Grandeur et misères de la photographie

Toujours les mêmes en tête de gondole !

Après avoir été distinguée par le Prix spécial photographe de la Fondation Jean-Luc Lagardère, la photographe Stéphanie Lacombe vient de recevoir le Prix Niépce en 2009. Vous ne conaissez pas Stéphanie Lacombe ? Normal, Stéphanie est jeune. Vous ne connaissez pas non plus le Prix Niépce ? Normal aussi. Bien que la création de ce prix date de 1955, l’intérêt des Français pour la photographie reste limité à quelques noms.

Depuis plusieurs années, le top 3 des livres photos proposés par les librairies reste inchangé : Cartier-Bresson, Doisneau et Depardon. Ou : Depardon, Doisneau et Cartier-Bresson. A moins que ce soit plutôt : Doisneau, Cartier-Bresson et Depardon. J’exagère ? Oui. Il faudrait étendre ce cercle restreint à Brassaï, Ronis et, bien entendu, Arthus-Bertrand (même si ses livres sont plus souvent proposés au rayon « tourisme/beaux livres » qu’au rayon photo). Ce qui fait 6. Disons une dizaine grand maximum en incluant le catalogue de l’expo photo du moment, un ou deux « Taschen » et l’américain(e) à la mode.

C’est tout le problème de la photographie : l’intérêt qu’elle suscite relève plus de sa valeur documentaire que de sa valeur artistique. Une fois dans la librairie, admettons que l’acheteur potentiel jette un coup d’œil sur les livres de photographes moins connus du public français (un coup d’oeil parfois fébrile s’il s’agit d’un livre de nus), que se dit-il le plus souvent ? Il se dit que c’est vraiment n’importe quoi, qu’il pourrait en faire autant. L’avantage au moins avec Cartier-Bresson, Doisneau ou Ronis, c’est que ça fleure bon la France, l’histoire et la nostalgie, des lieux et des visages familiers. Et puis, ces photos en noir et blanc, y a pas à dire, c’est quand même joli. Comme Arthus-Bertrand. Sauf que lui c’est en couleur. Mais, bon, ça n’est pas donné à tout le monde de louer un hélicoptère et tout le matériel qui va avec pour esssayer d’en faire autant.

A l’inverse du cinéma ou de la littérature, la photographie, loin de s’ouvrir au monde, reste confinée à quelques noms. De nouveaux talents ont pourtant émergé. Quelques-uns sont français. La plupart ne le sont pas. Le photographe le plus cher du moment est allemand. Et alors ? La photographie, comme tous les arts, a une vocation universelle. Elle a par ailleurs  un immense avantage : c’est un art facilement accessible. Pour peu qu’on admette que la photographie, une certaine photographie, soit un art. Or combien de livres d’histoire de l’art parlent-ils de la photographie, au même titre que de la peinture ou de l’architecture ? Peu, très peu. Trop peu. Et c’est sans doute là que réside encore aujourd’hui le problème majeur de la photographie.

A voir

– Une sélection forcément incomplète mais qui offre un rapide panorama de la photographie actuelle Ici

A lire

– Une petite histoire de la photographie de Walter Benjamin Ici

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