Aux sources de l’extrêmisme et du terrorisme musulman. Réflexion autour du livre de M. Sifaoui : « Pourquoi l’islamisme séduit-il? »

Au bout de la logique

Si vous vous interrogez sur les raisons du terrorisme islamique, inutile de chercher : l’essentiel des livres et des articles ne s’intéressent pas à ce que veulent les mouvements terroristes mais à la façon dont ils entendent l’obtenir. Comment Al Qaida recrute ? Comment Al Qaida se finance ? Comment Al Qaida opère en France, à Londres, en Allemagne ou en Amérique du Nord ? Comment peut-elle à nouveau frapper en Europe occidentale ? Et comment peut-elle faire usage des armes nouvelles bactériologiques, chimiques ou nucléaires ? Vous pouvez tout savoir (ou presque) sur la stratégie des groupes terroristes. Sur leurs motivations, en revanche, zéro.

Même quand, un livre de Mohamed Sifaoui (1) se demande « Pourquoi l’islamisme séduit ? », l’analyse se révèle sommaire et finalement décevante. La question de la vision du monde par les extrêmistes est pourtant essentielle. Mais l’absence de réponse montre à quel point les stéréotypes ont la vie dure. Défini à la fois comme une déviance et un totalitarisme, l’islamisme est censé regrouper sous une même bannière des mouvements aussi différents que les Frères musulmans, les salafistes, l’école wahhabite, Tariq Ramadan ou l’UOIF. Leur dénominateur commun : la violence des mots mais aussi, et c’est le point central du message de Mohamed Sifaoui – on n’ose pas dire sa démonstration -, la violence des actes. Si l’islamisme ne se confond pas avec le terrorisme, il y conduit inéluctablement car, assène Mohamed Sifaoui, « l’islamiste qui bat son épouse est ausi capable de poser des bombres » (2). Comme si l’histoire n’avait pas montré que les criminels de guerre étaient tout à fait capables d’aimer leur femme et leurs enfants…

En fait la différence entre islam et islamisme est aussi courante qu’inopérante. Mohamed Sifaoui n’est pas le premier à vouloir démontrer l’existence d’une dérive obscurantiste de l’islam, attachée à une interprétation littérale du Coran. Pourtant, cette thèse ne tient pas la route. Si l’islamisme est une notion qui fait partie du débat, elle ne permet en aucun cas de l’éclairer. Au contraire. La subjectivité qui s’y attache ne fait que l’obscurcir un peu plus. A la différence du catholicisme qui repose sur un clergé centralisé et un dogme unique, il est absurde de parler d’intégrisme protestant ou islamique. Quel est cet islam dont l’islamisme serait une radicalisation ? Quelle interprétation du Coran devrait prévaloir ? Est-on même sûr de ce que pense et croit la majorité des musulmans ? Et si oui de quelle majorité parle-t-on ? Très vite, l’analyse tourne en rond.

La véritable différence ne se situe pas entre l’islam et l’islamisme mais entre entre la violence et l’islam. La violence armée contre les intérêts américains et européens n’est ni spécifiquement chiite, ni particulièrement sunnite. Les groupes terroristes se rattachent à des courants différents, parfois même antagonistes. A l’exception d’Al Qaida, leurs attaques se concentrent dans une ère géographique limitée et le plus souvent contre des gouvernements musulmans : le GIA (Groupe islamique armé) intervient en Algérie, l’Egyptian Islamic Jihad en Egypte, le Harkat-ul Mujahideen al-Alami au Pakistan, le Moroccan Islamic Combatant Group au Maroc, le Moro Islamic Liberation Front aux Philippines, le Jemaah Islamiyah en Indonésie…

Mais les intellectuels occidentaux ne sont pas prêts d’abander cette distinction entre islam et islamisme. La distinction est bien trop pratique pour départager la majorité des musulmans, qui ne demandent qu’à vivre en paix, des islamistes, par définition violents et obscurantistes, mais heureusement moins nombreux.

Article en cours de rédaction

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