« Psychologies magazine » vainqueur par K.O. du « Cercle psy » et de « Clés »

Sur un marché où les revues grand public sont fortement concurrencées par les rubriques spécialisées de la presse féminine, le succès de Pyschologies magazine reste un cas isolé. Bien dans ma vie, a cessé son activité en 2008, six ans après son premier numéro tandis que l’actuel challenger de PM, le magazine Clés, dépasse péniblement les 30000 exemplaires. Depuis la fin de l’année dernière, un nouvel entrant, Le Cercle psyambitionne de donner la parole à « toutes les psychologies » sous un format magazine. Une vrai révolution dans un paysage où les revues cultivent leur sérieux ou leur sex appeal mais jamais les deux. Le Cercle psy réussira-t-il à démontrer qu’on peut être l’un et l’autre ? Réponse très bientôt.

Le Cercle psy

Editeur : Edition des Sciences humaines – Création : juin 2011 – Périodicité : trimestrielle – Prix (début 2012) : 7,90 euros – Sur le net : facebook – Site : le-cercle-psy.scienceshumaines.com

Repère : Le Cercle est édité par Jean-François Dortier, fondateur et directeur de publication de l’excellent magazine Sciences Humaines.

Distribution : en kiosque.

A qui ça s’adresse ? Aux étudiants de première et deuxième année ? A un public majoritairement féminin ? Plus particulièrement à des mamans ? Ou à des esprits simplement curieux ? On ne sait pas trop et c’est un peu le problème.

Qui sont les chroniqueurs ? Le Cercle n’a ni chroniqueur, ni comité de rédaction.

Qui rédige les articles ? Pour l’essentiel, un journaliste scientifique, Jean-François Marmion, et le directeur de la publication, Jean-François Dortier. 

De quoi ça parle ? De psychologie, neurosciences, psychanalyse, pyschologie du développement, pyschologie sociale, psychologie systémique, voire même de développement personnel…

Promesse : traiter de « toutes les psychologies, sans exclusive, ni invective » et de façon accessible.

Promesse tenue ? Oui, Le Cercle traite de toutes les disciplines « sans exclusive ». Mais le refus de « l’invective » se traduit par un strict compartimentage des écoles et des sujets. Résultat : la revue tient sa promesse (pas d’invective) au prix d’une absence de débat entre tenants des différentes disciplines et un seul homme, Jean-François Marmion, juge de ce qui est, ou non, criticable.

Ce qui est intéressant : Le Cercle est aujourd’hui la seule revue à parler vraiment – et intelligemment – des pyschothérapies. On se distrait en feuilletant Pyschologies magazine et Clés. On se cultive en lisant Le Cercle. Ne serait-ce que pour cette raison, la revue  remplit un rôle. Ce rôle est-il irremplaçable ? C’est toute la question.

Ce qui est décevant : des sujets sans grand intérêt scientifique mais délibérement accrocheurs (« Rapports sexuels entre psys et patient(e)s : histoire d’une omerta ») ou dignes de Sciences et vie junior comme « Lutter contre la discrimination : convaincre n’est pas vaincre » ou « Pourquoi croit-on aux fantômes ? ».

Pour résumer : pas de ligne éditoriale claire mais une approche exigente. Une revue sur le fil.

Note : 2,5/5

Psychologies magazine

Editeur : – Création : – Périodicité : mensuelle – Prix (début 2012) : 4 euros – Sur le net : wikipedia – Site : psychologies.com

Repère : la revue a été reprise et relancée avec succès par le journaliste Jean-Louis Servan-Schreiber, créateur avec Jean Boissonnat de L’Expansion

Distribution : en kiosque.

A qui ça s’adresse ? A un public essentiellement féminin.

Qui sont les chroniqueurs ? Des thérapeutes et des romanciers, soit début 2012, Claude Halmos, Marie de Hennezel, Charles Rojzman, Belinda Cannone et David Foenkinos.

Qui rédige les articles ? Des journalistes.

De quoi ça parle ? De désir, de sexualité, de maternité, de virilité, de féminité, de spiritualité…

Promesse : Aider chacun à « Mieux vivre sa vie » en développant une meilleure connaissance de soi et de meilleures relations avec les autres.

Promesse tenue ? Incontestablement. « Je ne supporte plus les pleurs de mon bébé », « Le point G est-il un fantasme ? », « Pourquoi le désir va et vient », « D’ou vient ce petit air que j’ai dans ma tête ? »… Le magazine aborde la psychologie sous l’angle de la vie quotidienne, donne la parole à des thérapeutes et rassure ses lecteurs : même les stars ont des problèmes, elles aussi doivent se battre pour les surmonter. Et parce qu’il est grand temps de réconcilier la raison et le spirituel, l’esprit et le corps, le magazine promeut le bien être au sens large du terme en parlant de spiritualité, de techniques de relaxation, d’hygiène de vie…

Ce qui est intéressant ? Des dossiers où s’expriment les représentant de différentes formes de thérapies : psychiatre, psychanalyste lacanien, gestalt-thérapeute…

Ce qui est décevant ? Les analyses et les conseils d’une banalité souvent affligeante.

En résumé : célébrités + psychologie + santé = énorme succès

Note : 4/5

Clés

Editeur : Editions du Relié – Création : janvier 1993 – Périodicité : bimestrielle – Prix (début 2012) : 5 euros – Sur le net : wikipedia – Site : cles.com/le-magazine

Repère : Clés est édité par les Editions du Relié dont le but est de « faire connaître les enseignements spirituels contemporains vécus par différents témoins spirituels d’orient et d’occident ».

Distribution : en kiosque.

A qui ça s’adresse ? Aux désabusés ? Aux dépressifs ? A ceux qui traversent la crise de la quarantaine, de la cinquantaine, de la retraite… ? En fait, on cherche encore.

Qui sont les chroniqueurs ? Des romanciers, pour la plupart. A noter : l’existence d’un « conseil éditorial » composé de membres prestigieux : Alexandre Adler, Christope André, Edgar Morin, André Comte-Sponville…

Qui rédigent les articles ? Des journalistes, des pigistes pour l’essentiel.

De quoi ça parle ? De développement personnel et durable sous l’angle philosophique et psychologique mais aussi artistique, écologique, économique, social… Genre : on peut être intéressé par soi mais aussi par le monde qui nous entoure.

Promesse : aider chacun à « retrouver du sens » dans ce qu’il vit et dans ce qu’il fait.

Promesse tenue ?  Pas vraiment. Il faut dire que la promesse, redonner du sens à la vie, est particulièrement ambitieuse. Faute d’être Philosophie Magazine ou le Journal-des-gens-qui-donnent-un-sens-à-leur-vie, la revue donne rarement des clés de compréhension ou des exemples concrets qui donnent la pêche. Reste un pot pourri de sujets mêlant l’esclavage au cambodge, l’économie des pays émergeants, les oeuvres humanitaires de « madame la directrice » (Perla Servan-Schreiber), les conseils de santé, les soins de beauté…

Ce qui est intéressant : il arrive que la revue se souvienne de sa promesse initiale. Le résultat est parfois ridicule, parfois intéressant. Dans la seconde catégorie, on citera à titre d’exemple : « La rigueur, notre nouvelle valeur ? » (un débat entre Caroline Fourest et Séphane Rozès) ou encore « Vivre en ville et aimer ça », à lire dans le numéro de février-mars 2012.

Ce qui est décevant : avec l’appui d’un conseil éditorial prestigieux, le savoir faire de Jean-Louis Servan-Schreiber, un concept excessivement ambiteux mais malgré tout intéressant, la revue conserve un potentiel inexploité. 

En résumé : heureusement que le marché n’est pas en crise.

Note : 1/5

Franck Gintrand

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