Contre la Warholmania

Un pavé dans une mare consensuelle

« Le grand monde d’Andy Warhol » présente, au travers d’une sélection de deux cent cinquante œuvres, un « aspect méconnu du travail du peintre que sont ses portraits de commande ». 

La nouvelle exposition parisienne du roi de l’art pop suscite, comme on pouvait s’y attendre, un climat ambiant de dévotion, d’intégrisme et de recueillement. Exemple parmi d’autres de la warholmania ambiante : le dernier numéro des Inrockuptibles. Daft Punk, Julien Doré, Gus Van Sant, Olivier Assayas mais aussi Thierry Ardisson ou Castelbajac y proclament leur admiration sans borne pour le caractère visionnaire de l’artiste, le trophée de la bigoterie – à moins que ce ne soit celui de la mégalomanie et du ridicule – revenant au chanteur Christophe (devenu un intello depuis qu’il parle au lieu de chanter). Pour lui, c’est bien simple, « Warhol c’est comme moi, c’est la même chose ». Et comme toute religion se doit d’avoir son grand prêtre, David Bowie se prête volontiers au jeu en disant tout haut ce que tout le monde doit dire tout haut : « j’adorais son travail, il était déjà très important, c’est même devenu une obligation de l’admirer aujourd’hui ».

Dans les Inroks, quelques (rares) esprits critiques font de la résistance. Mais sans conviction. Le dessinateur Loustal avoue que « ça n’a jamais été un choc visuel ». Brigitte Fontaine ne s’embarasse pas de circonvolutions : « Warhol ne représente rien pour moi aujourd’hui ». Fidèle à lui-même, le chanteur Catherine déclare : « ce que je préfère dans Warhol, c’est sa perruque ». Quant au climat de dévotion qui entoure aujourd’hui Warhol, Bastien Vivès, un jeune auteur de BD primé à Angoulème, explique à quel point l’adhésion sans réserve à la warohlmania peut être une question de survie dans certains milieux : « je suis entré à l’école d’art et toutes les filles étaient à fond sur Warhol…Donc il a bien fallu dire que je trouvais ça ‘hyper fort et intéressant surtout pour l’époque’ « . 

Serait-il devenu impossible de critiquer Warhol ? Heureusement, non. Si vous en avez assez du discours lénifiant sur le roi du pop art, il faut impérativement lire « Andy Warhol n’est pas un grand artiste », un essai d’Hector Obalk, paru en 1990, l’année même de la grande rétrospective consacrée à l’artiste par le centre Pompidou. En dépit des affirmations d’Obalk, le titre se veut évidemment provocant. Mais, après tout, l’art contemporain en a vu d’autres. Sinon que l’explication avancée par le critique d’art fait mal. Sa thèse ? Les peintures de Warhol doivent beaucoup plus à la qualité des sujets et au choix de la technique qu’à une démarche créative originale.

Pour Olbak, si « Warohl n’est pas un grand artiste » c’est d’abord que son esthétique se contente de renvoyer à celle de ses modèles. Dans ses peintures les plus célèbres, Warhol exploite l’oeuvre d’autres artistes comme le design des bouteilles Coca-Cola imaginé par Alexander Samuelson, l’identité visuelle de Brillo créée par le peintre James Harvey, celle de Campbell’s datant de 1898 ou encore la photographie de Marilyn due à Gene Kornman. Warhol sera d’ailleurs menacé d’un procès par James Harvey avant que l’affaire ne se règle à l’amiable. Pour Olbak, le procédé est à ce point contestable que « au lieu de demander des droits exorbitants aux pauvres critiques d’art qui dissertent sur Warhol, la Succession Andy Warhol devrait plutôt en payer aux ayants droits de Marylin [et, serait-on tenté d’ajouter, de Gene Kornman], à chaque sérigraphie vendue ».

Seconde limite de l’art de Warhol : la technique. Le report sérigraphique sur un fond coloré d’une photo de presse offre à Warhol un espace d’expression où aucune concurrence ne peut exister, sinon en prenant le risque de produire du « sous-warhol ». Au même titre que Duchamp et ses ready made, Warhol est le meilleur dans son genre. Mais que veut dire « le meilleur » quand l’artiste et le genre se confondent totalement ? L’originalité de l’idée est incontestable mais sa portée artistique est par nature limitée, voire menacée un jour ou l’autre d’apparaître comme terriblement banale.

On peut toujours débattre de cette analyse mais on comprend que le marché de l’art, n’ait pas, mais alors pas du tout apprécié le livre…

A noter qu’Obalk fait son retour à la télé sur Arte, tous les dimanches à 20h15 et que c’est franchement plus brillant et intelligent que « D’art d’art ».

Article complet sur : http://franckgintrand.wordpress.com/2008/12/13/warhol-selon-obalk/

Le livre d’Obalk : http://editions.flammarion.com/Albums_Detail.cfm?ID=19967&levelCode=arts

Le site de l’exposition Warhol au Grand Palais : http://www.rmn.fr/Le-grand-monde-d-Andy-Warhol

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