Qu’est-ce qu’une « presse indépendante » ?

Un problème complexe.

En France, comme ailleurs, la presse va mal. Très mal. Inutile de consulter les statistiques : une petite discussion avec votre vendeur de journaux vous le confirmera. Les raisons invoquées pour tenter d’expliquer cette crise sans précédant sont multiples : le développement d’internet et des journaux gratuits (le plus souvent) mais aussi le manque d’intérêt et de crédibilité de l’information généraliste, la montée en puissance de certains supports thématique et de l’information pratique… 

Soit. Mais que faire ?

Chargés de trouver des solutions, des « Etats généraux de la presse » ont formulé 90 propositions. Les pouvoirs publics en ont repris certaines. Il a été convenu notamment d’un moratoire avec La Poste qui prévoyait d’augmenter ses tarifs postaux, d’exonérations de charges pour les marchands de journaux et pour le développement du portage. A quoi devraient s’ajouter une réorientation des dépenses de communication de l’Etat vers la presse écrite et internet (favorisée par la suppression de la publicité sur les chaînes publiques) et la création d’un statut d’éditeur en ligne ouvrant la possibilité aux sites d’information 100% internet de bénéficier d’aides publiques… Ces mesures suffiront-t-elles à assurer la pérennité de la presse ? Vu la gravité de la crise, sans doute pas. Certains journaux, comme les Inrockuptibles, vont même plus loin : les Etats généraux destinés à faire des propositions au gouvernement symbolisent à eux seuls une perte d’indépendance dans un contexte « de pressions insidieuses liées à des logiques d’intérêt et de connivence avec le pouvoir » (n° du 27 janvier dernier).

Ce qui est énervant, c’est qu’on ne sait plus trop ce qu’il faut entendre par presse « indépendante ». D’où l’intérêt du travail de réflexion mené par le blog « ecopublix.eu »  qui publie plusieurs analyses passionnantes sur ce sujet.

Pour un des chroniqueurs de ce blog, Guillem, l’indépendance d’un journal dépend largement du degré de concentration de son actionnariat et de celui de ses annonceurs. Autrement dit, plus l’actionnariat est déconcentré, moins la pression des pouvoirs publics est possible. Et plus les annonceurs sont nombreux et indépendants les uns des autres, moins les entreprises peuvent user de leur influence financière. Logique ? Oui à ceci près que Guillem rappelle une autre évidence : « la publicité n’est pas un revenu que pour les médias, mais aussi pour les annonceurs eux même, qui en ont besoin pour vendre leurs produits. Plus la presse est elle-même concentrée, moins l’annonceur sera susceptible de brandir une menace de boycott, puisque celui-ci deviendrait trop coûteux (si il n’y a qu’un seul journal dans le pays, je dois nécessairement passer par lui pour faire de la pub, je ne peux donc me permettre de le boycotter, sinon, mon chiffre d’affaire s’écroule). » Bref, rien n’est simple et tous les facteurs doivent être pris en compte.

L’analyse intégrale de Guillem du 4 décembre : http://www.ecopublix.eu/2008/12/etat-gnral-de-la-presse-et-dmocratie.html

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