GQ versus The Good Life : deux conceptions de l’homme d’aujourd’hui

Décalé et classe contre cosmopolite et business.

Exit l’ère de Play boy. Dépassée le rêve Newlook. Fini les belles plantes dénudées en couverture. A l’heure du métrosexuel, les hommes pensent un peu moins aux filles et un peu plus à eux, à leur physique, à leur look mais aussi à leur esprit et à leurs petites marottes. Cette tendance a suscité l’apparition d’une multitude de publications mais seuls deux titres sortent nettement du lot : GQ et The Good Life. Le premier incarne une virilité branchée et distancée, moins attachée à la mode qu’au style, dans le droit fil d’un dandysme démocratisé. Le second se veut business et cosmopolite, ambitieux et raisonnablement jouisseur. En somme, aussi « power » que GQ peut être dilettante. Deux journaux, deux lectorats, deux imaginaires masculins. 

GQ 

Editeur : Condé Nast Publications – Création : mars 2008 – Périodicité : mensuelle – Prix (début 2012) : 3,50 euros – Diffusion (chiffre wikipedia 2010) : 92 000 exemplaires – Article : wikipedia – Site : gqmagazine.fr

Repère : créé en 1957 aux Etats-Unis, GQ est publié par  le groupe Condé Nast S.A. (Vogue, Glamour, AD et Vogue Hommes International).

Distribution : en kiosque.

A qui ça s’adresse ? A des lecteurs qui ont un peu de temps à consacrer à la lecture d’un masculin.

Qui sont les chroniqueurs ? Pas de chroniqueur attitré mais quelques signatures régulières dans la rubrique « Ego ».

Qui rédige les articles ? Le magazine compte une dizaine de responsables de rubriques et une vingtaine de journalistes (free lance).

De quoi ça parle ? GQ parle d’à peu près tout : mode, culture, forme et santé, sexe, sport, sorties, voyage, technologies… Rien en soi de très original sinon les sujets traités par les articles de la rubrique « société ».

Ambition : “permettre à chacun d’adopter le style impeccable de tout homme moderne qui se respecte”.

Objectif atteint ? Oui. Parce que le style fait l’homme sans se réduire à la mode, GQ traite de tout ce qui a trait à l’apparence et le fait plutôt très bien. Ce que la revue appelle « l’homme moderne » n’est pas seulement habillé avec goût (en adaptant son style à sa personnalité et aux circonstances), il assume sa faiblesse pour les jouets (ceux de son enfance comme les belles voitures ou les bonnes motos) et sait parler d’autres choses que de sport ou de boulot. Pour l’aider dans cette tâche difficile, avec ce qu’il faut de distance et d’humour, GQ traite des sujets du moment en hiérarchisant, positionnant, catégorisant, distribuant les bons et les moins bons points. C’est bien simple, avec GQ, tout est susceptible de passer un jour ou l’autre au banc d’essai : la carrière des stars, le style des chanteurs de rap ou des interviewers politiques, les séries du moment… Quitte à parler d’une tendance, le magazine découpe en quelques points clé et recourt chaque fois que nécessaire  aux inévitables classements. Et pour doubler le tout d’une dimension opérationnelle, la rédaction n’hésite pas à donner ses conseils sur ce qu’il convient de faire mais surtout de ne pas faire.

Ce qui est intéressant : les formats courts de la plupart des articles et, à la différence d’autres éditions européennes de GQ, une mise en page créative et soignée.

Ce qui est décevant : lorsque GQ se risque à poser des questions sérieuses – dans l’interview du mois – ou à traiter des sujets de fond – dans la rubrique Reportage. Des choix rédactionnels dissonnants par rapport à un positionnement intrinséquement distancé.

A ne pas manquer : Style Académie (conseils en re-rooking – l’âme de GQ) et Ego (société, sexe, news et conseils – la marque GQ). Depuis que Begbeider a cédé la place à Taddei, l’interview, quant à elle, a perdu beaucoup de son sel.

Pour résumer : en concevant la presse masculine sur le mode d’un magazine généraliste et un chouïa décalé, GQ déculpabilise sa cible et réussi son pari  éditorial.

Note : 4,5/5

The Good Life 

Editeur : – Création : 2011 – Périodicité : mensuelle (11 numéros par an) – Prix (début 2012) : 5 euros – Site : thegoodlife.fr

Repère : Laurent Blanc, directeur de la publication et rédacteur en chef, est également le créateur de la revue de design, IDEAT.

Distribution : en kiosque

A qui ça s’adresse : à des beautiful-business people, à la fois cosmopolites et esthètes (ou qui se rêvent comme tels)

Quels sont les chroniqueurs ? Pas de chroniqueurs mais des « contributeurs » stars invités d’un numéro sur l’autre. Ou pas.

Qui écrit les articles ? Le magazine compte, en plus du rédacteur en chef, trois rédacteurs permanents : un rédacteur en chef adjoint, un rédacteur iconographie, un rédacteur mode/déco et un rédacteur design. Une rédaction permanente beaucoup plus ressérée que celle de GQ mais chargée, comme celle de GQ, de piloter une vingtaine de « contributeurs » et de pigistes.

De quoi ça parle : mode, luxe, déco, art, photographie, architecture, voitures, objets, musique, BD mais aussi voyage et économie.

Ambition :  exprimer « la curiosité de la modernité » sous toutes ses formes (Laurent Blanc), « dépasser la dichotomie actu/lifestyle, sérieux/loisir » (Le boulevardier).

Objectif atteint ? Oui. Le regard de The Good Life est large et résolument international. Incarnant une mondialisation heureuse, le magazine tient l’agenda des événements culturels internationaux et la chronique des success stories qui font le monde d’aujourd’hui, y compris dans des secteurs d’activité réputés difficiles (comme la presse écrite avec une interview remarquée du Stern) ou dans des villes plutôt inattendues (comme Haifa qualifiées de « terre high tech »). Fonctionnant à coups de coeur (au point parfois de friser le publi rédactionnel), The Good life parle de métropoles incontournables et d’hôtels rafinés, de musées inoubliables, de beaux livres et d’objets uniques. Par rapport à l’homme de GQ, celui de The good Life  est donc moins autocentré sur son petit pays et sur sa petite personne. Plus attaché à l’art et au design. Moins drole et plus sérieux aussi. Créé par le fondateur de IDEAT, The Good Life reflète en fait les préoccupations esthétiques de son rédacteur en chef autant qu’il prend soin de se différencier d’emblée de GQ sur quasiment tous les plans : la couverture (graphique et sans people), le ton (sérieux), les sujets (de l’économie et plus de culture), le format (300 pages, quand même). Au final, un parti pris qui peut plaire ou pas, mais qui a le mérite de créer quelque chose de vraiment nouveau sur le marché des masculins depuis le landement de GQ.

Ce qui est intéressant : Le format. La place accordée à l’archi et à la photo. Certains articles de fond également. Sur la presse écrite étrangère, notamment.

Ce qui est décevant : le style rédactionnel. Le plus souvent, sans style. Parfois un peu scolaire. Parfois un peu neu neu. A l’évidence les plumes manquent d’expérience ou de talent. A moins que ce soit les deux.

A ne pas manquer : Good paper (zoom sur le succès d’un journal étranger), Good vintage get-away (une rubrique consacrée aux lieux mythiques), Good pictures (le portrait et le portfolio d’un photographe).

Pour résumer : un magazine très premier degré mais très attachant.

Note : 4/5

A lire : une autre présentation du magazine sur monblogdemec.fr

 

> Le guide critique des revues francaises. Edition 2012

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