, plus largement, dans toutes les séries, les héros sont la propriété de sociétés ou d’individus qui n’assument plus nécessairement des fonctions de conception et de réalisation mais garantissent le respect des caractéristiques originelles de la création.

Le béton peut être un matériau esthétique. L’EUR à Rome comme le Havre de Perret en témoignent. Comment se fait-il que son emploi soit devenu si décevant, quand ce n’est pas purement et simplement effrayant, au point d’inspirer un verbe comme « bétonner » et un mot comme « bétonnage » ?

Les maquettes donnent de l’architecture une image  vue du haut alors qu’une construction est d’abord sinon toujours vue a hauteur d’homme. Cette façon de créer puis de présenter la création engendre des décalages souvent désastreux entre l’intention première de l’architecte et la perception finale de sa réalisation.

Le plus difficile pour un architecte n’est pas de concevoir un habitat individuel, ni même une tour de bureaux : c’est de proposer un projet d’habitat collectif qui tienne compte de l’échelle humaine et de l’environnement existant. 

L’art suppose une forme de radicalité dans l’expresion ou dans l’intention. L’enjeu relève moins d’une recherche de l’adhésion que d’une recherche de l’attention et la crainte de l’échec moins de la peur du rejet que de la peur de l’indifférence.

%d blogueurs aiment cette page :