Le béton, la préfabrication et la standardisation 

Toute l’architecture moderne est dominée par le principe d’économie. 

La préfabrication fait d’énormes progrès dès le milieu du XIXe siècle. La mode des expositions universelles encourage la standardisation des procédés de fabrication et d’assemblage. L’essor de l’acier dans la construction n’est pas seulement une façon de lutter contre le péril du feu. C’est également une façon de produire vite et à moindre coût. Le Crystal Palace – dont le montage dure à peine quatre mois – est probablement le premier bâtiment public entièrement préfabriqué. Les colonnes en fonte et les rails en fer forgé deviennent une technique courante de construction rapide des halles de marché, bourses et galeries marchandes. Certains fabricants proposent des éléments préfabriqués pour la construction de serres, bâtiments de ferme, églises, hôpitaux de brousse, écoles.

Le logement social au coeur de la standardisation

Avec le béton, ce souci d’industrialisation s’étend  à l’habitat. On trouve un premier exemple d’ossature dans un projet présenté en 1906, par Augustin Rey, architecte lauréat du concours HBM de la Fondation Rotschild à Paris. En 1913, l’architecte,  J. Labussière, propose une solution identique.

L’obsession des Modernes ? L’architecture doit suivre le modèle automobile et devenir un produit industriel. Jouant un rôle central dans cette réflexion, Gropius et Le Corbusier opèrent une véritable désacralisation de l’architecture, en lui conférant un statut de produit. En 1923, Gropius s’associe à Adolf Meyer afin de développer un astucieux système constructif baptisé « Blocs de construction ». Le Corbusier se tourne vers le béton pour concevoir une ossature en mesure d’offrir les mêmes possibilités que le bois dans l’habitat américain : fabrication des éléments en série et montage rapide. Dans la foulée du congrès des architectes de Londres de 1909 qui hisse le béton au rang de « matériau d’avenir pour réaliser d’une façon économique l’ossature des habitations à bon marché », cette ossature, que Corbu, avec un sens inégalé du marketing, baptise « Dom Ino » est présenté comme un moyen d’industrialiser la construction et de rebâtir rapidement des régions entières dévastées par la première guerre. Préfabriquée en usine puis acheminée sur les lieux de la reconstruction, elle devait être complétée par les sinistrés à partir des matériaux disponibles sur place. Mais les idées restent à l’état de projet quand les projets ne trouvent que des traductions limitées. En 1937, Gropius remarque qu’en moins de 25 ans, le prix moyen d’une maison individuelle aux USA a presque doublé, tandis que le prix d’une voiture a diminué de 60%. Aussi, si la mécanisation de l’architecture a alors acquis de nombreux adeptes, le modèle de l’automobile est encore loin d’avoir été atteint. 

L’habitat et l’enseignement de l’architecture

Quand Gropius quitte le Bahaus, Meyer lui succède. Il remplace le concept d’architecture par celui de construction, concentre l’enseignement sur l’optimisation économique des plans et les méthodes pour calculer au plus juste l’ensoleillement, l’isolation phonique et thermique.

Reconstructions

Au lendemain de la seconde guerre, chacun des pays européen prend des voies sensiblement différentes vers le logement de masse. Après une phase expérimentale marquée par les maisons-témoins de Northolt, L’Angleterreopérant un retour décisif à des techniques artisanales, exécutées à pied d’œuvre, afin d’augmenter l’occupation ouvrière. L’Italie fait de même. 

En France, à partir de 1954, l’État opte pour la préfabrication lourde, ouvrant la voie aux grands ensembles. 

Avantages économiques

En organisant un transfert de production du chantier à l’atelier ou à l’usine, la préfabrication garantit un gain de temps et d’argent. Lorsqu’il érige le Mobilier National en 1935, vaste jeu de construction décomposé en éléments typiques et aisément identifiables, Auguste Perret met en avant l’un d’entre eux : « la préfabrication est un des moyens les plus efficaces de combattre l’action des intempéries, principal obstacle à la rapidité et à la qualité de la construction. J’ajoute qu’il n’y a pas de préfabrication sans ordre, et l’ordre est une des conditions première de l’architecture. » Mais l’on pourrait en lister encore bien d’autres. Tout d’abord, en termes de coût de conception : en multipliant le nombre de constructions érigées à partir d’un même système, on optimise d’autant plus la durée de développement moyenne accordée à chacun des projets. En terme de rendement de la production aussi : la production mécanisée d’éléments identiques limite les frais de mains d’œuvre et assure plus de performance grâce à l’optimisation des composants crées pour fonctionner ensemble et soumis à un contrôle qualité. Sur le chantier, les délais de mise en œuvre peuvent être encore raccourcis par la prise en charge complète par le fournisseur du montage des différents éléments de la construction, évitant le long défilé des corps de métiers. Enfin, le client bénéficie d’une certaine sécurité dans la réalisation du projet, ses délais de livraisons, et sa viabilité. 

Franck Gintrand

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