Et si Detroit renaissait de ses cendres ?

Qu’il semble loin le temps où Detroit rivalisait avec New York et Chicago ! C’était avant la seconde guerre mondiale. Il y a plus d’un demi siècle. Une éternité. De cet âge d’or il ne reste plus que l’image d’une ville noire et pauvre, déserté et en faillite. Bref : sans avenir. Le déclin qui se confond avec celui de l’industrie automobile ne date pas d’aujourd’hui. Etait-il évitable ? Le fait est que que personne ne veut payer pour Detroit. Ni l’Etat fédéral, ni les villes blanches et riches de la périphérie. Alors, faute d’une improbable renaissance de l’automobiles américaine made in USA, la ville mise sur le tourisme et a gentrification de certains quartiers.

Avant Detroit, de grandes villes comme New York, Cleveland et Philadelphie se sont retrouvées au bord de la faillite, mais Detroit est la première ville américaine à demander officiellement la protection de la loi sur les faillites.

Effondrement des recettes fiscales

Dans une note publiée ce matin, Aurel BGC rappelle qu’en l’espace de 60 ans la ville, autrefois bastion de l’industrie automobile, a perdu près de la moitié de sa population, passant de 1,8 million d’habitants en 1950 à 685.000 aujourd’hui. « Ce mouvement s’est accompagné d’un exode massif des entreprises et d’un effondrement des recettes fiscales », ajoute l’analyste, précisant que la ville avait annoncé le mois dernier qu’elle ferait défaut sur une partie des 18,5 milliards de dollars de dette.

Pauvreté et chômage

A Détroit, le revenu moyen des ménages est inférieur à 28.000 dollars contre 49.000 dollars dans le Minesota et 36% des habitants vivent dans la pauvreté, d’après les données de recensement de la ville. De même, la valeur médiane d’un bien immobilier s’élève à seulement 71.000 dollars, à peine la moitié de celle de l’Etat (137.000 dollars).

Insécurité et corruption

Au fil des années, la municipalité a dû faire face à de nombreuses affaires de corruption Kwame Kilpatrick, ancien maire de Detroit et ex-étoile montante du Parti démocrate, est en prison après avoir été condamné pour plusieurs faits de corruption, et notamment de trucage des appels d’offres, alors qu’il était en fonction, rappelle l’agence de presse Reuters… Le manque de financement pour maintenir les services publics a par ailleurs entraîné une hausse de la criminalité et de l’insécurité : le taux de meurtres est ainsi monté à son plus haut niveau en près de 40 ans !

Un moyen pour Détroit de rebondir.« La mise en faillite est l’unique solution qui permettra à Detroit de redevenir stable et viable », a estimé jeudi le gouverneur de l’État de Michigan, le républicain Rick Snyder. Si la justice fédérale accepte de lui accorder ce statut, la ville sera en effet placée sous le régime duchapitre 9 de la loi américaine sur les faillites. Ce cadre législatif contraindrait alors les 100.000 créanciers de Detroit à négocier le montant des dettes avec le gestionnaire financier de Détroit Kevyn Orr, nommé par le gouverneur du Michigan. Et il empêcherait également la dissolution des équipes municipales.

L’austérité va se poursuivre. « Le but de cette loi est d’éviter une situation chaotique incontrôlable. Un dépôt de bilan équivaut à enfoncer la touche ‘pause’, à garder intacts les services et à fournir une structure permettant d’empêcher les poursuites judiciaires », avait déclaré en 29 juin 2012 le maire de Stockton, en Californie, plus grosse ville à avoir fait faillite après Détroit, cité par Le Figaro. L’austérité mise en place depuis plusieurs années par la mairie de Détroit ne devrait pas pour autant s’arrêter. Comme à Stockton, pour entamer les négociations avec les créanciers, le gestionnaire de Détroit va devoir réclamer des nouvelles baisses de salaires de fonctionnaires, supprimer des subventions et mettre entre parenthèse les investissements et les travaux dans la ville.

En France, ça n’existe pas. Le droit français exclut la faillite d’une collectivité. En cas de point de non retour, c’est l’État qui prend le relai. Le préfet se voit alors attribuer les pouvoirs du maire et coupe automatiquement toutes les dépenses sauf les nécessaires : paie des fonctionnaires et remboursement des créanciers. « Dans la majorité des pays européens, la législation sur la faillite exclut les personnes publiques de son champ d’application. Pour une collectivité locale, la propriété des actifs ne peut pas être transférée aux créanciers », décrypte l’économiste Stéphanie Serve, dans son ouvrage Le risque financier des collectivités locales en Europe. « Ainsi en vertu du principe de continuité du service public, une collectivité locale ne peut pas disparaître suite à une défaillance financière et ce quel que soit son niveau d’endettement », poursuit-elle.

D’autres pays que les États-Unis incluent les collectivités dans le droit des faillites. Mais peu de banqueroute ont un retentissement d’une ampleur comparable à celle de Détroit. En 2006, l’ancienne ville minière de Yubari, au Japon, avait connu le même sort et défrayé la chroniqueau pays de soleil levant. Elle comptait 13.000 habitants. Détroit en a 700.000.

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