Pour en finir avec les « vieux »

Un sujet très délicat 

Et si une façon d’en finir à la fois avec le jeunisme et avec la discrimination à l’encontre des plus âgés consistait à mettre tout le monde dans le même sac ?

Certaines réalités semblent à ce point problématiques qu’elles en deviennent quasiment innommables. Prenez l’exemple de ceux qui ne sont plus jeunes, ni « dans la force de l’âge ». Comment les appeler ? Le terme de « vieux » n’est plus admis que dans les bouche des adolescents pour désigner leurs parents. Celui de « personnes âgées » est de moins en moins accepté par les intéressés. Le terme « ancien » n’est pas idéal. Mais il est de loin préférable aux deux précédants. D’accord, l’ancien est vieux. Mais il a souvent de la valeur. C’est l’avantage.

Mêlant une note d’affection au respect, les élus locaux aiment parler des « anciens ». Comme le vieux, l’ancien appartient au patrimoine et à l’histoire. Mais à la différence du vieux qui est usé, voire même hors d’usage, l’ancien ne se trouve pas dans une poubelle mais simplement dans un temps révolu. C’est mieux mais guère plus réjouissant.  Une personne du « troisième âge » ? Le mot semble affranchi de tout jugement de valeur. Mieux, il est élégant… Mais, soyons franc, un pas décisif vers la tombe est quand même franchi. Pour pallier cet « effet de seuil » (et de deuil), on s’est empressé d’inventer le « quatrième âge » ce qui n’a rien résolu mais au contraire donné le sentiment d’un glissement progressif vers la mort.

Faute de mieux, on s’est donc reporté sur « senior », ce terme ayant un mérite indéniable et inattendu : il peut aussi s’appliquer aux plus jeunes salariés expérimentés. Dès cinquante ans, voire plus tôt dans certains secteurs d’activité où la question de l’employabilité se pose dès quarante ans. Comprise comme une lente dégradation dont on ne peut plus vraiment dater le commencement, la vieillesse, la vraie, se trouve ainsi abolie sous peine de blesser celui ou celle qu’on prétend rejeter dans le royaume des morts vivants. Aux vieux qui sont restés jeunes s’ajoutent désormais les jeunes qui sont désormais trop vieux.

Ouf ?

Franck Gintrand

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