Le béton et l’uniformisation de l’architecture

L’ornementation de l’architecture avait une fonction de distinction sociale et de repérage urbain. Sa remise en cause par la modernité engendre une tendance à l’uniformisation qui se manifeste dans les projets d’urbanisme avant-gardistes et les premiers immeubles « modernes ». 

Une aspiration égalitariste

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, l’uniformisation n’est pas un effet collatéral de l’industrialisation des techniques de production. Elle est assumée et recherchée dès la fin du XIXe siècle pour des raisons idéologiques. Même si la production d’immeubles de rapport n’occupe pas une place centrale dans son oeuvre, Wagner se demande comment constituer des fronts de rue homogènes et concevoir un habitat collectif en mesure de faire l’objet d’extensions futures par le haut ou par les côtés. De ce double point de vue, l’immeuble qu’il construit au 40 de la Neustiftgasse constitue un exemple très intéressant. L’espacement rigoureusement identique entre toutes le fenêtres simplifie les extensions horizontales tandis que l’indifférenciation des étages, aussi bien en terme de hauteur que de décoration – rend possible les opérations de surélévations sans compromettre l’équilibre générale de la façade. Mais ces raisons pratiques et ingénieuses sont étroitement liées à une nouvelle vision de la société. Le 40 Neustiftgasse tourne le dos à la société hiérarchisée du XIXe siècle et préfigure l’idéal égalitaire caractéristique des sociétés démocratiques. Cet habitat collectif, conçu pour les classes moyenens, est celui que nous connaissons aujourd’hui. Pour mesurer la révolution que l’immeuble incarne à l’époque de Wagner, il faut savoir que jusque-là chaque étage des immeubles reflétait le rang social de ses occupants. Dans le soubassement étaient logées les pièces de service, les cuisines, les écuries et les remises; le dernier étage était destiné aux domestiques tandis que l’étage au décor somptueux était réservé aux occupants de haut rang qui pouvaient être aussi les propriétaires de l’immeuble. Dans le cas du 40 de la Neustiftgasse, la taille et la forme des fenêtres font apparaitre chaque étage comme équivalent à tous les autres. Aucun ne semble plus important qu’un autre. C’est une première révolution.

SOMMAIRE

Neustiftgasse_40 (1)

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