La remise en cause de la tradition et la valorisation de l’innovation 

Longtemps considérée comme indissociable de la création, la référence à l’histoire et notamment à l’antiquité est brutalement remise en cause à la fin du XIX e siècle. Ce rejet ne sort pas de nulle part. Dès la fin du XVIIe siècle, un débat extrêmement vif oppose des classiques a des les modernes. Pour les premiers, l’Antiquité grecque et romaine reste un modèle de perfection artistique indépassable. Le travail de l’artiste ne consiste pas tant à créer qu’ à re-créer et revisiter sans cesse les Anciens en respectant les règles qu’ils nous ont légué. Pour les seconds, la création artistiques a bien un sens. Elle consiste à innover et a s’adapter à l’époque contemporaine. Marivaux développe ainsi un genre nouveau de théâtre, inconnu des Anciens, que diderot définira comme le drame bourgeois.

Dans le domaine de l’architecture, Claude Nicolas Ledoux est un des premiers à développer un art qui ne soit pas l’imitation de quelque chose.  

Le défi jeté à l’autorité par les Modernes annonce déjà les Lumières. 

Les Lumières, aussi, remettent en cause la supériorité de l’antiquité non pas au nom d’un présent qui serait supérieur à tout ce qui l’a précédé mais en développant l’idée de progrès de l’esprit humain, une notion que le XIXe siècle complètera par celle de progrès technique. Une idée que ne contestent pas seulement les classiques mais aussi les romantiques. Là encore pourtant pas de culte du passé. Si l’antiquité a été une période grandiose pour les arts et la pensée, elle est aujourd’hui un astre mort dont témoigne les ruines que la fin du XVIIIe siècle semblent redécouvrir d’un coup. Avec le romantisme on passe du culte du passé à celui de la nature. Celle-ci est admirée et magnifiée pour sa beauté et sa supériorité sur l’homme. Au cours du XVIIe siècle le mot veut dire « comme dans un tableau », devenant synonyme de pictural car « dans l’expérience romantique, la nature est perçue à travers le prisme de l’art (originellement, le roman). » C’est dans cette acception que le mot fait son entrée dans la langue française avec Les Rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseauoù il donne le qualificatif de romantique aux rives sauvages du lac de Bienne. 

Avec le romantisme s’affirme l’idée de génie artistique, irrationnel et créatif, non plus discipliné par la raison comme pour les Lumières, mais animé d’une liberté intérieure capable de briser le carcan des codes et des conventions, de se mesurer avec Dieu. Dès la fin du XVIII e siècle le groupe de Iéna rejette les modèles grecs et romains sur lesquels s’appuie l’esthétique néo-classique

Car ce double triomphe idéologique du progrès et de la nature s’attaque de front aux fondements mêmes de l’académisme : la tradition.

Naissance d’un art radicalement nouveau 

Bien sûr le romantisme s’accompagne d’un mouvement artistique qui lui est propre au XIXe siècle mais  c’est l’art nouveau qui le premier rompt massivement avec la référence à l’histoire. Pour toute une nouvelle génération d’artistes et d’architectes, la création ne repose plus sur la réinterprétation des origines (de la civilisation ou de la nation) mais sur la rupture avec le passé et avec la nécessité impérieuse d’innover. Le tout au nom de la supériorité de la nature et non comme on aurait pu s’y attendre au nom de l’industrie. 

Affichiste, décorateur et architecte français d’origine suisse, Eugène Grasset s’exclame « Mieux vaut disparaître plutôt que de ne pas inventer ! » car « sur les gravats de l’imitation du passé rien ne germera jamais ». Avec l’essor de l’histoire en tant que discipline se développe la conscience d’une adaptation indispensable aux spécificités de l’époque, au même titre, par exemple, que le vêtement ou la peinture. Suivant l’avis de Viollet Le Duc pour qui le changement de la société impose un changement d’architecture, Hector Guimard déclare « nécessaire d’abandonner la tradition classique et de ne pas essayer en 1899, de travailler à la façon de 1829. » tandis que la devise de la sécession viennoise proclame : « À l’époque son art, à l’art sa liberté ».

La nature et l’ailleurs comme source d’inspiration

«C’est à la Nature toujours qu’il faut demander conseil», proclame l’architecte Hector Guimard en 1899. Délaissant l’histoire, y compris le gothique pourtant à la source des Arts and crafts, les modernes se tournent vers la nature pour créer un style nouveau. Le théoricien et libre penseur allemand Ernst Haeckel joue un rôle important dans cette orientation. Il faut dire que pour Haeckel la biologie est fortement apparentée avec l’art. La symétrie présente dans la nature, entre autres celles des micro-organismes monocellulaires comme les radiolaires, le fascinent. Ses images d’organismes présents dans le plancton et de méduses, illustrant l’impressionnante beauté du monde biologique, obtinrent une célébrité particulière. Ses Kunstformen der Natur (Formes artistiques de la nature) qui parurent de 1899 à 1904 sous la forme de nombreux cahiers, appartenaient au foyer de chaque personne cultivée.

Autre source d’inspiration : le Japon et oli largement l’Asie. 

Franck GIntrand

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