Le choix du blanc

« Provocante comme un lys »

S’inspirant de l’exemple viennois, Le Corbusier prône l’utilisation généralisée du « lait de chaux » sans le moindre dessin. Adopté par toute l’avant-garde pour dissimuler le béton ou la maçonnerie traditionnelle, le procédé devient l’étendard de la modernité des années 20 et 30. En France mais aussi en Hollande avec Oud,  en Allemagne avec Gropius et Mies van der Rohe, l’enduit blanc – couplé à l’absence d’ornement et au toit plat symbolise – bien plus que le béton ou l’acier, la rupture tant recherchée avec les matériaux traditionnels et régionaux. C’est le blanc qui confère aux volumes ces effets de volume qui font dire au commanditaire de la villa Poiret : « La maison était toute blanche, pure, majestueuse, et un peu provocante, comme un lys ». Lui qui, la même année, en 1923, donne à la maison expérimentale du Bahaus l’apparence d’un « objet sachlich aux finitions parfaitement lisses ». 

Beauté de l’hygiène

La « Loi du Ripolin » énoncée par Le Corbusier associe étroitement préoccupations hygiéniques et considérations esthétiques. Cette loi vise à éliminer les objets encombrants des intérieurs et à recouvrir les murs de peinture Ripolin en remplacement des tentures, papiers peints et pochoirs. Le Corbusier estime que, par cette opération, on « élimine tout coin sale et tout coin sombre (…), on éclaircit l’intérieur, on assainit notre esprit et affirme la vérité. » En privilégiant le blanc, il privilégie le contraste et, chose logique pour un architecte, fait l’éloge du trait : « Si la maison est toute blanche, le dessin des choses s’y détache sans transgression possible (…) Le fait de chaux est attaché au gîte de l’homme depuis la naissance de l’humanité : on calcine des pierres, on étend de l’eau, on badigeonne et les murs deviennent d’un blanc le plus pur (…) Si la maison est toute blanche, le dessin des choses s’y détache sans transgression possible (…) Le blanc de chaux est absolu, tout s’y détache, s’y écrit absolument, noir sur blanc… » (Maurice Besset dans Le Corbusier). 

Esthétique de « ville arabe »

Dire de la « Loi du Ripollin » qu’elle suscite l’enthousiasme serait pourtant excessif. Lorsqu’en 1925, la Deutscher Werkbund organise à Stuttgart une exposition sur le thème de l’habitat, la cité de Weissenof imaginée par Mies van der Rohe avec ses formes géométriques, ses toits plats et ses murs blancs se voit qualifiée de « ville arabe » et de « caserne bolchévique ».

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