Simple auteur de romans policiers ou véritable écrivain ? Partie 1 – La dernière énigme d’Agatha Christie

L’enquête continue

Trente ans après sa mort, Agatha Christie résiste aux modes. Elle reste un des auteurs les plus lus au monde. La France est même un des pays où les ventes de la romancière sont les plus fortes avec 40 millions de livres écoulés entre 1953 et 2003. Le Figaro vient de publier un palmarès des auteurs classiques les plus vendus entre janvier 2004 et janvier 2012. Boostés par les programmes scolaires, Guy de Maupassant, Molière et Emile Zola arrivent en tête. Mais les suivants, Albert Camus et Victor Hugo, sont talonnés de près par Agatha Christie et Stefan Zweig.

Avec Conan Doyle, Agatha Christie est une des rares survivantes d’un genre qui connut son heure de gloire : le roman à énigme. Qui lit encore Gaston Leroux et Maurice Leblanc ? Qui connait Dorothy L. Sayers, Anthony Berkele, Edith Ngaio Marsh et Françis Beeding, pourtant célèbres dans la première moitié du XXe siècle ? Et, sans remonter aussi loin, qui se souvient du Français Charles Exbrayat célèbre voici à peine trente ans ?

Le roman à énigme fait l’objet des mêmes attaques que le roman policier en général. Mais à la différence de genre plus urbains, tels que le hard-boiled (« insensible », « dur à cuire ») incarné par Raymond Chandler ou Armitage Trail (Scarface), le roman noir ou le polar, le roman à énigme ne se réfère pas seulement à univers désuet et révolu, qui explique largement son absence de renouvellement : son extrême codification limite étroitement les marges de manoeuvre de l’auteur. Le philosophe  Laurence Devillairs rappelle ainsi qu' »aucune vision du monde, aucune idéologie, aucun symbolisme n’est censé venir donner au récit son sens et son épaisseur; le récit est lui-même sa propre justification, en tant qu’il est subordonné à une énigme ».

La légitimité artistique du roman policier repose largement sur le passage du genre populaire au genre littéraire en jouant du contraste entre Agatha Christie et de « véritables auteurs » comme James Ellroy ou Didier Daeninckx. Dans un numéro spécial consacré  aux cultures, la revue SH-Sciences humaines note que « le polar s’est définitivement installé sur le terrain de la littérature en allant au-delà de la simple énigme chère à Agatha Christie [et en] décorticant des réalités sociales, des états psychologiques, des relations humaines ».

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