La fin du Progrès

L’idée de progrès est liée, sur le plan philosophique, à une tendance profonde des Lumières qui pensaient pouvoir transformer le monde à partir de la diffusion de connaissance dotant les hommes des moyens intellectuels nécessaires à la mise en cause et à la transformation de la société d’Ancien Régime. À la perfectibilité de l’humanité s’ajoute vers 1800 l’idée de l’accélération du progrès scientifique et technique au début de la première révolution industrielle. Le progrès désigne surtout les groupes qui veulent briser les structures politiques et mentales héritées de l’Ancien Régime. Le progrès du socialisme dans les pays industrialisés entraîne une évolution de la notion vers une prise en compte de la nécessité de surmonter la misère et d’offrir à toutes les couches de la société des conditions de vie dignes

ANTIQUITE

Durant l’Antiquité, deux écoles s’affrontent et se croisent : le primitivisme, qui voit la décadence, et le progressisme, qui voit le progrès. Hésiode, dans Les travaux et les jours (viiie siècle av. J.-C.), développe le mythe de l’Âge d’or. La perfection de la race humaine se situe à l’origine, et le progrès technique est signe de décadence. »les mortels vivaient comme les dieux, ils étaient libres d’inquiétudes, de travaux et de souffrances ; la cruelle vieillesse ne les affligeait point (…) Tous les biens naissaient autour d’eux. La terre fertile produisait d’elle-même d’abondants trésors ; libres et paisibles, ils partageaient leurs richesses avec une foule de vertueux amis. »

Sénèque considère le progrès technique – pas le progrès des connaissances – comme un danger pour la vie morale, puisque son moteur est l’amour du luxe et du plaisir  

Eschyle, dans Prométhée enchaîné, de façon mythique, attribue le progrès dans les techniques et les sciences, à Prométhée, un Titan qui a apporté le feu aux hommes : « Prométhée : Si tu veux écouter le reste, tu admireras combien d’arts et de ressources j’ai inventés. Voici le plus grand : Si quelqu’un, autrefois, tombait malade, il n’y avait aucun remède, aucune nourriture, aucun baume, ni rien qu’il pût boire. Ils mouraient par le manque de remèdes, avant que je leur eusse enseigné les mixtures des médicaments salutaires qui, maintenant, chassent loin d’eux toutes les maladies (..)tous les arts ont été révélés aux Vivants par Prométhée » Au moyen âge,

MOYEN AGE

On doit à Mathias Roriczer, selon E. Zilsel6, la première apparition de l’idée d’un progrès continuel de l’artisanat et de la science. Son livre sur l’architecture (Von der Fialen Gerechtigkeit. Comment construire correctement des pinacles et des tours, Trèves, 1845) date de 1486.

XVI-XVIIe

Pour Francis Bacon, le progrès humain sans limites. Dans son ouvrage La Nouvelle Atlantide (1627), est imaginée une cité parfaite dévolue à l’essor des sciences et des technologies. « Notre Fondation a pour fin de connaître les causes et les mouvements secrets des choses et de reculer les frontières de l’empire de l’homme sur les choses, en vue de réaliser toutes les choses possibles » (La Nouvelle Atlantide, G.F., p. 119). Un manuscrit inachevé (Les Merveilles naturelles) nous propose un aperçu de ce que les techniques apporteront aux hommes : « une jeunesse presque éternelle, la guérison de maladies réputées incurables, l’amélioration des capacités cérébrales, fabriquer de nouvelles espèces animales et produire de nouveaux aliments, etc. ». Ainsi, pour Bacon, le progrès humain consiste à réaliser toutes les choses possibles. Il faut ajouter que cette utopie technologique se prolonge jusqu’à l’espoir de vaincre la mort afin de permettre à l’homme de vivre comme il vivait jadis dans le jardin d’Eden.

XVIIIe

La Querelle des Anciens et des Modernes voit s’affronter les tenants de la valeur indépassable des auteurs de l’Antiquité gréco-latine, menés par Boileau, et ceux qui, derrière Charles Perrault, pensent au contraire que le siècle de Louis XIV pouvait amener des perfectionnements, des progrès dans les arts et lettres.

Par la suite, sous l’influence des idées cartésiennes et des améliorations techniques (dont le modèle est l’horloge), les philosophes jettent les bases d’une vision foncièrement optimiste (voire naïve) du Progrès humain, conçu comme un mouvement inéluctable, universel et linéaire. Avec son « Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain », Nicolas de Condorcet imagine un avenir progressivement éclairé par la Raison, l’éducation, les connaissances, les découvertes scientifiques et techniques. Cette vision du Progrès dominera tout le xixsiècle.

« Concept central de la pensée des Lumières et des courants évolutionnistes, le progrès incarne la croyance dans le perfectionnement global et linéaire de l’humanité; La société, tout en se développant, évolue vers le « mieux » : augmentation des richesses, progrès scientifique et technique… mais aussi amélioration des mœurs et des institutions, voire progrès de l’esprit humain. »

XIXe s

La culture technique de la première industrialisation (système fer/charbon/vapeur), au contraire, s’est fondée sur la notion de progrès, en basculant de la potentialité à la puissance, et en assimilant le progrès à la science. La culture technique de la seconde industrialisation (système pétrole/électricité/alliages), qui s’est élaborée à partir des années 1880, franchit un pas supplémentaire en assimilant le progrès à l’innovation, à la capacité d’innover

L’expression « renaissance » en histoire médiévale, et en particulier de « renaissance carolingienne », a été utilisé pour la première fois en 1840 par Jean-Jacques Ampère dans son Histoire littéraire de la France  avant le xiie siècle puis par Jules Michelet en 1855 dans son volume consacré au xvie siècle La Renaissance dans le cadre de son Histoire de France. Ce terme a été repris en 1860 par l’historien de l’art suisse Jacob Burckhardt (1818-1897) dans son livre Culture de la Renaissance en Italie.

XXe

Mais ce n’est qu’au XXe siècle, à partir des années 1920, que le concept évoqué par Ampère trouve le succès qu’on lui connaît. L’historienne Erna Patzelt, professeur d’histoire à l’Université de Vienne, en est notamment l’artisan, et en amplifie l’usage en 1924 par le titre d’un de ses ouvrages Die Karolingische Renaissance. Les années 1920 voient d’ailleurs théorisées les autres périodes dites de renaissance au Moyen Âge, la renaissance ottonienne et la renaissance du XIIe siècle.

Contremporain

En réalité , rien n’assure que le progrès économique entraine mécaniquement le mieux-être. L’analyse fait apparaitre des contrastes : Ainsi la rationalisation de la production introduite par le taylorisme et le fordisme ont permis une augmentation importante et indéniable du pouvoir d’achat , mais au prix d’un durcissement des conditions de travail. Au total, Il ressort que le progrès social ne s’identifie pas uniquement aux progrès quantitatifs (Niveau de vie, Bien-être matériel…). D’autres enjeux méritent être considérés : genre de vie, instruction, conditions de vie, santé, égale redistribution des « fruits du progrès » …

Taguieff revient en particulier sur la critique moderne de cette notion de progrès, aujourd’hui remise en cause dans le cadre des principes de développement durable, à la suite notamment des travaux du philosophe Hans Jonas (Le Principe responsabilité, en 1979), dont le propos visait en particulier à mettre en évidence les dangers associés au progrès technique.

Cette critique du progrès, nous rappelle Taguieff, ne se résume pas à une dénonciation des dangers écologiques ou ethnocidaires13 du progrès technique. Est également visée la disparition d’un but assigné au progrès, qui n’aurait alors plus pour horizon que son propre déploiement. C’est ce que Taguieff appelle le « bougisme »

mouvement pour la décroissance présent en France et dans d’autres pays occidentaux, qui insiste sur l’aspect quantitatif du progrès technique associé à la sur-consommation, se réalisant au détriment de l’aspect qualitatif.

 

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