Le béton et la beauté de la grande portée

Couvrir toujours plus avec le moins de matière possible. La recherche d’une structure minimale hante les batisseurs depuis l’Antiquité. On doit au béton romain l’invention de l’arc et la voûte. Sans béton, il n’y aurait jamais eu d’immeubles romains, de ponts de pierre, d’aqueducs. Pas de termes impériaux, de Basilique de Maxence et de Constantin, ni de Panthéon, non plus. Si le gothique ignore le ciment, il invente l’ossature qui permet de monter toujours plus haut. A compter de la révolution industrielle, le métal devient le matériau privilégié des grandes portées à éclairage zénithal qu’il s’agisse des halles, des gares, des pavillons d’exposition, des serres ou encore, dans le domaine marchand et industriel, des galeries, des magasins, des ateliers… Ce n’est que progressivement que les marchés du métal et du béton vont se rejoindre et devenir concurrentiels.

Après le Cristal Palace qui symbolise la domination du fer et du verre lors de la première exposition universelle de 1851, la gigantesque Halle du Siècle (1911) de Max Berg montre que le béton est susceptible de faire aussi bien voire mieux. Le diamètre du dôme de ce bâtiment à plan central situé au cœur d’un Parc des Expositions dépasse largement celui du Panthéon de Rome pour atteindre 67 m de diamètre. La voute est supportée par cinq piliers massifs en forme de pendentifs dont les arcs accueillent des gradins. Fréquemment cité comme l’exemple d’une synthèse réussie entre le calcul des contraintes et la gestion des forces, cette halle ouvre la voie aux constructions autoportantes et monolithiques. 

La coque en voile mince

Mais les ingénieurs vont préférer une autre solution, la  coque en voile mince qui présente le mérite d’exprimer instantanément le monolithisme du béton armé et l’inexistence des problèmes de liaison. Dans les années 10 et 20, Perret utilise de minces voutes de béton pour les docks Wallut de Casablanca (1914-16), pour l’atelier de décor Roger et Duran (1921-22) puis pour les ateliers Esders (1919). Dans le premier cas, il pallie le manque de béton en imaginant une série de 20 voutes extrêmement minces  (3 à 5 cm d’épaisseur) d’uneportée de 9 mètres, se contrebutant l’une l’autre.  » La coque en voile mince devient le symbole de la perfection mécanique et matérielle, le « high-tech » de l’époque. »(B) Adoptée pour la première fois par l’Espagnol Torroja pour le marché couvert d’Algésiras (1935), suivi par Maillard qui conçoit le pavillon du béton de l’Exposition Nationale Suisse à Zurich en 1939, cette structure va constituer la marque de fabrique des ingénieurs tentés par l’architecture.

A la charnière de l’ingénierie et de l’architecture

L’invention ouvre notamment la voie aux superbes réalisations de l’Italien Pier Luigi Nervi. Cet ingénieur édifie une voute de 75 m de portée à l’aide d’éléments préfabriqué pour le Palais des Expositions de Turin (1948). On lui doit aussi le Petit palais des Sports de Rome (1956) avec son dôme nervuré dont les poussées sont reprises par des poteaux extérieurs en forme de Y. Du sommet jusqu’à la base, le béton armé y dessine exactement les lignes des efforts qu’il subit. Surmontant une ceinture vitrée, le dôme semble flotter. L’église de Felix Candéla à Mexico, la structure de la basilique Saint-Pie conçue par Freyssinet ainsi que le marché central de Royan s’inscrivent dans cette lignée. Conçu par l’ingénieur Laffaille (en collaboration avec les architectes Morisseau et Simon), ce dernier bâtiment mettre en oeuvre un unique voile mince de béton plissé (9 à 10 cm) en forme de coquillage. Le CNIT de la Défense, conçu par les architectes De Mailly, Zehrfuss et Camelot sera réalisé par l’entreprise Boussiron et son ingénieur, Nicolas Esquilan, est la dernière grande réalisation autoportante.

Depuis l’architecture en coque tend à disparaître. La période des grandes halles est achevée. Délaissé par les grandes expositions comme le salon nautique, le CNIT  a été restructuré. Il est probable que les halles de demain intègreront des bâtiments en hauteurs. Surtout, les grands espaces d’exposition doivent désormais être évolutifs. Le temps de la Grande halle du siècle est bien révolu…

Franck Gintrand

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