Simple auteur de romans policiers ou véritable écrivain ? Partie 2 – Le test

Dimension littéraire de l’oeuvre

Agatha Christie est-elle un auteur à part entière ? Peut-on lire ses romans une première fois pour les découvrir, une seconde pour juger rétrospectivement de leur cohérence et, enfin, une troisième pour apprécier leur valeur littéraire ? Cette troisième lecture est-elle convaincante ? Est-elle même souhaitable ?

Pour tenter de répondre à cette question, nous avons sélectionné une trentaine d’ouvrages depuis le très célèbre meurtre de Roger Ackroyd jusqu’au subtil Vallon et nous les avons passé au crible de cinq critères. Le traitement du sujet et la qualité du dénouement représentent la moitié de la note (10/20), les livres d’Agatha Christie se voulant d’abord des romans policiers. A ces deux premiers critères, nous en avons ajouté trois, plus « littéraires » : l’originalité du sujet (3/10), l’intérêt des personnages (3/10) et la qualité de la narration (4/10). Résultat : la « troisième lecture » bouleverse inévitablement le classement effectués par des spécialistes, comme François Rivière et John Curran, et donne lieu à quelques jolies surprises.

Cet article est en cours de rédaction : les chapitres terminés sont précédés d’une ou plusieurs *

La mystérieuse affaire de Styles (1920)

Résumé : Emily Inglethorp a-t-elle été empoisonnée par son second et jeune mari Alfred Inglethorp ?

Première phrase : « Le vif intérêt que suscita dans le public ce qu’on appela à l’époque, « L’affaire de Styles », est aujourd’hui quelque peu retombé. »

Ce qu’il faut savoir sur le livre : le premier roman d’Agatha Christie.

L’avis d’Agatha Christie : « Comme tous les jeunes auteurs, je voulus trop en mettre dans un seul livre. Trop de fausses pistes. »

L’avis des spécialistes : « On se demande comment plusieurs éditeurs ont pu refuser le manuscrit de ce livre à l’intrigue très habile. » (François Rivière) – « Nous croyions avoir établi que deux des règles les plus fondamentales du roman policier étaient que les personnages trop suspects ne pouvaient pas être coupables et, qu’au contraire, les coupables devaient être des individus relativement insoupçonnables, comme en particulier chez Earl Derr Biggers. Dans La mystérieuse affaire de Styles, la deuxième règle est bien respectée, mais pas la première. » (Jean Pelletier)

Citations : sur Hercule Poirot : « Je reconnus la voix de Poirot et son exécrable salmigondis de français mêlé à notre belle langue. » – sur les assassins : « Chaque assassin est le vieil ami de quelqu’un. » – sur la logique : « L’imagination est une qualité lorsqu’elle sert, mais un défaut si elle commande. Plus l’explication est simple, plus elle est probable » – sur le courage : « Un peu plus tôt, un peu plus tard, le moment arrive toujours où le plus impérieux de vos devoirs est de savoir vous imposer. »

Mr Brown

L’avis d’Agatha Christie : « L’amour c’est bon pour les romans à l’eau de rose (…) Cependant à cette époque, c’était une obligation. Alors voilà. Je fis de mon mieux avec John et Mary mais ils restèrent des personnages médiocres. »

* L’Homme au complet marron (1924) 

Résumé : Témoin d’un accident mortel dans le métro, une jeune fille se met en tête de suivre pour l’Afrique du Sud. Engagée comme secrétaire, elle découvre que l’homme pour qui elle travaille est par ailleurs propriétaire d’un moulin dans lequel a été découvert le corps d’une femme inconnue. Mais ces morts ont-elles un lien ?

L’avis d’Agatha Christie : « Dans l’ensemble ce fut beaucoup plus amusant et, comme toujours, beaucoup plus facile à écrire qu’un roman policier. »

L’avis des spécialistes : « Histoire échevelée où il est question de meurtres, de bijoux volés, d’une génie du crime, de mystérieux messages et de fusillades, c’est une oeuvre d’apprentissage avant que Christie ne trouve sa véritable voie d’auteur de romans policiers. Le livre n’en est pas moins extrêmement agréable à lire et offre une dénouement-surprise. C’est pourquoi il s’agit d’un chapitre fort important de l’oeuvre christienne : il annonce, avec deux ans d’avance, son tour de passe-passe le plus étonnant, et il le fait avec beaucoup de subtilité et d »ingéniosité. Il adopte également la technique des narrations multiples qu’elle reprendra, sous diverses formes, dans des romans aussi différents que A.B.C. contre PoirotCinq petits cochons et Le cheval pâle. » (John Curran)

Notre avis

  • Originalité du sujet : ce n’est pas le sujet en soi qui est original mais le fait qu’il s’agisse d’un des rares romans d’espionnage d’Agatha Christie. Note : 1/3
  • Traitement du sujet : ni thriller psychologique, ni roman d’action, ce roman tente sans grand succès un genre à cheval sur le policier et l’espionnage. Note : 1/5
  • Caractère étonnant du dénouement : inattendu sans être époustouflant. Note : 2/5
  • Intérêt des personnages : tous les personnages sont très stéréotypés même si Agatha Christie s’emploie logiquement à démontrer combien les apparences peuvent être trompeuses. Note : 2/3
  • Qualité de l’histoire : un déroulement laborieux, d’improbables rebondissements et une longueur excessive caractérisent un auteur qui se cherche encore. Note : 2/4

Appréciation générale : 

Citations : sur la beauté féminine : « La vie est bien difficile. Les hommes ne sont pas gentils avec vous si vous n’êtes pas jolie et les femmes ne sont pas gentilles avec vous si vous l’êtes. » – sur la beauté masculine : « Frisant la quarantaine, les tempes grisonnantes, c’était de loin le plus bel homme à bord »; « L’homme qui a abattu un grand nombre de lions jouit d’un injuste avantage sur les autres »- sur les Rhodésiens : « des hommes farouches et taciturnes » – sur les femmes respectables : « une femme qui se respecte ne se montre jamais surprise ni troublée en aucune circonstance. » – sur la psychologie féminine : « si vous voulez qu’une nouvelle soit diffusée confiez-là à une femme »; « les filles sont parfois un peu folles »; « les jeunes filles ont romanesques (…) Elles adorent les mystères et autres fariboles de ce genre » – sur la psychologie masculine : « les hommes les plus doux sont toujours les plus obstinés »; « les messieurs sont généralement moins superstitieux que les dames » – sur l’amour : « Les amoureux se combattent toujours. Parce qu’ils ne se comprennent pas. Et lorsqu’ils arrivent à se comprendre, ils ne s’aiment plus. » – sur les aventurières : « Une aventurière qui se respecte ne peut être à cheval sur les principes » – sur le cinéma : « il y avait aussi le cinéma où j’allais chaque semaine voir un nouvel épisode des Aventures de pamela . C’était une fascinante jeune femme. Elle avait un cran époustouflant. Elle sautait d’avion, explorait les mers en sous-marin, escaladait les gratte-ciel ou hantait les bas-fonds sans qu’un cheveu se déplace sur sa tête. Elle n’était pas vraiment futée, puisqu’elle retombait continuellement entre les griffes du Roi de la pègre; mais comme apparemment celui-ci répugnait à lui défoncer carrément le crâne, et la condamnéait à périr asphyxiée. »

Ce qu’il faut savoir sur le livre : L’héroïne de ce livre, Anne Beddingfield, est une jeune femme romantique, fille d’archéologue, qui ressemble beaucoup à Agatha Christie.

** Le meurtre de Roger Ackroyd (1926) : au coeur de ce livre, une idée de génie

Résumé : Mr Ferrars est mort voici un an. Sa femme, Mrs Ferrars est décédée hier. Quant à Mr Ackroyd, il vient tout juste d’être assassiné. Or Mrs Ferrars et Mr Ackroyd semblaient très proches, surtout depuis la mort du mari de Mrs Ferrars. De là à penser que ces trois décès sont liés, il n’y a forcément qu’un pas. Mais s’agit-il de suicides ou de meurtres ? De suicides et de meurtres ? Ou simplement de meurtres ?

Ce qu’il faut savoir sur le livre : Considéré par beaucoup de lecteurs comme le meilleur de tous les Agatha Christie. L’astuce narrative a été reprise par Iain Pears dans « Le cercle de la croix » et par Umberto Eco dans « Le nom de la rose ».

L’avis des critiques : « Agatha est en possession de tous ses moyens et aux commandes d’une intrigue soigneusement ourdie, dont Lord Mountbatten revendiquera plus tard la paternité ! » (François Rivière)

Notre avis

  • Originalité du sujet : l’adultère, le chantage et le meurtre sont au coeur de ce grand classique. Rien d’incohérent. Rien de très original non plus. Note : 1/3
  • Traitement du sujet : très vite, la cause des deux décès semble établie. En revanche, le lien entre les deux reste jusqu’à la fin un sujet d’interrogation. Note : 2/5
  • Caractère étonnant du dénouement : époustouflant. Note : 5/5
  • Intérêt des personnages : le Dr Shepard et sa soeur Caroline sont dépeints avec subtilité et sans complaisance. Hercule Poirot est, quant à lui, toujours aussi ridicule qu’intelligent. Note : 2/3
  • Qualité de l’histoire : la résolution de l’énigme guide l’ensemble de la narration. Un bon roman policier mais sans qualité littéraire particulière sinon deux dialogues très drôles entre le Dr Shepard et sa soeur en ouverture et une mémorable partie de mah-jong. Voir extrait ci-dessous. Note : 2/4

Appréciation générale : le triple looping du dénouement, aussi génial soit-il, ne suffit pas à conférer une dimension littéraire à l’ensemble de l’histoire. Ce livre supporte mal la troisième lecture. Mais l’analyse très surprenante qu’en fait Pierre Bayard (voir ci-dessous) ne peut qu’inciter à franchir le pas.

Note générale : 12/20

L’extrait : (lors d’une partie de mah-jong, la soeur du Dr Shepard et miss Ganett échangent les derniers potins) « – J’ai apperçu Flora Ackroyd, ce matin, dit-elle tout à coup. Pong, non pas-Pong. Je me suis trompée. – Et où cela ? demanda Caroline. Quatre cercles. – En revanche, déclara miss Gannett sur ce ton hautement significatif dont les petits villages ont l’exclusivité, elle ne m’a pas vue. – Ah ! fit Caroline intéressée, Tcho. Miss Gannett en oublia son sujet pour l’instant. – Je crois qu’on ne prononce plus « Tcho », maintenant, mais « Tchao ». – Sornettes ! J’ai toujours dit « Tcho ». – Au club de Sahngai, trancha le colonel Carter, nous disions toujours « Tcho ». »

Citations : sur les Ecossais : « Ces messieurs vont souvent par paire, et je les soupçonne d’avoir une lointaine ascendance sémitique. » – sur les médecins : « Un médecin sait toujours reconnaitre un mensonge. » – sur l’argent : « -Ah, l’argent! Qu’on en ait ou qu’on en manque; c’est toujours lui la cause du mal. »; « Chaque homme a son prix, et c’est ce prix qui fait pencher la balance. »- sur la psychologie masculine : « Il ne faut jamais craindre de dire aux hommes leurs quatre vérités : ils sont tellement vaniteux qu’ils ne vous croient jamais, si le portrait n’est pas flatteur. » – sur les domestiques : « Elle est… bizarre. différentes des autres domestiques et, à mon avis, trop bien élevée. De nos jours, on ne sait plus distinguer une dame de sa femme de chambre. » – sur les femmes : « Les femmes observent, sans s’en rendre compte, mille détails que leur subconscient coordonne. Elles appellent ensuite intuition le résultats de déductions qu’elles ignorent elles-mêmes.  » – sur la vie de village : « King’s Abbot, notre village, ressemble sans doute à beaucoup d’autres. […] Nous possédons une gare importante, un petit bureau de poste et deux magasins qui se font concurrence et où l’on trouve à peu près tout ce qu’on veut. Tous les hommes valides s’empressent de partir dès qu’ils sont en âge de le faire, mais nous ne manquons ni de vieilles filles ni d’officiers à la retraite. Quant à nos passe-temps et distractions favorites, un verbe suffira pour les décrire : cancaner. »

Lecture complémentaire : Et si Hercule Poirot s’était trompé ? Et si le meurtrier n’était pas celui qu’il pensait ? Pierre Bayard se propose de remettre en cause les conclusions du célèbre détective dans Qui a tué Roger Acroyd ? Marc Escola de l’université de Paris-Sorbonne en fait ici une analyse aussi brillante que l’ouvrage.

A savoir : pour Le Meurtre de Roger Akroyd, Agatha Christie s’est vue reprochée d’avoir violé les règles du roman à énigme popularisé par Arthur Conan Doyle, notamment celle qui veut que le lecteur soit à égalité avec l’enquêteur. Que ce reproche soit ou non justifié, elle ne recommencera jamais.

La Maison du Péril (1932) 

La première phrase : « De toutes les stations balnéaires du sud de l’Angleterre, St Loo est, si vous voulez mon avis, la plus agréable. » 

Ce qu’il faut savoir sur le livre : Une histoire originale qui consiste à découvrir au plus vite un assassin et à l’empêcher de commettre un crime… 

L’avis des spécialistes : « La maison du péril est un magnifique spécimen de l’âge d’or du roman policier. Il est rarement cité parmi les meilleurs titres de Christie, et pourtant il incarne toutes les vertus du roman d’énigme à son apogée (…) Le secret de l’intrigue est tout simple… une fois qu’on le connaît. » (John Curran)

Citations : sur St Loo : « À mon avis, la corniche de Saint-Loo peut bel et bien rivaliser avec celle du Midi de la France. » – sur les états d’âmes : « Quels que soient vos états d’âmes, à quoi bon les monter en épingle? ça ne peut qu’importuner autrui. » – sur les serviteurs : « A quoi bon posséder un chien s’il faut aboyer à sa place ? »

** Le crime de l’Orient-Express (1934), l’archétype christien de l’énigme à huit clos

Genre spécifique : huis clos

Résumé : un Américain tué de douze coups de couteau dans un train bloqué au milieu de nulle part se révèle être un horrible criminel, le genre d’homme dont personne ne peut regretter la disparition…

Extrait : « Vous semblez ne pas comprendre, monsieur. J’ai admirablement réussi dans ma carrière et je possède de quoi satisfaire mes besoins et mes caprices. Je me charge seulement de mes affaires… que j’estime intéressantes. »

Ce qu’il faut savoir sur le livre : Le crime de l’Orient Express témoigne de la passion d’Agtha Christie pour le train et tout particulièrement ce train légendaire. L’histoire s’inspire d’un fait réel survenu deux ans avant sa parution : l’enlèvement et le meurtre du fils aîné des Lindbergh. Reconnu coupable et exécuté en 1936, Bruno Hauptmann a toujours clamé son innocence et sa culpabilité fait encore aujourd’hui l’objet d’interrogations. Pour l’anecdote, Le Crime de l’Orient-Express aurait été écrit au Pera Palas, un grand hôtel d’Istanbul accueillant les voyageurs de l’Orient-Express.

L’avis des critiques : « La critique se montra particulièrement élogieuse à la sortie du livre, devenu par la suite l’un des fleurons de l’oeuvre d’Agatha Christie. » (François Rivière)

  • Originalité du sujet : une variation sur le thème classique du roman à énigme et à huit clos. Note : 1/3
  • Traitement du sujet : magistral. Note : 5/5
  • Caractère du dénouement : un peu surréaliste tout en restant logique. Note : 4/5
  • Intérêt des personnages : une succession de stéréotypes sans épaisseur psychologique. Note : 0.5/3
  • Qualité de l’histoire : l’histoire suit le séquencement méthodologique et rigoureux d’une enquête scientifique. Agatha Christie plante le décor, exécute le crime puis passe le flambeau à Hercule Poirot pour auditionner les témoins, récapituler et recouper les faits, établir une fiche détaillée pour chacun (identité, mobile, alibi, témoignage accusateur, circonstances suspectes) et lister les dernières questions sans réponse avant de dévoiler la solution. Quelques belles descriptions impressionnistes du voyage en train. Une majorité de dialogue. Note 2/4

Appréciation générale : Un exercice moins littéraire ou divertissant que purement cérébrale. Presque technique. Un modèle quasi parfait du roman à énigme ramené à ses ressorts fondamentaux. Intérêt d’une troisième lecture : pour les passionnés du genre et d’Agatha Christie uniquement.

Note générale : 12.5/20

Citations : – sur la réputation d’Hercule Poirot : « – Mon nom vous dit peut-être quelque chose ? – Oui, ce nom ne m’est pas tout à fait inconnu… Mais je croyais qu’il s’agissait d’un grand couturier. » / « – Vous appartenez sans doute à la Société des Nations ? – J’appartiens au monde entier », déclara Poirot, théâtral. – sur la méthode d’Hercule Poirot : « Dans une affaire, j’étudie le côté psychologique de préférence aux empreintes et aux cendres. » sur les aveux : « Mon très cher ami, je connais la nature humaine, et je puis vous dire que, devant la perspective de passer aux assises pour meurtre, le plus innocent des êtres peut perdre la tête et se livrer à toutes sortes d’absurdités. » – sur les différences culturelles : « – Impossible de contenter tout le monde ! Les Anglais veulent toutes les fenêtres ouvertes et les autres voyageurs s’empressent de les fermer. » – sur les Anglais : C’était à la vérité un bel homme, large d’épaules, mince de taille et haut de six pieds. Vêtu d’un complet de drap anglais d’une coupe impeccable, il eut pu passer pour un fils d’Albion, n’eussent été la longueur de ses moustaches et ses pommettes légèrement saillantes. »; « D’habitude j’évite de me lier avec les Anglais, leur raideur m’agace. »; « – Vous pensez sans doute qu’un Anglais s’y prendrait autrement, irait droit au but, poserait sèchement les questions nécessaires et s’en tiendrait aux faits »; « – Un Anglais ne tue pas à coup de couteau »; « – J’adore voir un Anglais sortir de ses gonds. Une fois déchaînés, ces gens-là sont on ne peut plus comiques. Plus ils ressentent d’émotion, moins ils conservent de sang froid et de mesure. » – sur les Italiens : « Les Italiens sont de fieffés menteurs et ils jouent facilement du couteau. »

A voir : Le Crime de l’Orient-Express, l’adaption cinématographique de Sidney Lumet, une des meilleures de l’œuvre de la romancière (wikipedia). Albert Finney y incarne un Poirot particulièrement convaincant. Un extrait ici

La première phrase : « A cinq heures du matin, en gare d’Alep, sationnait le train désigné sous le nom pompeux de « Tauraus-Express » ».

A.B.C. contre Poirot  (1936)

Résumé

L’avis des spécialistes : « Fort d’un concept extrordinairement original – une série alphabétique de meurtres et de localités, apparemment choisis au hasard – qui était exploité avec une habileté et une audace consommée, A.B.C. contre Poirot était destiné à devenir l’un des trois meilleurs titres de Christie. Et on a maintenant oublié que ce fut l’une des toutes premières versions de la fameuse idée du « serial killer », qui alimente aujourd’hui une grande partie de la production littéraire et cinématographique » (John Curran) 

Citations : sur le langage : «  »Le langage, m’a dit un jour un vieux Français fort sage, a été inventé par l’homme pour l’empêcher de penser. C’est aussi un moyen infaillible de découvrir ce qu’il cherche à cacher. L’être humain, Hastings, ne sait résister au plaisir de parler de lui, d’exprimer sa personnalité et la conversation lui en offre une occasion unique. »; «  »Les mots, mademoiselle, ne sont jamais que l’enveloppe des idées. » »; »Il y a entre le dit et l’écrit un abîme sans fond. » » – sur la logique : « Un dément doit toujours être pris au sérieux, mon ami, car c’est un personnage très dangereux »; « Une logique implacable constitue l’une des caractéristiques de la démence aiguë. Un homme peut se croire désigné par Dieu pour supprimer les médecins, les prêtes, les vieilles femmes qui tiennent des bureaux de tabac… et il y a toujours, sous-jacente, une logique parfaitement cohérente. » – sur les Anglais : « Vous vous flattez de votre supériorité d’insulaire. Quant à moi, je considère que votre crime est indigne d’un Anglais, il est bas et n’a rien de sportif… » – sur les timides : « Comme tous les timides, il répugnait à traduire par des mots les faits tragiques. »

*** Mort sur le Nil (1937)

Résumé : quand Linnet, une jeune fille aussi riche que belle et intelligente, se marie avec le petit ami de sa meilleure amie l’histoire ne peut que mal tourner… Résumé plus détaille ici

L’avis des critiques : « Oeuvre parfaitement maîtrisée, foisonnante de trouvailles (…) C’est l’une des plus absolues réussites de l’âge d’or christien, dont Hollywood s’est emparé tardivement mais avec bonheur. » (François Rivière) – « Sans se répandre en descriptions touristiques comme trop souvent dans les romans actuels, Agatha Christie nous charme davantage sur le Nil qu’avec le site de fouilles de «Meurtre en Mésopotamie» par exemple. » (Jean Meurtrier – critiqueslibres.com)

Notre avis

  • Originalité du sujet : amour déçu et amitié trahie. Un thème moins courant qu’on ne le pense dans l’oeuvre d’Agatha Christie. Note : 2/3
  • Traitement du sujet : la limpidité apparente des faits ne rend l’énigme plus épaisse. Note : 3.5/5
  • Caractère étonnant du dénouement : étonnant et logique à la fois. Note : 4/5
  • Intérêt des personnages : les personnages principaux forment un trio attachant et propice à une réflexion pleine de bon sens « agtaha christien » sur les limites et la complexité du sentiment amoureux. Les personnes secondaires, réduits au rang de stéréotypes, en souffrent inévitablement. Note : 2.5/3
  • Qualité de l’histoire : l’histoire se déroule suivant un enchainement implacable avec un art consommé de la suggestion pour décrire les sites de l’Egypte ancienne et les affres du touriste anglais. Note : 3.5/4

Appréciation générale : Ce livre mérite la relecture y compris lorsqu’on connait le dénouement. 

Note générale : 15/20

Extrait : « Regardez la lune, là-haut. Vous la voyez clairement, n’est-ce pas? Elle est bien là? Mais que le soleil vienne à briller, vous ne la verriez plus du tout. Eh bien, c’est un peu ce qui est arrivé. J’étais la lune… Quand le soleil est apparu, Simon a été ébloui. Il ne me voyait plus. Il ne voyait que le soleil… Que Linnet. »

Citations : – sur les relations personnelles : « Je n’aime que les gens qui réussissent. D’ailleurs c’est vrai de presque tout le monde, sauf qu’il n’en est pas beaucoup qui soient prêts à l’admettre. Ils te diront que, décidément, il n’est plus possible de fréquenter Mary, ou Emily, ou Pamela. « Ses malheurs l’ont rendu si amère, si bizarre, la pauvre chérie ». – sur la maison : « Assis sous un cèdre, lord Windlesham admirait le gracieuses proportions de Wode Hall. Rien ne gâchait l’antique beauté. Nouveaux bâtiments et annexes étaient hors de vue derrière la maison. C’était un spectacle à la fois paisible et enchanteur, tout baigné par le soleil d’automne. » – sur Majorque : « – Vous aimez vraiment Majorque, mère ? – Bof…, réfléchit-elle. C’est bon marché. – Et froid, ajouta Tim avec un léger frisson » – sur l’Egypte : « Si on pouvait être tranquille en Egypte, ce pays me plairait davantage, commenta Mrs Allerton. Mais on n’y est jamais seul nulle part. Il y a toujours quelqu’un pour vous harceler, vous demander de l’argent ou vous proposer des ânes, des colliers, ou une excursion dans un village indigène ou une chasse au canard. » – sur les pyramides : « Ce sont d’énormes blocs ce maçonnerie inutiles, élevés pour satisfaire l’égoïsme d’un roi despotique et bouffi d’orgueil ». – sur les infirmières : « A l’hôpital, les infirmières sont toujours lugubres. L’infirmière de nuit est toujours stupéfaite de retrouver son malade encore en vie le soir; l’infirmière de jour est toujours stupéfaite de le retrouver en vie le matin ! Elles sont tellement conscientes de ce qui peut se produire. » – sur le principal travail du détective : « effacer les faux départs et toujours recommencer ». 

Ce qu’il faut savoir sur le livre  : Mort sur le Nil est également le titre d’une nouvelle du cycle Mr Parker Pyne racontant aussi un meurtre sur un bateau voguant sur le Nil. Cette nouvelle est bienplus simple que le roman.

Ce qu’en a dit Agatha Christie : « Je pense, moi-même, que le livre est un des meilleurs de la série de voyages de Poirot. Je pense que la situation centrale est intrigante et a des possibilités dramatiques, et les trois personnages, Simon, Linnet, et Jacqueline, semblent à mon avis être vrais et vivants. »

A voir : Mort sur le Nil de John Guillermin avec l’inoubliable Peter Ustinov. Bande annonce du film en vf ici et critique de L’Express ici

Dix petits nègres 

Première publication au Royaume Uni : 1939

Résumé : L’ile du nègre… Ils sont huit à y être invités. Huit à y assassinés à tour de rôle…

L’avis des critiques : « La plus grande prouesse technique d’Agatha Christie » (John Curran) – « Un des sommets du roman de mystère, toutes catégories confondues. Agatha Christie renoue avec la grande tradition « insulaire » du récit d’aventure anglais – illustrée notamment par Ballantyne et R.L. Stevenson – qu’elle adapte ingénieusement au roman policier. » (François Rivière)

Extrait : « Dix petits Nègres s’en furent dîner, L’un d’eux but à s’en étrangler – n’en resta plus que neuf. Neuf petits nègre se couchèrent à minuit, L’un d’eux à jamais s’endormit – n’en resta plus que huit. Huit petits nègres dans le Devon était allés, L’un d’eux voulu y demeurer – n’en resta plus que sept. Sept petits nègres coupèrent du petit bois, En deux se coupa l’un deux ma foi – n’en resta plus que six. Six petits nègres révassaient au rucher, Une abeille l’un d’eux a piqué – n’en resta plus que cinq… »

Citations : – sur la vie, la mort : « En pleine vie, nous appartenons déjà à la mort ! » (Au printemps de la vie, nous sommes déjà dans la mort); « Vis aujourd’hui, comme si c’était le dernier jour. Et fais des projets, comme si tu étais là pour l’éternité.”; « Elle, en tous cas, elle ne voulait pas mourir. Elle n’imaginait pas qu’elle puisse jamais avoir envie de mourir… La mort, c’était…pour les autres »; « Le délicieux soulagement qu’on éprouve à la pensée que tout est fini… qu’on va bientôt déposer le fardeau »; “C’est ça la paix…la vraie paix. Arriver au bout de sa route…ne pas avoir à continuer.” – sur les îles : »Ce qu’il y a de bien, avec une île, c’est qu’une fois qu’on y est, on ne peut pas aller plus loin… on est arrivé à son terme, au bout de tout… »; « une île, c’était un monde en soi. Un monde dont on risquait parfois – qui sait ? – de ne jamais revenir »; – sur la médecine et les médecins : « Si un médecin devenait fou (…) personne ne s’en apercevrait avant un bon bout de temps. »; « En médecine, le plus souvent, c’est la foi qui sauve. Et le Dr Armstrong avait la manière : il savait inspirer la confiance et faire naître l’espoir. »; »Apparemment, il y avait un tout petit problème : le mari se faisait du souci pour la santé de sa femme et souhaitait un avis médical sans la paniquer pour autant. Elle ne voulait pas entendre parler de médecin. Les nerfs… Les nerfs ! Le Dr Armstrong leva les yeux au ciel. Les femmes et leurs nerfs ! »  – sur les maisons « modernes » : « cette maison-là était l’essence même de la modernité. Pas de recoins sombres… pas d’éventuelles portes dérobées… La lumière électrique inondait tout- tout était neuf, net et brillant. Rien à caché, rien de secret. Un lieu dépourvu de mystère. Et, paradoxalement, c’était ça le plus effrayant… » – sur les romans : « Il n’y a que dans les romans que les gens promènent un revolver à tout bout de champ. » – sur la politique : « Un peuple de moutons finit par engendrer un gouvernement de loups. »; « Blancs ou noirs tous les hommes sont frères. »

Ce qu’il faut savoir sur le livre : Avec plus de 100 millions d’exemplaires, ce livre est le roman policier le plus vendu au monde et le septième livre tous genres confondus.

Les vacances d’Hercule Poirot 

Première publication au Royaume Uni : 1941 

Titre original : Evil Under The Sun

Résumé : Lorsqu’Arlena est assassinée au cours d’un bain de soleil isolé, divers indices semblent un moment désigner son mari comme coupable. Hercule Poirot, comme à son habitude, démêlera l’écheveau d’une machination compliquée, écartant une à une les fausses pistes…

Première phrase : « Lorsqu’en 1782 le capitaine Roger Angmering se fit construire une maison sur une île située au large de la baie de Leathercombe, on cria au comble de l’excentricité. »

Ce qu’il faut savoir sur le livre : L’intrigue utilise le ressort classique du trio mari-maîtresse-épouse délaissée, ressemblant fortement à celui de la nouvelle Trio à Rhodes (1936). Les vacances d’Hercule Poirot reçut au moment de sa sortie un accueil critique enthousiaste.

L’avis des critiques : « L’humour – pour ne pas dire la farce – nimbe une intrigue soigneusement agencée. » (François Rivière) – « Une astucieuse mise en scène contraint le lecteur à regarder dans la mauvaise direction alors même que, dans le roman, de nombreux indices lui montrent la vérité. » (John Curran)

Citations : – sur la séductrice : « Arlena Stuart, de son nom de scène, est belle, trop belle à tel point qu’elle ne laisse personne indifférent : les femmes la détestent et les hommes sont fous d’elle, ce qui tombe bien car elle n’aime que la compagnie de ces derniers (…) Si victime il devait y avoir, ce ne pourrait être qu’elle : elle collectionne les amants, brise des mariages, papillonne d’un homme à l’autre sans se soucier des conséquences ou du mal qu’elle peut faire. Mais il y a une petite nuance à cet archétype : tout laisserait à penser que c’est elle qui exploite les hommes, or c’est l’inverse qui se produit ». – sur le couple : « Je me souviens d’avoir rencontré un jour un couple charmant. Ils étaient si courtois, si attentionnés l’un envers l’autre et paraissaient s’entendre si bien après des années de mariage que j’ai envié cette femme. J’aurais volontiers pris sa place. Et puis j’ai appris que, dans l’intimité, ils ne s’adressaient plus la parole depuis onze ans. » – sur les relations hommes – femmes : « Il leur manque le mystère! Je suis peut être de la vieille école, parce que je suis vieux, mais de mon temps, c’était autre chose! Une cheville aperçue dans le bouillonnement d’une jupe, le galbe aimable d’une cuisse deviné sous la robe, un genou entrevu dans le froufrou de dessous enrubannés… »; « C’est bien ce que je dit, fit Poirot. C’est lamentable – Lamentable ? Mme Gardener était choquée, Mais Poirot demeurait imperturbable. « Mais oui, lamentable! Vous avez tué le mystère, vous avez tué le romanesque. » » – sur le « bain de soleil » : « Quand une femme marche, quand elle parle, quand elle rit, quand elle tourne la tête, quand elle fait un geste de la main, alors, oui, elle est individualisée, alors, oui, elle a une personnalité. Mais, au moment où elle sacrifie à la religion du bain de soleil, elle n’en a plus. »; « Des corps allongés sur la plage – tous semblables. »; « tous ces corps exposés me font songer à la morgue … » – sur le tourisme : « (…) le capitaine n’avait qu’un seul amour : la mer. Il éleva donc sa maison – une solide bâtisse ainsi que l’exigeait le site – au sommet d’un promontoire battu par les vents, hanté par les mouettes et coupé de la terre ferme à marée haute (…) En 1922, quand le pays tout entier fut converti au culte des Vacances à la Mer et que la chaleur estivale de la côte du Devon et de Cornouailles devint officiellement tolérable, Arthur Angmering s’aperçut que sa belle mais inconfortable demeure fin XVIIIe était invendable. En revanche, il obtint un bon prix de l’insolite propriété léguée par le capitaine de marine Roger Angmering. La bâtisse fut agrandie et embellie. On truffa l’île de « sentiers pédestres » et d’aires de repos, et une jetée de béton la relia à la terre ferme. Deux courts de tennis furent aménagés, ainsi que des terrasses pour prendre le soleil qui s’étageaient depuis une vaste plage agrémentée de radeaux et de plongeoirs. L’hôtel du Jolly Roger – autrement dit du Pavillon Noir –, sur l’île des Contrebandiers, dans la baie de Leathercombe, fit une entrée triomphale sur la scène touristique. »

A voir : Meurtre au soleil une adaptation libre de Guy Hamilton avec Peter Ustinov, Jane Birkin et Colin Blakely. L’avis des spectateurs ici

Un cadavre dans la bibliothèque

un cadavre dans la bibliotheque

Première publication au Royaume Uni : 1941 (en revue)

Résumé : Le cadavre étranglé d’une femme inconnue est découvert au petit matin sur le tapis de la bibliothèque de la demeure du colonel Arthur Bantry et de son épouse. 

Première phrase : « Le petit matin. Quelque part dans son subconscient ». Le roman est célèbre grâce à sa scène d’ouverture qui voit Dolly Bantry, endormie aux côtés de son époux Arthur, imaginer dans un rêve matinal la femme du pasteur traversant une exposition florale vêtue de son seul maillot de bain, puis être subitement éveillée par l’irruption de la bonne venue dire, haletante, en lieu et place des salutations accompagnant d’ordinaire le petit déjeuner : « Madame ! Oh, Madame, il y a un cadavre dans la bibliothèque ! »

Ce qu’il faut savoir : un roman policier sur le roman policier.

Citations : – sur la société de classe : « le policier s’effaça – comme il avait eu l’habitude de s’effacer toute sa vie devant les gens du monde. » – sur le cinéma : «  »La malheureuse est même tombée sur une jeune femme presque nue qui ronflait dans la baignoire » – « C’était sans doute des gens de cinéma » minimisa Madame Branty, indulgente »; « Peu à peu cependant,  la vérité se fit jour. Basil Blake n’était pas une vedette de cinéma – pas même un acteur. Rien qu’un petit technicien de second ordre qui s’enorgueillissait d’apparaitre en quinzième position au générique parmi les décorateurs des Studios Lemville, siège de la British New Era Films. La gent féminine du village se désintéressa de lui, tandis que son style de vie lui attirait les foudres du clan tout puissant des vieilles filles » – sur les juifs et les Espagnoles : «  »- Et depuis quand il faudrait que je me plie à tes quatre volontés ? Je m’amusais bien, moi » – « Oui… Avec ce salopard de Rosenberg. Tu sais ce qu’il vaut, ce mec. – T’étais jaloux, voilà ce que t’avais ! – Prétentieuse, va ! J’ai horreur de voir la fille avec laquelle je suis se cuiter et se laisser peloter par un métèque d’Europe orientale. – Menteur, c’est toi qui buvait comme un trou et qui faisait les yeux doux à cette poufiasse d’Espagnole ! » » – sur les hommes : « … donner des coups de canif au contrat, ajouta miss Marple, caustique, c’est évidemment beaucoup plus facile pour les messieurs. » – « C’était un de ces hommes sans scrupule qui se laissent d’ordinaire guider par leurs seuls instincts et que les femmes admirent trop souvent. »

Cinq petits cochons (1942) 

Résumé : Carla Lemarchant en est convaincue : sa mère n’a pas tué son père. Les apparences étaient contre elle et lui ont valu d’être condamnée. Mais peu avant sa mort, elle a transmis une lettre à Carla dans laquelle elle réaffirme son innocence. Carla veut savoir. Elle charge Hercule d’enquêter dans le passé…

L’avis des critiques : « Le sommet de la carrière d’Agatha Christie : c’est sa plus parfaite combinaison de roman « littéraire » et de roman policier » (John Curran) – « Livre à l’intrigue savante et superbement développée. La psychologie des personnages y est très fouillée (…) » (François Rivière)

Ce qu’il faut savoir sur le livre : Avec Une mémoire d’éléphant, Cinq Petits Cochons est l’un des seuls romans d’Agatha Christie dont le meurtre s’est passé plus de dix ans avant l’époque du récit.

Citations : sur les « gens bien nés » et les Anglais : « Poirot se flattait de savoir s’y prendre avec ces gens collet monté. Avant tout, pas question de faire anglais. Quand on est étranger, étranger il faut demeurer et se faire pardonner de l’être. » – sur la dureté de la vie : « On ne résout pas les problèmes de la vie à coups de belles maximes, m’a t-il rétorqué. Le monde est rouge sang, ne l’oublie pas. »; « On doit avoir le courage de regarder les choses en face. Sans ce courage, la vie n’a pas de sens. Les gens qui nous font le plus de mal sont ceux qui veulent nous protéger de la réalité. »; « L’homme est ainsi fait qu’il a le goût du drame. »- sur la jeunesse : « La jeunesse est brutale, elle possède une force redoutable, elle est toute-puissante. Et elle est… oui, elle est cruelle ! Oui, mais elle est aussi cela, la jeunesse : elle est vulnérable. » – sur les Anglais : « Que ce soit à la cour d’assises de Londres, sur les terrains de sport d’Eton ou à la chasse, l’anglais aime bien que la victime ait une chance de s’en tirer. » – sur les artistes : « Je n’ai jamais compris, pour ma part, en quoi le fait de posséder des dons artistiques pouvait dispenser d’un minimum de contrôle de soi. » – sur la beauté : « Certains trouvent la beauté où d’autres ne l’aperçoivent pas. »

* La plume empoisonnée (1943) : un sujet intéressant – la rumeur – mais sous-exploité

Résumé : Le notaire, le médecin, la femme du pasteur : Lorsque Mrs Symmington se suicide après avoir reçu une lettre anonyme particulièrement odieuse, on se dit qu’il ne doit pas y avoir de fumée sans feu.

L’avis des spécialistes : « On trouve dans La Plume empoisonnée le détournement le plus insolite de tous les livres de Christie. Nous apprenons qui est l’assassin avant même l’explication de miss Marple ! » (John Curran) – « La jeune Megan Hunter y est impressionnante de vérité, et l’âme romantique d’Agtaha trouve dans cette histoire une belle occasion de s’épancher. » (François Rivière)

Notre avis

  • Originalité du sujet : La rumeur qui constitue le fil directeur de ce livre est un beau sujet. Note : 2/3
  • Complexité de l’énigme : Par moment, on s’y perd. Agatha Christie, aussi. Note : 1/5
  • Caractère étonnant du dénouement : Incontestablement réussi. Note : 4/5
  • Intérêt des personnages : seul le personnage de Megan Hunter est suffisamment complexe pour qu’on sy intéresse vraiment. Note : 1,5/3
  • Qualité de l’histoire : Comment les potins peuvent-ils finir par empoisonner toutes les relations dans un petit village ? Cela aurait pu constituer une magnifique histoire. Malheureusement, le livre reste à la surface des choses. Note : 1/4

Appréciation générale : Agatha Christie passe à côté de son sujet. Une troisième lecture se justifie difficilement.

Note générale : 9,5/20

Extrait: « [Eleanor Fane]  La seule [femme de pasteur] dont je [Jeremy Burton] me souvienne était une créature tranquille, qui n’offrait rien de remarquable et qui vivait dans l’adoration d’un époux solide, dont la parole, quand il prêchait, avait quelque chose de magnétique. Quant à elle, elle parlait si peu que c’était un véritable problème de soutenir une conversation avec elle. »

Citations : sur les villages : « Mais qu’est-ce que ce patelin ? Sous ses faux airs de paradis terrestre, le venin y suinte de partout ! »; « A couler ses jours dans un village, on en apprend beaucoup sur la nature humaine. » – sur les homosexuels : « – Graves a parlé d’une vieille fille d’âge mûr. – Eh bien, est-ce que Mr Pye n’est pas une vieille fille d’âge mûr ? – Un inadapté, dis-je doucement. » – sur les Ecossais : « Les tâches de rousseur font tellement bouseux, tellement écossais. » – sur les Juifs : « Mary Grey s’opposait avec fermeté au choix d’une juive rebondie qui avait jeté son dévolu sur une robe du soir moulante bleu pastel. » – sur Shakespeare : « Shakepeare m’a toujours assommé avec ces scènes interminables où tout le monde est fin soûl et qui sont censées être hilarantes. » – sur le travail : « Pour les hommes, pour les femmes, pour tout le monde, il n’y a rien de tel que le travail. Le seul péché qu’on ne saurait absoudre, c’est l’oisiveté! »

L’Heure zéro (1944) 

Résumé : C’est une drôle de réunion qui se déroule à la « Pointe aux mouettes ». En effet, sont réunis entre autres, Neville Strange, sa femme actuelle Kay et son ex-femme Audrey, qui se retrouvent pour la première fois depuis le divorce. L’ambiance est électrique, la tension monte et inévitablement, culmine lors de l’assassinat de leur hôtesse.

L’avis des spécialistes : « L’Heure zéro est du superbe Christie. L’intrigue fait penser à ces poupées russes emboîtées les unes dans les autres. On présente au lecteur une solution, à l’intérieur de laquelle il y en a une autre, et encore une autre derrière. La présentation du mobile et des indices est magistrale… » (John Curran) – « Agatha Christie se révèle la digne consoeur du Francis Iles de Préméditation. » (François Rivière)

Pourquoi ce titre : « L’histoire d’un meurtre débute des années plus tôt avec mille et une causes… Tout converge vers l’Heure Zéro. »

Première phrase : « Le groupe réuni auprès du feu ne comprenait guère que des magistrats et des hommes de loi. »

Trois  souris (1948)

trois sourisEn un mot : un morceau de virtuosité

Résumé : Un meurtre au 74 Culver Street est suivi d’un second meurtre à Monskwell Manor, une pension de famille tout juste ouverte par un jeune couple. La vengeance semble être à l’origine de ce double homicide. Mais qui peut être le meurtrier parmi les résidents de la pension qu’une tempête de neige isole brutalement du reste du monde ? Et qui sera la troisième souris ?

L’avis des spécialistes :

Ce qu’il faut savoir : adaptée de la pièce radiophonique éponyme, jouée sur les ondes de la BBC à l’occasion des 80 ans de la reine Mary, la nouvelle sera à son tour adaptée en pièce de théâtre,  La SouricièreJouée sans discontinuer à Londres depuis 1952, elle a donné lieu à plusieurs milliers de représentations. 

Notre avis

  • Originalité du sujet : le huis clos est brillamment mené mais, par définition, sans grande originalité. Note : 0,5/3
  • Complexité de l’énigme : le roman est trop court, la liste des suspects trop limitée pour accoucher d’une énigme élaborée. Note : 1/5
  • Caractère étonnant du dénouement : un tour de force compte tenu du petit nombre de protagonistes. Note : 4/5
  • Intérêt des personnages : très limité puisqu’en l’absence de réelle investigation, l’auteur reste volontairement à la surface des apparences. Note : 1,5/3
  • Qualité de l’histoire : tout devrait paraître artificiel et peu vraisemblable. Il n’en est rien. Note : 3/4

Traduction : Robert Nobret (1996)

L’extrait : Ma mère « a été tuée dans un bombardement. Enterrée sous les décombres. Ils ont dû… Ils ont dû creuser pour la dégager. Je ne sais pas ce qui m’a pris quand on est venue dire ça… J’ai dû devenir un peu maboul. Je me suis fourré dans le crâne, voyez-vous, que c’était à moi que c’était arrivé. Je me suis dit qu’il fallait que je courre à la maison pour me… pour me déterrer moi-même… ”

Citations : sur le mobilier victorien : « Comme il devait faire bon vivre à l’époque victorienne ! Quel confort ! Regarde le mobilier du premier étage, costaud, lourdaud et peut-être un peu trop orné, ça, d’accord… mais, oh, seigneur ! ce qu’on est divinement bien dedans…. » – sur le personnage homosexuel de l’histoire : « – Il tenait tellement au lit à colonne que je l’ai finalement mis dans la chambre rose. Giles marmonna entre ces dents quelque chose qui finissait par « … cette espèce de pédale ». – « Un dérangé mental que je n’en serai pas autrement étonnée », se dit Mrs Boyle. – « Permettez-moi de vous signaler, Mrs Davis que vous hébergez ici un personnage qui a un genre… euh…. extrêmement spécial. » – « Mal élevé comme ce n’est pas permis et complètement névrosé ce garçon, décréta-t-elle » – « Cette espèce de tordu… Je n’arrive pas à comprendre ce que tu peux bien lui trouver ». – « J’ai toujours entendu dire que ces folles froufroutantes faisaient des ravages chez les femmes. » – « Dire que j’étais jaloux de ce grand dépendeur d’andouilles névrosé. » – sur les mariages de guerre : Ces mariages  à la va-vite… ces mariages de guerre. On ne sait rien l’un de l’autre (…) Il arrive parfois qu’il s’écoule un an ou deux avant qu’elle ne découvre que son héros est en réalité un employé de banque, déjà marié et père de famille, qui a filé avec la caisse, ou bien encore un déserteur. 

Appréciation générale : un défi comme Agatha Christie aimait s’en lancer. Le plaisir d’une relecture ne peut se justifier que par l’oubli du meurtrier.

Note générale : 10/20

Première phrase : Il faisait un temps glacial.

La mort n’est pas une fin (1945)

Résumé : Imhotep revient du Nord avec Nofret, sa nouvelle concubine, qui, par son intransigeance, a tôt fait de multiplier les heurts et les tensions avec les autres membres de la maison, et principalement avec les trois fils et leurs épouses. Retrouvée morte au pied d’une falaise, il ne fait de doute pour personne que Nofret  été assassinée. Mais peu de temps après un esprit vengeur semble décider à frapper…

L’avis des spécialistes : « Si on considère purement [La Mort n’est pas une fin] comme un roman policier classique, ce livre ne répond pas au principal critère : il n’offre pas au lecteur d’indices à repérer et à interpréter pour lui permettre d’arriver à une solution logique. En revanche, vu comme un whodunit nerveux et agréable à lire, il passe le test haut la main. Et, comme peinture d’une famille qui ne sait pas trop à qui se fier au sein du cercle de ces intimes, il est totalement crédible (…) Même si ce n’est pas un Christie exceptionnel, il n’en demeure pas moins une réussite majeure. » (John Curran) – « L’héroîne s’y révèle psychologiquement très proche de la romancière qui profite de ce masque antique pour livrer au lecteur un certain nombre de réflexions passionnantes sur la vie, la mort et les turpitudes familiales. » (François Rivière)

Citations : – sur les femmes : « Les femmes, à force d’expériences, finissent, quand elles ne le savent pas de naissance, par découvrir l’art de tirer parti des faiblesses des hommes. »; « Le bonheur, pour ces femmes-là, c’est toutes sortes de petites choses, enfilées comme les perles d’un collier. »; « les hommes, qu’est-ce que c’est ?… Ils sont nécessaires pour engendrer les enfants, un point c’est tout ! La force d’une race est dans ses femmes. C’est nous, Renisenb, qui transmettons à nos petits tout ce qui nous appartient. » – sur les beaux parleurs : « les gens qui parlent le plus, Renisenb, ne sont pas ceux qui agissent le plus ! »

Le Vallon (1946)

Résumé : Un médecin du nom de John Christow est retrouvé tué par balles au bord de la piscine de la propriété Le Vallon, où il passait le week-end ; sa femme Gerda est à côté du corps, un pistolet à la main… Trop évident ?

Ce qu’en a dit Agatha Christie : « Naturellement, on évolue le temps. Je me suis davantage intéressé, les années passant, aux préliminaires d’un crime. Les rapports entre les personnages, les ressentiments qui couvent dans les tréfonds et les insatisfactions qui ne s’extériorisent pas toujours mais qui risquent soudain de provoquer une explosion de violence. »

L’avis des spécialistes : « Le Vallon pourrait être quasiment un roman de Mary Westmacott. Il ressemble plus à un roman « tout court » qu’à un roman policier (…) Les protagonistes de ce roman sont les plus fouillés qu’elle ait dépeints jusque-là. Cinq petits cochons et Je ne suis pas coupable avaient ouvert la voie mais dans Le Vallon, son aptitude à camper les personnages atteignit son apogée au détriment, malheureusement, de l’intrigue policière. » (John Curran) – « C’est le plus long et, sans nul doute, le plus accompli des romans policiers de Christie qui, lorsqu’elle le portera à la scène en 1951, le débarassera de la personnalité encombrante de Poirot. » (François Rivière)

Citations : sur la vérité : « Pour Hercule Poirot, s’il y avait une chose plus passionnante encore que l’étude du comportement humain, c’était bien la quête de la vérité. » – sur la mort : « On est mort, on ne se préoccupe plus de rien, on n’a plus de soucis. Les ennuis, c’est pour ceux qui restent, pour les parents qui se demandent s’ils porteront le deuil ou non et qui se disputent autour de l’héritage pour savoir à qui ira l’écritoire de la tante Selina! » – sur les romans policiers : « du sang qui coulait dans de l’eau bleue… comme sur la couverture d’un roman policier. »

L’avis de Michel Houellebecq: « J’apprécie l’ambitieux personnage d’Henrietta, le sculpteur, à travers laquelle Agatha Christie avait cherché à représenter, non seulement les tourments de la création (…), mais la souffrance spécifique qui s’attache au fait d’être artiste : cette incapacité à être vraiment heureuse ou malheureuse ; à ressentir vraiment la haine, le désespoir, l’exultation ou l’amour ; cette espèce de filtre esthétique qui s’interposait, sans rémission possible, entre l’artiste et le monde ». Pour M. Houellebecq, la romancière a mis beaucoup d’elle-même dans ce personnage, « sa sincérité était évidente. » L’intérêt du Vallon est cependant ailleurs, dans « le subtil équilibre de désirs inassouvis entre Midge, passant ses week-ends au milieu de gens qui n’avaient pas la moindre idée de ce que représentait un travail, et Edward qui, lui, se considérait comme un raté : il n’avait jamais rien pu faire de sa vie, même pas devenir écrivain (…) Edward comprenait enfin qu’Henrietta ne pourrait jamais vouloir de lui, qu’il n’était décidément pas à la hauteur de John ; pour autant il ne parvenait pas à se rapprocher de Midge, et sa vie semblait définitivement gâchée. C’est à partir de ce moment que Le vallon devenait un livre émouvant, et étrange ; on était comme devant des eaux profondes, et qui bougent. Dans la scène où Midge sauvait Edward du suicide, et où il lui proposait de l’épouser, Agatha Christie avait atteint quelque chose de très beau, une sorte d’émerveillement à la Dickens. »  Hors-série de Lire Spécial Agatha Christie   

Les travaux d’Hercule (1947)

Résumé : A la retraite, Hercule Poirot décide de s’adonner à la culture des courges. Mais suite à une discussion avec un ami, il s’impose un challenge, lié à son prénom : mener douze enquêtes, sélectionnées et choisies pour leur lien avec les Douze Travaux d’Hercule. Une manière pour lui de clore sa carrière en beauté. Evidemment, le lien est on ne peut plus symbolique (voire tiré par les cheveux) : le lion de Némée devient ainsi un facétieux pékinois, et l’Hydre de Lerne une rumeur. 

L’avis des spécialistes : « Un des meilleurs recueils de nouvelles de toute la fiction ciriminelle. Le concept en est aussi brillant que l’exécution. » (John Curran) – « C’est drôle, c’est brillant, on admire à la fois l’ingéniosité de l’auteur à inventer des enquêtes herculéennes (à la limites, ça pourrait presque passer pour une une contrainte oulipienne), et celle d’Hercule Poirot à débrouiller des affaires invraisemblables ou, bien évidemment, les apparences sont toujours trompeuses. » (irreguliere.over-blog.com)

Citations : – sur la mythologie : « Ces dieux et ces déesses !… Ils s’affublaient d’autant d’identités qu’un criminel d’aujourd’hui ! Et, alcoolisme, débauche, inceste, viol, brigandage, meurtre et captation d’héritage, ils se comportaient, d’évidence, comme des délinquants. Il y avait là de quoi occuper un juge d’instruction à plein temps ! Même dans le cadre de leur vie de famille ces gens-là se comportaient comme des malfrats ! Et avec ça pas d’ordre ! Pas de méthode ! Jusqu’à leurs crimes et délits qui fleuraient l’amateurisme et trahissaient une absence totale d’esprit de synthèse ! » – sur l’argent : « Les hommes ne pensent qu’à l’argent, conclut Mrs Samuelson en caressant son bracelet de diamants de ses doigts chargés de bagues. » – sur la jalousie : « On clame haut et fort, n’est-il pas vrai ? que le client a toujours raison. Eh bien, il en va de même pour les jaloux : si discutables que puissent être leurs motifs, ils ont quand même toujours raison. » – sur la morale : « Une conscience pure, c’est tout ce dont on a besoin dans la vie. Avec ça, on peut affronter le monde et envoyer au diable tous ceux qui se mettent en travers de votre route. »

Le flux et le reflux (1948)

Résumé

L’avis des spécialistes : « L’intrigue de ce roman est l’in des plus complexes de l’auteur. » (John Curran) – « Agatha Christie modernise avec talent la stratégie du roman de détection en s’abandonnant aux sirènes du réalisme, ce qu’elle n’avait fait jusque-là que dans les romans signés du pseudonyme de Mary Westmacott. » (François Rivière) 

Citations : sur la société moderne : « Le monde, répondit lentement Poirot, devient un endroit fort inhospitalier – excepté pour ceux qui sont du côté du manche. » – sur la mort : « On se figure toujours que la bombe est pour le voisin ! » – sur la chance : « Il est dans le affaires de ce monde, un flux qui pris à l’instant propice, nous conduit à la fortune. Si on le laisse échapper, tout le voyage de la vie ne saurait être que vanités et misères. Nous voguons à présent sur une mer semblable : Il nous faut saisir le flot quand il nous est favorable ou perdre notre vaisseau… »

La maison biscornue (1949)

Résumé

L’avis des spécialistes : « La Maison biscornue offre l’un des meilleurs dénouements chocs d’Agatha Chrisite. Tellement choquant, jugea-t-on à l’époque, que Collins [l’éditeur d’Agatha Christie] voulut lui faire changer la fin, ce qu’elle refusa. » (John Curran) – « Roman très retors et très cruel, l’un des favoris de son auteur (…) » (François Rivière) 

Citations : sur le meurtre : « Quand tu as commis un crime, tu éprouves un sentiment de grande solitude. Tu voudrais en parler à quelqu’un et tu ne peux pas. Cela ne fait qu’augmenter ton désir. »; « Les meurtriers tuent plus souvent les gens qu’ils aiment que ceux qu’ils détestent, et cela parce que ce sont surtout ceux que nous aimons qui peuvent nous rendre la vie insupportable. » – sur les gens : « On se fait une idée sur des gens et par la suite, on découvre qu’ils ne sont pas du tout comme on les imaginait »

Un meurtre sera commis le… (1950)

Résumé : Un matin, tous les habitants d’un petit village trouvent dans la gazette locale une annonce inhabituelle  : « Un meurtre est annoncé, qui aura lieu le vendredi 29 octobre à six heures trente de l’après-midi à Little Paddocks… ». Tout le voisinage, persuadé qu’il s’agit d’une plaisanterie, se donne donc rendez-vous à Little Paddocks et attend l’heure fatidique dans la bonne humeur. À six heures trente, la lumière s’éteint, l’assassin parait, des coups de feu éclatent…

Première phrase : « Tous les matins entre 7h30 et 8h30 – sauf le dimanche – Johnnie Butt faisait à vélo la tournée du village de Chipping Cleghorn. »

Extrait : « – Nous vivons des heures dramatiques, décréta-t-elle, et le plus simple est de ne pas parler de tout ça, parce qu’on ne sait rien de la prochaine victime…Vous devez trouver, ma chère miss Blacklock, qu’il est bien indiscret de notre part d’envahir votre domicile, mais nous obéissons à une véritable mise en demeure de l’inspecteur Craddock. Vous savez qu’il n’a toujours pas trouvé Miss Marple ? Bunch est comme folle. Personne ne sait où la pauvre vieille demoiselle est allée au lieu de rentrer au presbytère. Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé ! Une si charmante personne, en possession de toutes ses facultés … – Tu ne crois pas, maman, souffla Edmund, que tu ferais mieux de te taire ? – Mais bien sûr, mon chéri ! Je n’ai d’ailleurs absolument rien à dire … »

Citations : sur l’absence de chance : « Les gens qui en veulent à la terre entière sont toujours dangereux. Ils semblent croire que la vie a une dette envers eux. »

L’avis des spécialistes : « Un meurtre sera commis le… demeure l’un des meilleurs livres d’Agatha Christie. Il se classe sans effort dans le top 10 et il est certainement le meilleur des Marple. Roman policier ingénieusement construit, audacieusement émaillé d’indices, parfaitement rythmé, merveilleux titre du demi-siècle… » (  John Curran) – « Certes le meurtrier est connu une cinquantaine de pages avant la fin ce qui n’est pas forcément habituel dans les romans d’agatha christie mais cependant on ne s’ennuie pas en lisant les dernières pages puisqu’on apprend le cheminement de la reflxion de Miss Marple et de l’inspecteur chargé de l’enquête… » (Chip – citiqueslibres.com)

Témoin indésirable (1958) 

Résumé: Alors qu’il purge sa peine pour le meurtre de sa mère, meurtre qu’il nie en bloc, Jacko Argyle décède en prison. Deux ans après cet évènement, le témoin qui aurait du lui servir d’alibi apparaît soudainement et veut prouver son innocence. La famille du détenu doit alors faire face à la suspicion, une suspicion qui se pose sur chacun d’eux, et au fait que le vrai meurtrier est encore parmi eux.

L’avis des spécialistes : « Témoin indésirable reste l’un des meilleurs Christie de l’époque tardive. C’est un roman criminel, par opposition au roman d’énigme classique, où s’expriment de profondes convictions sur la vérité et la justice, sur la culpabilité et l’innocence. » (John Curran) – « Un des livres favoris de l’auteur (…) Le récit est mené de main de maître (…) » (François Rivière)

Extrait : « Rendez service à quelqu’un; votre geste spontané vous vaudra une certaine satisfaction, en tant que donateur, et vous éprouverez une vive sympathie à l’égard de l’obligé. En revanche, êtes-vous certain que celui-ci demeurera bien disposé à votre égard ? Vous aimera-t-il vraiment ? Il le devrait … mais en sera-t-il ainsi ? »

Le Cheval pâle (1961) 

Résumé: Dans un bistrot de Chelsea, « Le cheval pâle », l’écrivain Mark Easterbrook surprend deux jeunes filles en train de se crêper le chignon. L’une d’elles, « pleine de fric » paraît-il, s’appelle Thomisa Tuckerton. A quelque temps de là, Mark Easterbrook tombe sur un entrefilet : Thomisa Tuckerton est décédée, à l’âge de vingt ans. Peu après, le père Gorman, qui venait de recueillir la confession d’une vieille dame, se fait assassiner. On retrouve sur lui une liste de noms, parmi lesquels celui de Mrs Tuckerton. Les autres sont ceux de personnes mortes de mort « naturelle ». Cela conduit Mark Easterbrook au Cheval pâle où trois sorcières s’adonnent au spiritisme et terrorisent leur entourage. Mais ce n’est pas le maléfice qui tue…

L’avis des spécialistes : « [Le Cheval pâle], l’un des plus marquants des quinze dernières années de la carrière d’Agatha Christie, offre une intrigue horriblement plausible, un poison très inhabituel et une atmosphère authentiquement menaçante qui plane sur l’habituelle énigme policière. » (John Curran)  « Ce roman restera comme un des plus réussis et des plus surprenants de la Reine du crime. » (François Rivière)

Citations : sur les méchants : « les vrais méchants ne font pas étalage de leur méchanceté. Ils la tiennent cachée, au contraire. » – sur l’argent : « Pour la majorité des gens riches, amasser de l’argent suffit. Mais pour quoi ? Se posent-ils jamais cette question? Ils ne savent pas. » – sur le pessimisme : « Il faut toujours envisager le pire. Cela calme les nerfs. »

Extrait: « Il faisait assez sombre dans la bistrot [Chez Luigi] et je [Mark Easterbrook] n’y voyais pas très bien. La clientèle était composée surtout de jeunes gens. Ils faisaient partie, supposai-je vaguement de ce qu’on appelait la génération « en colère ». Les filles avaient l’air de ce dont elles ont toujours l’air pour moi par les temps qui courent, c’est-à-dire crasseuses. Elles me paraissaient aussi trop chaudement vêtues. Je l’avais déjà remarqué quelques semaines auparavant, lorsque j’étais sorti dîner avec des amis. La fille qui était assise à côté de moi devait avoir une vingtaine d’années. Il faisait chaud dans le restaurant, mais elle portait un pull-over de laine jaune, une jupe noire et des chaussettes de laines noires, et la sueur lui avait coulé sur la figure tout le long du repas. Elle sentait la laine imbibée de transpiration et aussi, très fort, les cheveux sales. »

* A l’hôtel Bertram (1965) : le vrai héros, l’hôtel, le vrai sujet, le temps qui passe

Résumé : Miss Marple est tout heureuse de passer une semaine dans à l’hôtel Bertram, un endroit en apparence « très calme, très convenable et même tout ce qu’il y a de vieux jeu » mais que la police soupçonne de servir de plaque tournante à une organisation du crime. Jusqu’au moment où un client disparait mystérieusement puis que le portier soit tué dans d’étranges conditions…

Première phrase : « Le cœur du West-End abrite de nombreuses petites rues calmes, inconnues de presque tous, sauf des chauffeurs de taxis qui les traversent avec facilité, et arrivent à Park Lane, Barkeley Square ou South Audley Street. »

L’avis des spécialistes : « Si le cadre de ce roman est typique de Christie et de Marple, nos attentes sont battues en brèche (?) par le dénouement, où une conspiration encore plus époustouflante que celle du Crime de l’Orient-Express nous est révélée. » (John Curran)

Notre avis

  • Originalité du sujet : un décor en trompe l’oeil sur l’Angleterre éternelle, ses ladies respectables et ses officiers en retraite dont Agatha Christie a su si bien jouer pour donner cette touche « so british » à l’ensemble de son oeuvre. A travers le personnage de miss Marple, l’auteur assume ouvertement sa vision nostalgique du monde mais se montre aussi pleine de lucidité sur les avantages de la modernité, le temps qui passe et ne revient jamais. Note : 3/3
  • Complexité de l’énigme : une disparition, un braquage, une affaire de succession, une mère qui refuse de reconnaître sa fille… Quand un meurtre survient sur le tard, on est perdu au point de se demander : mais qu’elle est l’énigme au fait ? Note : 2/5
  • Caractère étonnant du dénouement : conclusion d’une histoire sans réel fil conducteur, le dénouement est inévitablement tiré par les cheveux. Note : 1/5
  • Intérêt des personnages : beaucoup d’archétypes hélas traités au premier degré : la femme d’action, le voyou séducteur, l’homme d’Eglise étourdi, le policier bourru secondé par un jeune pétri de certitudes et d’a priori… Seul portrait intéressant : celui d’une jeune fille bien de son temps. Note : 1/3
  • Qualité de l’histoire : la valeur de ce roman réside moins dans la qualité de l’histoire que dans les soixante dix premières pages qui campent le décor de façon magistrale. Note : 3/4

Appréciation générale : A relire pour l’extraordinaire description de l’hôtel Bertram.

Note générale : 10/20

L’extrait : « Il demanda à Elvira si elle aimerait boire quelque chose. Il allait lui proposer un citron pressé, un ginger ale ou une orangeade, mais Elvira le devança : – Merci. Oui, je voudrais un martini-gin »

Citations : sur le temps qui passe : « Une phrase française lui revint à l’esprit : Plus ça change, plus c’est la même chose. Elle inversa les mots : Plus c’est la même chose, plus ça change. »; « On ne revient jamais en arrière (…) La vie est une rue à sens unique »; «  »le Five o’clock » est aussi mort que le dodo de l’île Maurice » – sur le jeu : « – Alors Irlandais et joueur, hein ? – Fichtre oui. Que serait la vie sans le jeu ? – Paisible et barbante, répondit l’inspecteur-chef Davy. Comme la mienne. » – sur les mères : “Les mères étaient devenues incapables de protéger leurs filles de liaisons idiotes, de grosses illégitimes, de mariages précoces et malheureux .” – sur les « jolis garçons » : Le même beau profil d’aigle, la même maigreur, la même dureté de prédateur et…oui, la même séduction virile (…) « Il est comme Harry Russel » se dit miss Marple qui, comme d’habitude, se référait à un prototype qu’elle exhumait du passé. « Incapable de jamais faire rien de propre. Et tout aussi incapable de jamais rien apporter de bon aux femmes qui l’ont fréquenté »“ – sur le meurtre : « le meurtre (…) – c’est comment dire? – un défi à Dieu. » – sur les codes vestimentaires : « Je dois avouer que l’inspecteur-chef Davy et le sergent Wadell sont très comme il faut. Vêtements civils bien coupés pas le genre trench-coat et brodequins cloutés comme on voit dans les films. Presque des gens comme vous et moi. »

A savoir : L’auteur mentionne un film, « Les murs de Jericho », une pure invention – comme le nom des acteurs principaux Olga Radbourne et Bart Levinne -, sans le moindre rapport avec le film américain du même nom réalisé en 1948 et dans lequel Kirk Douglas tient le rôle principal. Voici le résumé qu’en fait Agtha Christie : « Le film lui plut, même s’il lui sembla qu’il n’avait aucun rapport avec l’histoire racontée dans la bible. Josué lui-même en avait été carrément éliminé. Quant aux murs en question, ils étaient une sorte de référence symbolique aux voeux de chasteté d’une certaine dame. Après que les murs s’étaient écroulés plusieurs fois, la belle actrice retrouvait le héros fruste et borné qu’elle aimait en secret depuis le début et tous les deux se proposaient de reconstruire les murs de  façon qu’ils supportent mieux l’épreuve du temps. »

Deux articles : Et si on arrêtait de massacrer la traduction d’Agatha Christie. L’exemple d’A l’hôtel BertramLa terrible illusion de l’hôtel Bertram

*** La Nuit qui ne finit pas (1967) : un roman assez peu policier mais très noir et très beau

Résumé : Michael tombe sous le charme d’un vieux manoir et d’une jeune fille de très bonne famille. Le bonheur semble parfait. Mais bien vite, les malédictions jetées par une vieille bohémienne et les regards sévères des entourages mettent les nerfs et les sentiments du jeune couple à rude épreuve. Jusqu’à ce que l’impensable se produise…

L’avis des spécialistes : « La Nuit qui ne finit pas est l’ultime triomphe d’Agatha Christie » (John Curran) – « Ce roman ne ressemble à aucune autre fiction d’Agtha Christie » (François Rivière)

Ce qu’il faut savoir sur le livre : L’histoire du jeune Michael Rogers a été comparé par la critique au roman d’Henry James Les Ailes de la colombe.

Ce qu’en a dit Agatha Christie : « C’est assez différent de ce que j’ai fait précédemment – plus sérieux. En fait, il s’agit d’une tragédie. »

Notre avis

  • Originalité du sujet : Un conte qui vire au cauchemar c’est toujours intéressant, non ? Note : 2/3
  • Complexité de l’énigme : L’ambiance surnaturelle entretient jusqu’au bout la perplexité du lecteur mais, vu la particularité de l’histoire, on ne peut pas à proprement parler d’énigme. Note : 2/5
  • Caractère étonnant du dénouement : aussi époustouflant que celui du Meurtre de Roger Accroyd. C’est dire. Note : 5/5
  • Intérêt des personnages : De très beaux protraits de deux jeunes que tout oppose et que semble vouloir séparer. Note : 2/3
  • Qualité de l’histoire : Sans se perdre dans des détails inutiles, la narration dépeint aussi bien la passion d’un homme pour une maison que les relations mère-fils ou les différences de classe, ce thème si cher aux Anglais. Note : 3/4

Appréciation générale : Un très beau livre. Cruel et immoral (malgré la fin). Se lit une troisième fois avec plaisir.

Note générale : 14/20

Extrait : « Les péripéties de la vie désignées par ces grands mots : amour, sexualité, vie, mort, haine… ne sont en fait pas du tout celles qui gouvernent l’existence. C’est une quantité d’autres corvées procédurières et dégradantes. Des choses qu’il vous faut endurer, des choses auxquelles vous ne pensez pas jusqu’à ce que vous y soyez confronté. Les entrepreneurs de pompes funèbres, les dispositions pour les obsèques, l’enquête. Et les domestiques qui font irruption partout pour baisser les stores. Pourquoi les stores devraient-ils être baissés sous prétexte qu’Ellie est morte ? Et toutes les stupidités ! »

Citations : Sur les hommes d’un certain âge : « Ou bien ils sont mariés à des blondes aux jambes interminables qui les trompent du matin au soir avec des godelureaux, ou alors ils sont affublés de créatures hideuses et geignardes, qui ne cessent de leur répéter leurs quatre vérités. » – sur les Ecossais : « Signe de mort ? répétai-je. C’est encore une de ces vieilles croyances écossaises ça, non ? » – sur les mères : « Toutes les mères  (…) savent tout de leur fils. Et je crois que tous les fils sont génés par rapport à ça. » – sur la maison idéale : « Il n’y a pas que la bâtisse qui compte, voyez-vous. Il lui faut aussi un cadre. C’est tout aussi important (…) Elle est simple et très moderne, me semble-t-il, mais ne manque pas d’élégance et elle est lumineuse. Et quand on est à l’intérieur et qu’on regarde dehors, on voit le paysage… eh bien… autrement qu’on ne le voyait auparavant. »- sur le bonheur : « On ne prend conscience des moments importants dans la vie que lorsqu’il est trop tard. » – sur le mensonge : « C’est dans la nature humaine de ne vouloir montrer que le meilleur de soi. » – sur le mal : « J’ai souvent cherché à retrouver la prodigieuse sensation de triomphe que j’avais éprouvée tandis que mes doigts se refermaient autour de son cou. »; « La peur la tenaillait. Une peur qui me procura une jouissance folle et me fit serrer plus fort mes mains autour de son cou. »

Poirot quitte la scène (1975)

Résumé

L’avis des spécialistes : « Il se dégage de ce roman une athmosphère particulièrement lugubre. » (François Rivière)

Première phrase : « Qui n’a jamais été saisi d’un soudain pincement au coeur lorsqu’il est amené à revivre une situation ancienne ou à ressentir une émotion autrefois éprouvée ? »

NOUVELLES

La comédienne (1923)

Résumé : Victime d’un chantage,  une comédienne célèbre décide de jouer un des meilleurs rôle de sa vie.

Extrait : « Ce qu’il faut c’est un moyen terme entre les gants et les poings nus. Disons des mitaines… »

Citations : sur la vivacité d’esprit : « l’impatience habitait la comédienne, l’impatience qu’une vive intelligence éprouve à observer un cerveau plus lent à parcourir le terrain qu’elle-même a parcouru en un éclair » – sur le crime : « il est bien trop lâche pour s’être mouillé dans une affaire vraiment sale ». 

A lire également http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2010/11/23/challenge-agatha-christie-humm/

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