La capture photographique (et honteuse) des époux Gbagbo

Vae victis ?

Refusant sa défaite à l’élection présidentielle de 2010, Laurent Gbagbo a été arrêté lundi 11 avril 2011 après l’attaque de sa résidence à Abidjan par les forces du nouveau président ivoirien. Les médias étaient présents dont un photographe de l’AFP…

Clic clac photo. Emballé c’est pesé. Et voilà le couple Gbagbo offerts sur un plateau. Non pas jetés pêle-mêle mais présentés bien comme il faut. Assis sur un lit, le président déchu et sa femme ont été « invités » à faire face aux journalistes eux-mêmes conviés à immortaliser l’événement. Comme ses confrères, le photographe de l’AFP a fait son boulot. Mécaniquement. En pensant peut-être déjà au retour. L’esprit déjà ailleurs, il a « shooté » ce qu’on lui a demandé. Abondamment. Sans regard critique sur le contexte. Sans recul, sans talent et sans parti pris. Résultat de ce mitraillage en guise de reportage : des photographies qui en disent beaucoup plus sur les intentions des vainqueurs, la paresse et la complaisance des médias que sur le sujet lui-même…

Bastien Navet est un des rares à avoir évoqué le caractère honteux de cette double prise, à la fois politique et médiatique. Dans l’édition du 15 avril de Libération, ce docteur en sciences politiques signe une tribune intitulée « Faut-il tondre Simone Gbagbo ? » (1). Il s’y insurge contre le tribunal médiatique qui « au nom d’un d’un sentiment dominant de condamnation sans jugement des leaders déchus, s’émancipe de toute pudeur » et applique en cela les méthodes des régimes que les démocraties entendent justement dénoncer. Même si elles s’en veulent l’exact contraire, les photographies de l’AFP rappellent les corps gisants des époux Ceaucescu et la tête hirsute de Saddam. En procédant à la même exposition médiatique des vaincus par les vainqueurs, les photographies des époux Gbagbo prouvent que la dignité reste un droit à conquérir pour les criminels politiques, aussi monstrueux soient-ils.

Le procès de Nuremberg avait pourtant montré la voie. En dépit de l’horreur de ce qui leur été reproché, les accusés avaient vus leurs droits et leur dignité respectés. La démocratie et les droits de l’homme en étaient sortis grandis. C’était il y a moins de soixante ans. Une éternité.

Franck Gintrand

La photographie AFP des époux Gbagbo est Ici. Une autre publiée par Le Monde est .

(1)  » Faut-il tondre Simone Gbagbo?  » par Bastien Navet

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