« Intelligentsia calimeromania », ce mal qui frappe les (vrais) experts analysé (et vécu) par Pacal Boniface dans « Les intellectuels faussaires »

Quand le sérieux, le travail et la compétence ne payent plus vraiment…

Pascal Boniface n’a rien d’un petit poussin tombe du nid mais, à l’instar de Calimero, célèbre héros de dessin animé des années 70, il trouve la vie décidément trop injuste. Non seulement les relations internationales – dont il est un sépcialiste reconnu – ne passionnent pas les foules mais on ne compte plus les personnalités qui, sous prétexte d’avoir un peu réfléchi à l’état du monde ou réalisé une mission diplomatique, sont invités sur les plateaux à commenter les sautes d’humeur de la planète. Pour le directeur de l’IRIS, qui se veut un « véritable » expert – un homme qui sait, un homme qui maîtrise son sujet – une réponse s’imposait face à cette concurrence aussi sauvage que déloyale. Elle est parue à la veille des vacances sous la forme d’un livre au titre très accrocheur : Les intellectuels faussaires (1). 

Il serait trop long d’énumérer la liste de ceux que Pascal Boniface appelle les « intellectuels faussaires ». Aussi nous limiterons-nous aux figures les plus médiatiques. Tout bien pesé, on n’en compte que quatre. Mais, pour Pascal Boniface, il va sans dire que leur influence est inversement proportionnelle à leur nombre et donc parfaitement désastreuse sur l’opinion et nos élites. Face à un péril aussi grave, la stratégie de dénonciation se veut d’ailleurs expéditive. La vraie nature de ces vrais faussaires et faux experts est dévoilée en une ou deux formules bien senties. Alexandre Adler se voit qualifié de  »merveilleux conteur » – et donc de parfait bonimenteur – Mohamed Sifaoui de « mususulman pro-israélien » – autrement dit de vendu -, Philippe Val de « sous-BHL » – donc de pâle copie, BHL étant lui-même qualifié de « désinformateur », de « Mac Cartyste » et de « communautariste ». On l’aura compris : Pascal Boniface cogne fort. Il cogne même si fort qu’on se demande quels peuvent bien être les terribles méfaits de ces « faussaires » les plus médiatique. Or, sur ce plan, on se le demande jusqu’au bout car Pascal Boniface ne verse aucune pièce très convaincante dans son dossier à charge.

Et pour cause : la vérité est plus prosaïque (et bien moins alarmante) que Pascal Boniface ne l’affirme. Les intellectuels comme les experts ne sont pas des faussaires. Ils se trompent tout simplement souvent. Et alors ? Ce n’est pas parce que la lecture a posteriori des pronostics d’Alexandre Adler se révèle divertissante que l’ex-patron de Courrier international est un « serial menteur ». Il se fourvoie beaucoup soit parce qu’il surestime certains facteurs, soit parce qu’ils se laisse aveugler par ses opinions personnelles. Mais, serait-on tenté de dire, il ne fait que se tromper. De même, concernant Mohamed Sifaoui (2), rien ne permet de dire si celui-ci est un manipulateur patenté ou un opportuniste sachant parfaitement rebondir sur ses propres erreurs. Quant à Philippe Val de France-inter, il n’a effectivement pas grand chose à voir avec celui de Charlie Hebdo. Mais cette évolution personnelle n’en fait pas pour autant un « faussaire ». Tout au plus un homme qui retourné sa veste ou qui a simplement changé d’avis.

Reste le cas BHL. Notre intellectuel national n’a pas seulement la réputation de manier avec dextérité l’accusation d’antisémitisme et d’user de ses (nombreux) réseaux pour faire pression et obtenir satisfaction. L’affaire Botul, ou le philosophe s’est ridiculisé en invoquant les thèses d’un auteur créé de toute pièce par un journaliste du Canard, son roman sur Daniel Pearl ou encore un témoignage paru dans Le Monde en 2008 sur la situation en Géorgie, tous ces éclats médiatiques montrent que le philosophe n’hésite pas a s’affranchir des pesanteurs de la vérité dès qu’il en ressant la nécessité. Rien de très glorieux mais ces petits arrangements sont bien connus et ont été largement débattus lors de la sortie du livre de Cohen sur Bernard Henri Levy.

Pascal Boniface souffre du syndrome du « bon élève dans une classe de cancres ».  Il y a une dimension très personnelle dans ce brûlot. Le sentiment d’une injustice qui ne dit pas son nom. Celle qu’éprouve un homme qui travaille sans doute dur et estime ne pas suffisamment recevoir en retour. Mais Pascal Boniface n’est pas un cas isolé. Il dit sans doute pour la première fois, et de façon aussi claire, le malaise qui frappe tous ces détenteurs d’un savoir que sont les universitaires, les experts, les spécialistes…

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