Homo Allenicus ou l’Homme post-moderne vu par Woody Allen

Ionesco après quelques verres de vin

Egocentrique et obsédé par le sexe – ce qui n’est pas très original -, l’Homo Allenicus est indifférent à la dictature des apparences et aux canons habituels de la virilité – ce qui est plus nouveau. Chétif et angoissé, urbain et cultivé, ce nouvel homme mise moins sur son physique que sur son cerveau et charme par sa maîtrise du verbe autant que par son extême sensibilité.  Seul problème, sa masculinité s’évanouit au premier coup de feu ou à la première frayeur. Il apparaît alors pour ce qu’il est aussi : ni vraiment rassurant, ni même franchement viril.

Impossible de comprendre l’Homo Allenicus si l’on sous-estime son obsession pour la mort et la déchéance. Les hommes ne sont pas les seuls à y penser très fort. Dans « September », Diane confie sa peur de vieillir « surtout quand on a l’impression d’avoir vingt et un ans dans sa tête (…) Vous examinez votre visage dans le miroir et vous remarquez que quelque chose manque. Puis vous vous appercevez que c’est votre avenir ». Mais cette obsession est surtout le fait des hommes. Moins marquée par la peur de vieillir que par celle de mourir (qui plus est, dans d’atroces souffrances), cette phobie – car c’est est une – traverse l’oeuvre cinématographique et écrite de Woody Allen. Ainsi, pour Alvy (« Annie Hall ») : « la vie se divise entre entre l’horrible et le désespéré… L’horrible, par exemple, c’est les maladies incurables, tu vois ? Les aveugles, les infirmes. Je ne sais pas comment ils font pour tenir le coup. Ca m’a toujours épaté… et le désespré c’est tout le reste. C’est tout. Alors, si on vit, on devrait être content d’être désespéré » (5) ce que Woody Allen résume de la façon suivante : « Aujourd’hui plus qu’à toute autre époque, l’humanité est à un carrefour. Un chemin conduit à l’amertume et au désespoir absolu. L’autre à l’extinction pure et simple. Prions de faire le bon choix. » (0)

Convaincu de l’absurdité de la vie, l’Homo Allenicus n’est pas pour autant tenté par le suicide. La mort l’effraie profondément. Confronté à l’imminence de son exécution, Socrate Allen se défend : « Je ne suis pas un lâche, et je ne suis pas un héros. Je me situe quelque part entre les deux ».  Et puis il y a les femmes. Ah les femmes… Pour Woody Allen l’amour des femmes tire les hommes vers le haut : « c’est seulement quand j’ai commencé à sortir avec des femmes plus cultivées que moi et plus exigeantes à mon égard que j’ai commencé à me rendre compte que je devais avoir un peu plus de choses à raconter… » (1). Dans « Monologue », le héros confirme : « Juste après le mariage, ma femme a commencé à devenir bizarre. Elle est entrée au Hunter College et s’est inscrite en philosophie (…) Elle m’embarquait toujours de profondes discussions philosophiques où elle me démontrait que je n’existait pas, ce qui avait le chic de mettre en rage. » (2) A new York, on peut ainsi louer le rôle d’une fille, non pas pour faire une vulgaire passe (le genre de chose vulgaire qui se pratique sur la côte Ouest) mais pour échanger vraiment : « (…) Pour cent dollars, une fille vous prêtait ses disques de Bartock, dinait avec vous, puis vous laissait la regarder quand elle piquait sa crise de dépression (…) »

Face à une nouvelle génération de femmes libérées et cultivées, courageuses et entières, l’Homo Allenicus est vite dépassé, à la fois impressionné et excité, quoi que légèrement inquiet. Tel Borris à la fois tétanisé et fasciné par Sonia, dans « Guerre et amour » : « – Vous êtes une femme incroyablement compliquée. – Vous pourriez dire, je suppose, que je suis moitié sainte, moitié putain. – J’espère avoir droit à la moitié qui a de l’appétit. »

L’amour est intrinséquement lié à la souffrance ainsi que le souligne Sonia dans « Guerre et amour » : « Pour éviter la souffrance, il faut éviter d’aimer. Mais alors on souffre de ne pas aimer. Donc aimer c’est souffrir, ne pas aimer c’est souffrir, souffrir c’est souffrir. Etre heureux c’est aimer, être heureux, donc, c’est souffrir mais souffrir vous rend malheureux, donc, pour être malheureux il faut aimer ou aimer pour souffrir, souffrir de trop de bonheur » (4). Qui plus est, même si les voies de l’amour ne sont pas forcément impénétrables, leur tracé est souvent très sinueux.

En cours de rédaction

Sur le même sujet

 

(0) Mon allocution – Le petit Woody Alen illustré, p. 201 (1) (2) (3) (4) Guerre et amour – Le petit Woody Alen illustré, p. 111 (5) Annie Hall – Le petit Woody Alen illustré, p. 189 (6) September – Le petit Woody Alen illustré, p. 189 

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