Vertu de l’inculture face au chef d’oeuvre

Vive l’ignorance !

Ils résistent au temps et aux interprétations définitives, suscitent une fascination et une admiration  unanimes. « Ils » ce sont les « chefs d’oeuvres », ces oeuvres qui, ayant surmonté l’indifférence ou dépassé l’effet de mode, réussissent à garder une part d’ombre en pleine lumière. Pour comprendre cette aura si particulière, mieux vaut en savoir le moins possible sur l’oeuvre et l’artiste et considérer l’absence de culture comme un atout. Absurde ? Pas tant que ça.

En rivalisant d’érudition sur les chefs d’oeuvres, les historiens d’art commettent un contresens absolu. Ce n’est pas en resituant une oeuvre dans son contexte historique et artististique, ni en éclairant ses partis pris esthétiques et iconographiques que l’on peut tenter comprendre pourquoi une oeuvre s’est affranchie de son époque et hissée au rang de « chef d’oeuvre ». Au contraire, c’est en l’analysant avec un regard neuf, vide de référence et profondément ancré dans le présent, que l’on peut comprendre pourquoi elle nous interpelle encore. 

Grand vainqueur de l’usure du temps, de la lassitude et du rejet qu’occasionne en théorie le passage d’une époque à l’autre, le chef d’oeuvre est résistant à toute tentative de rationnalisation. Même lorsque nous pensons détenir une explication, celle-ci ne peut être que temporaire. Pour une raison simple : le chef d’oeuvre n’est pas une lumière dans l’obscurité mais une part d’obscurité qui résiste à la lumière. La Joconde peut être photographiée de toujours plus près (voire même radiographiée), son mystère – ce mystère qui nous irrite et qui nous fascine – est condamné à nous échapper pour toujours. 

La fascination pour certaines oeuvres réside dans leur ambivalence même. Que celle-ci ait été voulue ou non importe peu. Le fait est là : le chef d’oeuvre dit une chose et son contraire. La Vénus du Capitole symbolise la pudeur et l’impudeur. L’agneau de Van Eyk peut être vu comme une scène de piété ou d’idolatrie, le baiser de Rodin comme un acte d’amour (entre Adam et Eve) mai aussi comme un acte de rejet (de Dieu), les chasseurs dans la neige comme un éloge du travail et des loisirs.

Le plus complexe consiste sans doute à mettre à jour cette ambiguïté. 

Voici donc quelques hypothèses.

Franck Gintrand

Tentatives d’interprétation de 25 Chef d’oeuvres

LA FEMME 

Aphrodite du Capitole (Ier – IIe siècle après J.-C.) 

Capitole romain et musee romain, Venus 131

Pudeur ou impudeur ? Et si l’une n’existait pas sans l’autre ?

La naissance de Vénus – Botticelli – 1484

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Goya – La maja nue, la maja vêtue – 1797-1808

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Olympia – Manet

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Bourgeoise libérée ou prostituée embourgeoisée ?

Les demoiselles d’Avignon – Picasso

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Plusieurs ou la même ?

Les grandes baigneuses – Cézanne

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Nouvelle esthétique ou esthétique de l’abandon ? 

PORTAIT DE FEMME

La Joconde – Vinci

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La Joconde ? Mais c’est pas un nom ça, si ? Et d’abord pourquoi sourit-elle ? Voir l’autre Joconde, au Prado

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L’HOMME NU

Le discobole – Myron – 480 – 440 avt JC

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David – Michel Ange – 1504

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Le penseur – Rodin – 1880-81

Le Penseur de Rodin

Mais pourquoi tant de préoccupation ? Et pourquoi nu ?

L’AMOUR

Le Baiser – Rodin

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Adam et Eve enfin sortis du Paradis ? Enfin seuls ? Enfin délivrés de Dieu ?

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Le baiser – Munch – 1897

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LA FETE

La danse – Matisse

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La danse plutôt que les danseuses ? Le sujet est-il condamné à s’effacer dans le mouvement collectif ?

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Une danse, certes. Mais que fêtent ces femmes souriantes ? L’homme nu, également souriant ? Un événement ? Mais lequel ?

Nature

La tempête – Giorgione

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Qui sont ces personnages ? L’homme a-t-il un lien avec la femme ? Et si oui quel est la nature de ce lien ? Pourquoi l’un est habillé lorsque l’autre est nue ? A lire : une analyse savante – trop savante – de ce tableau Ici

Le déjeuner sur l’herbe – Manet

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Allusion à « La tempête » de Giorgione ? Que font ces trois personnages et pourquoi cette femme est-elle nue quand les hommes sont habillés ? Et qui est le personnage féminin par rapport aux trois autres dans la clairière ?

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L’école d’Athènes – Raphaël

Nouvelle liberté ou nouveau pouvoir 

LA GUERRE

La liberté guidant le peuple – Delacroix

Fragile ou immortelle ? Mais que regarde exactement la Liberté ? Un fusil braqué sur elle ?

Guernica – Picasso

Sacrifice au dieux ou tuerie des hommes ?

Le jardin des délices – Bosch

Paradisiaque ou cauchemardesque ? Dans l’au-delà ou dans l’inconscient ? Dans la normalité ou dans la folie 

Laocoon

Qui survivra ?

Les Ménines – Velasquez

Mais qui regarde le peintre ? Vous ou un autre 

Pélerinage à l’île de Cythère – Watteau

Bienvenue sur Terre ou au Ciel ?

Le Printemps – Boticelli

Figures du paganisme ou du christianisme ? Curieux mélange des genres ? En tout cas pas des sexes

Le radeau de la Méduse – Géricault

Simple événement ou allégorie de l’humanité ?

Les chasseurs dans la neige – Bruegel l’Ancien

Labeur ou divertissement ? Quand les uns s’amusent les autres travaillent ? Mais qui sont les premiers, les heureux élus ?

La ronde de nuit – Rembrandt

Simple ronde ou défilé de mode ?

LA FOI

L’agneau mystique – Van Eyk

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Scène de piété ou d’idolâtrie ? De dévotion ou de magie ? De religion ou de sorcellerie ?

L’enterrement du comte d’Orgaz – Greco

Comment regarder ce tableau ? Vers le bas ou vers haut ?

L’Angelus – Millet

Sur la Terre plutôt qu’au Ciel ? Eloge des humbles ou appel à la révolte ?

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