La peinture est-elle apolitique ?

Imaginer un autre monde, oui. Contribuer à la changer, non.

A mesure que le pouvoir de l’Eglise faiblit sous l’influence des princes, du protestantisme et du marché, les artistes commencent à voir le monde différemment et à en imaginer d’autres. Mais si les artistes s’affranchissent du rôle de propagandistes du dogme chrétien, la plupart n’iront pas jusqu’à promouvoir un changement effectif de société. Après avoir servi la religion dominante pendant des siècles, ils s’écarteront du pouvoir pour faire de l’art une fin en soi.

La peinture occidentale nait dans deux foyers distincts : les Pays Bas et l’Italie. Même si rien n’interdit de penser que certaines oeuvres aient pu être réalisées par plaisir, la plupart sont le fait de commandes. Toutes ne présentent pas le même degré de contrainte. Les commandes des institutions ecclésiastiques imposent un cahier des charges relativement strict. Celles des princes et plus largement des mécènes laissent une plus grande liberté.

Dès Van Eyck (et à la différence de la peinture italienne ou allemande de Dürer et Grünewald), la peinture des Pays Bas ne traite plus exclusivement de sujets religieux mais font des scènes quotidiennes un genre à part entière. Des artistes comme Rubens et Rembrandt font figure exception, le premier s’affirmant comme un peintre de cour, le second ne se préoccupant pas vraiment du monde qui l’entoure. Mais le fait est là : dès Bosch, les peintres flamands et néerlandais bénéficient d’une grande liberté artistique. L’influence de l’Eglise est moins prégnante en Flandre et elle disparait quasiment en Hollande du fait du protestantisme. Qui plus est l’existence importante d’une bourgeoisie développe pour la première fois dans l’histoire un véritable marché de l’art. Bosch se donne les moyens d’une certaine indépendance financière en épousant la fille d’un bourgeois, Bruegel devient maître de la guilde des peintres d’Anvers, Hals est « franc maître », Rembrandt devenu riche et célèbre peut se consacrer à de nombreux autoportraits et Vermeer invente une peinture immobile. Cette liberté se manifeste aussi à l’égard du fameux voyage en Italie auquel sacrifie seulement Rubens.

L’entrée de l’Espagne dans l’histoire de l’art commence avec Le Greco, un peintre grec, pétri d’influence italienne mélangée d’influence mystique et maniériste. Velasquez est tout aussi inclassable. Comme Le Greco, il prend des libertés dans sa façon de peindre ses commanditaires, cette même liberté que l’on retrouve chez Goya. La recherche du beau, au sens classique et ibérique du terme, n’est pas une préoccupation ibérique. La France comme l’Espagne tarde à écrire sa propre histoire. Elle le fait en prenant d’emblée ses distances avec la religion romaine. Poussin s’inspire de l’art italien mais s’intéresse plus aux sujets antiques que bibliques. Fantin-Latour mêle style caravagesque et flamand. La peinture de cour triomphe avec Lebrun, Watteau, Boucher et Fragonard. David marque l’apothéose et la fin de la peinture de propagande. Une peinture de contestation se développe dès Géricault. Dans le choix des sujets avec le radeau de la Méduse ou la liberté guidant le peuple. Mais aussi dans un style de plus en plus opposé au classicisme, avec les romantiques, les symbolistes, Monet et Manet. La peinture germanique est-elle triste, sinon morbide ? Non, si l’on regarde Dürer. Oui si l’on suit une filiation reliant Grünewald à Kirchner en passant par le mélancolique Friedrich. Après un siècle de recherche effrénée, l’art italien arrive à une force d’équilibre er de perfection classique incarnée par Raphaël. Titien, Lotto, Le Corrège puis Véronèse et Carrache s’inscrivent dans le droit fil de cette école. Mais, très tôt, quelques peintres explorent d’autres univers. Pontormo et Le Tintoret poussent le maniérisme de Michel Ange à ses extrêmes limites tandis que Le Caravage crée une troisième voie, radicalement nouvelle, mais sans véritable lendemain. 

Pour qu’il y ait scandale, il faut que l’oeuvre soit publiquement exposée. Tel est le cas des nus de la chapelle Sixtine. Trop admirée pour pouvoir être totalement reprise ou détruite, l’œuvre de Michel Ange fait l’objet d’une demi-censure. Il faudra attendre les salons du XIXe siècle pour que la polémique renaisse du fait de peintres tels que Courbet ou Monet.  

En cours de rédaction

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