Ce que nous devons à la modernité

Auguste Perret, Mallet-Stevens, Tony Garnier et Le Corbusier en France, J.J.P. Oud en Hollande, Walter Gropius en Allemagne, Adolf Loos à Vienne, Neutra en Californie, Frank L. Wright dans la banlieue de Chicago… Tous ont exploré les possibilités d’un nouveau matériau, le béton, pour engager l’architecture sur une voie totalement inédite, donnant naissance à « des formes étranges qu’on n’avait jamais vues dans la construction » (Henri-Marcel Magne, 1922). Pour certains, le bilan est en demie teinte. Pour d’autres, essentiellement négatif. Après avoir marqué l’architecture durant un siècle, le béton serait-il condamné au déclin par la désindustrialisation ?

Sommaire

Introduction : aux sources de la modernité

Métaphysique

Une interrogation sur la nature artistique de l’architecture

Une relation conflictuelle avec l’ingénierie

  • Dissociation de l’ingénierie de l’architecture
  • L’architecture indissociable de la sculpture
  • L’impossible réconciliation entre architecture et construction

Une fascination pour l’économie

  • Des architectes constructeurs d’usines
  • L’industrie source d’inspiration pour les architectes

Une dimension politique et militante assumée

  • Derniers feux du temps des villas chic
  • Avènement d’une architecture militante

Fondamentaux

La remise en cause de la tradition et la valorisation de l’innovation

  • Naissance d’un art radicalement nouveau
  • La nature et l’ailleurs comme source d’inspiration

Le rejet de l’imitation au nom de l’authenticité et du vrai

  • Le malheureux Mr Coignet
  • Du faux qui n’essaye pas de se faire passer pour du vrai
  • Le toit plat

Le primat de l’épure et de la fonctionnalité

  • Protomodernisme
  • L’intransigeant Mr Loos
  • L’inclassable Mr Sauvage
  • Post-modernité

Le principe d’économie

La prééminence de l’intérieur sur l’extérieur

Surfaces

La recherche du lisse

  • Le fantasme caché du béton
  • L’enduit viennois
  • Un revêtement finalement insatisfaisant

La fascination du blanc

  • « Provocante comme un lys »
  • La beauté du propre
  • Esthétique de « ville arabe »

Le recours au placage et de la peinture

  • « Le béton, je le mets dans les fondations ! »
  • L’épisode du Théâtre des Champs-Elysées
  • La loi Ripollin du Corbusier
  • Les réticences du Corbusier 

L’affichage d’une nouvelle texture

  • L’inventif monsieur Wright
  • Le discret monsieur Le Coeur
  • L’incroyable monsieur Perret
  • Le constant monsieur Ando

La brutalité revendiquée

  • La matière et les formes à l’état brut
  • Trop c’est trop
  • La brutalité faute de moyens ?

Volumes

L’esthétique de l’ossature

  • Les limites du métal 
  • Béton et architecture industrielle
  • L’ossature comme principe esthétique

La beauté de la grande portée

  • La coque en voile mince
  • A la charnière de l’ingénierie et de l’architecture

La plasticité des formes

  • Entre utopie et expressionnisme
  • Les limites du fonctionnalisme
  • Niemeyer ou la modernité baroque
  • Retour de l’esthétique pure
  • La banalisation des formes

Fonctions

L’industrialisation de l’habitat… et de l’architecture

  • Le Corbusier et l’UAM
  • Premier essais de fabrication et standardisation
  • Rêve d’architectes
  • La machine s’emballe

L’ère des grands ensembles

  • Cap sur l’habitat social
  • Habitat vertical ou horizontal ?
  • Le rêve avorté de la cité en immeuble 

La naissance de l’art industriel, le design

Le design intérieur

  • Eloge de l’ergonomie : du mobilier à l’équipement de la maison
  • Le confort moderne
  • Le logement évolutif

La construction évolutive

  • Logement et sentiment d’espace
  • Equipement et polyvalence

La ville neuve

 

Premier inventaire

 

La modernité de l’épure

L’architecture épurée n’apparait ni avec le béton, ni même avec la modernité. Dès le XVe siècle, les architectes italiens ambitionne de renouer avec un idéal platonicien contre le « caractère feint et ajouté de l’ornement » (Alberti). A l’époque du baroque triomphant, le classicisme de Louis XIV annonce à son tour sa « volonté de dépouiller l’architecture de ses ornements vicieux », un objectif que reprendra à son compte l’architecture néo-classique.  Dans la seconde moitié du XIXe le Français Viollet-le-Duc proclame sa fascination pour le rationnalisme de l’architecture gothique et s’insurge contre le recyclage sans fin des styles antiques tandis qu’en écho, l’Anglais John Ruskin dénonce ces « mensonges architecturaux » qui consistent à suggérer « un mode de soutien ou d’infrastructure autre que le véritable ».

Lire la suite

Le blanc lisse de la modernité 

A l’inverse du fer dont l’utilisation s’est heurtée à de nombreuses réticences de la part des architectes, l’ossature en béton est adoptée par les tenants l’Art moderne comme par ceux de l’Art Déco. En revanche, sur le plan esthétique, seuls Perret et Sauvage vont jusqu’à opter pour un béton apparent (le premier 25 rue Franklin Franklin, le second 7 rue Trétaigne), et seul le premier va jusqu’à imaginer l’affichage d’un béton granuleux.

Lire la suite

Protomodernisme

k.u.k.  Capture d’écran 2016-01-13 à 08.17.11

Otto Wagner : stations Schönbrunn et Karlsplatz, 1897-99

Vienne-Marie-Am'-019  41346

LarkinAdministrationBuilding1906

Caisse d’Epargne, Wagner – Scotland street school, Mackintosh – Larkin building, Wright

palais de la secession  DA-Ernst_Ludwig_Haus1

Olbrich : Palais de la Sécession, Vienne, 1897

Sanatoriumpurkersdorf1-2  Capture d’écran 2015-12-27 à 15.47.37  430666_orig

Josef Hoffmann : Sanatorium, 1903 : façade et détail du revêtement – Palais Stoclet, Bruxelles, 1903-04

La révolution Loos

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Adolf Loos : Immeuble Goldman et Salatsch, dite aussi Looshaus ou la « Maison sans sourcils » – Michaelerplatz, Vienne, 1909-11

adolf-loos-villa-karma-640x360  

Adolf Loos : villa Karma, Montreux, Suisse, 1904 – Maison Steiner, Vienne, 1910

casa_scheu_9  330px-Villa_Muller_099
Loos : Maison Scheu, 3 rue Larochegasse, Hietzing, Vienne, 1912-13 – Villa Muller, Prague, 1928-30

Diversité de l’Art déco

Capture d’écran 2015-12-01 à 12.35.34  Capture d’écran 2015-12-01 à 12.34.57  miami

Chrysler Building, New York, 1928 – Carbide & Carbon Building, Chicago, 1929

fra02_primavera_01z  Palais de la Mediterranee  Capture d’écran 2015-12-27 à 14.27.19

Pavillon Primavera, Exposition, Sauvage, 1925

Modernité à la française

perret-franklin-458x260  ponthieu-garage-perret

Auguste Perret : Immeuble 25 rue Franklin, Paris – Garage, rue de Ponthieu, Paris

13259916885_a0354d1880_b

Henri Sauvage : Immeuble 7 rue Trétaigne, Paris, 1922-1927

De la modernité au postmodernisme

Capture d’écran 2015-12-13 à 19.55.57  908485e5391e1d92dbc2e2f75dc64b11

J.J.P. Oud : Hoek van Holland 1924 – Maison de l’exposition du Weißenhofsiedlung, 1927

casa-maestros-bauhaus  Siemensstadt_250

Gropius : Maison des maîtres de la Bauhaus, Weimar, 1925-26 – Immeuble  dans la Colonie Siemensstadt, Berlin, 1929-30

casa-de-apartamentos-weissenhof-stuttgart-19271  rear_view

Mies van der Rohe : Immeuble, Weissenhof, Stuttgart, 1927

900x720_2049_488  Esprit-Nouveau-Pavilion_1

Le Corbusier : Maison La Roche-Jeanneret, Paris, 1923-1925

stuttgart-weissenhofsiedlung-le-corbusier-haus-baden-wuerttemberg  900x720_2049_1075

Maison du lotissement Weissenhof, Stuttgart, 1927 – Villa Stein-de-Monzie, « Les Terrasses », Garches, 1929

1024px-MalletStevensMezy  mallet

Robert Mallet-Stevens : Villa Paul Poiret, 1923 – Villa Augier-Prouvost, Ville-d’Avray, 1925

800px-Villa_des_frères_Martel_construite_par_Robert_Mallet-Stevens_au_10_rue_Mallet-Stevens_(Paris),_en_1927  rue ms

Villa des frères Martel, 10 rue Mallet-Stevens – Ancienne agence Mallet-Stevens, 12, rue Mallet-Stevens, Paris, 1927

DSC03053

Cité radieuse, Marseilles, Le Corbusier, 1952

23ce8bc6baa88ea80ea887976c1c2c09

Destruction de Pruitt-Igoe, ensemble primé en 1951, Saint-Louis, Missouri, 1972

553569660-espaces-d'abraxas-ricardo-bofill-marne-la-vallee-epoque-postmoderne  Rajs-110414-7239jpg8bit8bit

Espaces d’Abraxas, Marne la Vallée, Ricardo Bofill, 1983 – Sony Building, Phlilp Johnson & John Burgee, New York

Le rejet de l’imitation  

L’idée d’une architecture nouvelle en adéquation avec la nature radicalement nouvelle du béton ne s’impose pas d’emblée. A la différence du mortier utilisé par les romains (1/3 de chaux, 2/ de sable), le béton est plus qu’un simple liant. Mélangé à à du gravier, le ciment devient béton, puis béton armé lorsqu’on y intègre de l’acier. Mais les architectes sont dubitatifs. Peut-on l’utiliser en lieu et place de la maçonnerie traditionnelle ? Peut-il être autre chose qu’une ossature chargée de porter une construction et que l’on soustrait au regard ? Autrement dit, est-il concevable d’imaginer et de réaliser des murs visibles en béton ?  Une chose est sûre : si le béton est beaucoup plus facilement et largement utilisé que le fer pour concevoir structures et infrastructures, personne ne s’imagine sur le moment que l’usage apparent de ce nouveau matériau suppose nécessairement d’imaginer de nouvelles formes.

Lire la suite

1024px-quartier_gare_confluence_1  img_2901

Coignet : Maison, Saint-Denis, 1852-53 – immeuble de rapport, rue de Miromesnil, Paris, 1867

coignet1  

Sainte-Marguerite, Le Vésinet, Boileau, 1864

William_E_Ward_House,_Rye_Brook,_NY-Greenwich,_CT

Maison de William E. Ward House, 1873–76, Etat-Unis

immeuble_danton11-principale  Félix_Potin_rue_de_Rennes

1, rue Danton, Paris, 1892 – Immeuble Felix Potin, 140 rue de Rennes, Paul Auscher, 1904

image5 (1)

Villa Empain, Héliopolis près du Caire, 1910

Le placage et la surface peinte

Vieille de plusieurs siècles, la technique du placage prend son essor avec l’invention du « béton romain ». Pour construire rapidement des murs épais, la technique de l’opus caementicium consiste à insérer entre deux parois des matériaux divers noyés dans du ciment. La méthode utilisée au début du XXe siècle est sensiblement différente. Selon les cas, les architectes utilisent un ossature de béton qu’ils remplissent d’une maçonnerie traditionnelle ou montent des parois en béton qu’ils revêtent d’un enduit peint ou d’un placage en pierre ou en brique. Quelle que soit la solution retenue, le béton est dans tous les cas jugé trop grossier et trop imparfait pour être montré tel quel. Insuffisamment perméable également, ce qui est vrai lorsqu’il n’est pas correctement fabriqué, un cas courant dans les premières années. L’altération rapide des murs en béton de l’église Sainte Marguerite du Vésinet n’a rien d’un cas isolé. Avant que le gouvernement français réglemente la composition et l’utilisation du béton, et même après, les ingénieurs tâtonnent et procèdent de façon empirique. Contrairement à une idée reçue, même les frères Perret, qui se présentent pourtant comme les grands spécialistes du béton armé, maîtrisent mal le process de fabrication. La composition du béton reste aléatoire. Le maillage en fer, trop proche de la surface, s’oxyde.

Lire la suite

la Caisse d'Eparge de la Poste d'Otto Wagner à Vienne sur le Ring (Autriche)  Capture d’écran 2016-01-13 à 08.02.24

Caisse d’Epargne, Otto Wagner

Capture d’écran 2016-01-11 à 19.42.50  Capture d’écran 2016-01-11 à 11.11.55

Wagner : Eglise de Steinhof – 40 Neustiftgasse, Vienne

Capture d’écran 2015-10-24 à 13.04.39    

Auguste Perret : façade de carreaux art déco en grès flammés, 25 rue Franklin, Paris – Théâtre des Champs-Elysées, Paris

pessac le corbusier  Capture d’écran 2015-10-24 à 13.25.02

Le Corbusier : lotissement de Pessac – immeuble, 24 Rue Nungesser et Coli, 75016 Paris

corbusier

Villa Le Sextant

800px-Azuma_house  0006  naoshima-6

Taado Ando : Maison Azuma, Osaka, 1975-76); Eglise de la lumière,Osaka, 1989; Benesse House, Naoshima (1989-1992)

L’architecture industrielle

Les premières usines à recourir au béton sont réalisées par un ingénieur F. Hennebique dans le nord de la France (filature Charles VI à Tourcoing, 1895; filature Barrois à Lille, 1896) et en GrandeBretagne (minoterie de Swansea, 1897). La rivalité naissante entre le métal et le béton est rapidement tranchée par  le grand incendie de l’usine la Pacific Coast Borax, qui survient en 1902, à Bayonne, dans le New Jersey. Dans les décombres fumants, l’acier a fondu tandis que les planchers en béton armés, eux, sont restés intacts. L’historien Reyner Banham fait de cet événement le point de départ de la diffusion du nouveau matériau pour la construction de silos, d’entrepôts et d’usines. 

Lire la suite

L’esthétique de l’ossature

Avec l’essor de la production industrielle, la construction en ossature qui caractérisait les maison à colombages et les édifices gothiques du moyen âge fait son grand retour. Au début du XVIIIe siècle, les poutres en fer remplacent les poutres métalliques avant de constituer une ossature métallique qui devient, au début du XIXe siècle, aussi bien la caractéristique de l’architecture industrielle que celle des grattes ciel. C’est toujours dans l’objectif d’améliorer la résistance au feu, que les ossatures en béton apparaissent à la fin du XIXe siècle. 

Lire la suite

  usine-fragus-gropius-2

Usine de turbines AEG, Behrens, 1910 – Usine Fagus, Gropius, 1911-13

Capture d’écran 2015-10-18 à 11.18.22  

Silos américains reproduits par Gropius en 1913 et Le Corbusier en 1920 – Usine Packard, Kahn

Capture d’écran 2015-10-18 à 16.53.48  Capture d’écran 2015-10-18 à 16.53.40  

François Hennebique : Réservoir à Charbon, Saint-Vaast, 1898-1899 – Manufacture de chaussures à Boston, USA, 1911

CNAM-20-02-C  Capture d’écran 2015-12-25 à 19.25.15

Auguste Perret : ateliers Esders, av. Philippe-Auguste, Paris, 1919-20 – Docks Wallut, Casablanca, 1919-1921

lingotto  ScalaLingotto

Trucco, usine Fiat, Turin, 1915-20

L’architecture industrielle n’est pas seule à susciter de nouvelles formes, de même que les ingénieurs ne sont pas les seuls à imaginer de nouveaux types d’équipement. Louis Bonnier construit la piscine de la Butte aux Cailles avec sa voûte en ciment supportée par sept arches légères. Auguste Perret édifie le premier garage en béton apparent en 1906.  Le planétarium de Iéna ouvre ses portes en 1926…

Capture d’écran 2015-10-18 à 11.16.33

Piscine de la Butte-aux-Cailles

renault-garage  1905-automated-parking-garage-auguste-perret

Garage Perret, 1906, Paris

sika-032

Planétarium, Iéna

Le principe d’économie 

Toute l’architecture du XXe siècle est dominée par le principe d’économie. L’essor de l’acier dans la construction n’est pas seulement une façon de lutter contre le péril du feu. C’est également une façon de produire vite et à moindre coût. Dès le milieu du XIXe siècle, la préfabrication fait d’énormes progrès. Les colonnes en fonte et les rails en fer forgé deviennent une technique courante de construction rapide des halles de marché, bourses et galeries marchandes. Le montage du Crystal palace dure à peine quatre mois. Avec le béton, ce souci d’industrialisation s’étend  à l’habitat. Qu’il s’agisse de la standardisation du début du siècle ou de celle de l’après-guerre des deux conflits mondiaux, l’industrialisation des processus de fabrication repose sur le pari de la rareté de la main-d’œuvre qualifiée pour le bâtiment, sachant que cette prévision socio-économique ne s’est que très partiellement réalisée, hormis le cas de la Suède (où une situation syndicale complexe a écarté la main-d’œuvre immigrée du secteur bâtiment). Ainsi, quand Gropius quitte le Bahaus, son successeur, Meyer, remplace le concept d’architecture par celui de construction, concentre l’enseignement sur l’optimisation économique des plans et les méthodes pour calculer au plus juste l’ensoleillement, l’isolation phonique et thermique.

Lire la suite

L’affichage d’une nouvelle texture

Au début le matériau souffre d’un déficit d’identité en raison même de son extrême plasticité qui lui fait prendre à peu près toutes les formes possibles et imaginables. Les premières réalisations architecturales en béton apparent sont quasiment concomitantes des deux côtés de l’Atlantique. Tandis que l’Américain Wright explore les possibilités du béton moulé, les Français Le Coeur et Perret axent leurs recherches sur les constituants que sont le sable et a fortiori les gravillons et les cailloux. 

Lire la suite

Capture d’écran 2015-10-18 à 15.11.08  capture-d_c3a9cran-2015-09-26-c3a0-11-07-59

Maison Ennis, Los Angeles, 1924, F. L. Wright

Capture d’écran 2015-10-30 à 13.33.15  Capture d’écran 2015-10-30 à 13.40.37

François Le Coeur : détail de la façade de l’hôtel des postes de Reims, 1930 – détail de la façade du lycée Camille Sée, Paris, 1934

Capture d’écran 2015-12-24 à 17.24.18  Capture d’écran 2015-10-30 à 18.46.06

Auguste Perret : Eglise du Raincy,1922-1923 – Mobilier national, détail d’une colonne et d’une dalle de colmatage, Paris, 1936

iena  palais-dic3a9na-conseil-c3a9conomique-social-et-environnemental-1

Musée national des Travaux publics, Paris

enseignes-22-fc3a9vrier-2015

La brutalité revendiquée

Le brutalisme se veut une approche sincère du béton, similaire dans sa démarche à l’emploi de la brique par l’école d’Amsterdam. Puisque la mise en œuvre laisse des traces, puisque le béton est rarement lisse et parfait, les architectes veulent maîtriser et détourner ces défauts grâce à un travail de préparation de l’empreinte du bois, de programmation des salissures et des coulures. Mais le brutalisme qui s’inspire de la Cité radieuse et de Chandigarh ne se limite pas à l’utilisation d’un béton brut marquée par les planches de bois du coffrage. Il consiste également en des réalisations monumentales et massives comme au couvent de la Tourette.

Lire la suite

Capture d’écran 2015-10-20 à 21.14.06  Capture d’écran 2015-10-20 à 21.16.17

Cité radieuse, Marseille, Le Corbusier – Chandigarh

L’héritage

royal-national-theatre-londres-uk  Capture d’écran 2015-10-20 à 21.10.24

Royal National Theatre, Londres, UK – Hotel de ville, Boston

Le commanditaire anonyme

Quand Loos vante les mérites d’une architecture dénuée d’ornementation, il anticipe inconsciemment qu’avec l’essor de l’habitat collectif, l’architecte devra moins composer avec les aspirations d’un commanditaire qu’effectuer une synthèse de l’idée que l’un et l’autre se font des attentes des futurs occupants.

La prééminence de l’aménagement intérieur sur la façade

Avant l’apparition et le développement du béton, l’esthétique l’emporte largement sur le confort. Dans les classes dominantes, on ne construit pas pour se retrouver dans l’intimité et se reposer mais pour recevoir et manifester son rang. Une conception qui vacille dès la fin du XVIIIe siècle avec le développement de l’intimité et des appartements privés. Mais il faut attendre les architectes modernes pour théoriser l’importance prise par l’aménagement intérieur mais aussi les conséquences de cette évolution sur l’inversion des priorités en matière d’architecture, l’exigence de confort l’emportant sur les contraintes statutaires.

Lire la suite

Le toit plat

Le toit plat ne nait pas ex nihilo. 

Avec l’utilisation du béton et de la structure « poteaux plus dalle », le toit au sens de structure spécifique disparait. Dans certaines architectures, par exemple celles des géodes avec des remplissages de structure par des matières tendues, on ne distingue plus le toit des murs, ni par la forme, ni par les matériaux.

Lire la suite

casa_scheu_3  maison-maitre-dessau-gropius-1926-1024x747

Maison Scheu, 3 rue Larochegasse, Hietzing, Vienne, Loos1912-13 – Maison du directeur du Bauhaus., Walter Gropius, 1925

mies-barcelona-FEAT-1200x520

Pavillon Mies van der Rohe 

casa_de_reposo_2  011-citeradieuse

Maison de repos Lovell, Los Angeles, Neutra1927-29 – Cité radieuse

La remise en cause du mur

Prenant le contrepied de l’architecture traditionnelle, l’architecture moderne interroge la relation entre l’intérieur et l’extérieur à travers la remise en cause du mur. Celle-ci est permise par le principe de l’ossature en acier ou en béton et l’invention du mur rideau dans la construction des premiers gratte-ciels. 

Lire la suite

420px-Hip_Zarzuela_14

Hippodrome de Zarzuela, Madrid, Torroja,1935

  800px-frank_lloyd_wright_-_fallingwater_exterior_3

Fallingwater – Wright (1936-39)

Tbilisi1-tt-width-590-height-508-crop-1-bgcolor-000000-except_gif-1

Ministère de la construction des autoroutes, Tbilissi, Georgie, Georges Chakhava et Zurab Jalaghania, 1976

  interbuild_nieuw_havenhuis_1-450x305

Zaha Hadid : Maxxi, Rome – Nouvelle capitainerie du port d’Anvers, 2016

dupli_casa_jmh051108_davidfranck_5  dupli-casa2

Maison, Ludwigsburg,  J. MAYER H. Architects, 2006-08

G.natkevicius  ROB2_0201  

maison, Klaipėdan, Lituanie, G.natkevicius – Rohner Port Building, Fussach

vitra

Maison Vitra

Marseille-Provence-2013.-Visite-guidee_article_landscape_pm_v8

Villa Méditerranée, Marseille

La beauté de la grande portée

Couvrir toujours plus avec le moins de matière possible. La recherche d’une structure minimale hante les batisseurs depuis l’Antiquité. On doit au béton romain l’invention de l’arc et la voûte. Sans béton, il n’y aurait jamais eu d’immeubles romains, de ponts de pierre et d’aqueducs. Pas de termes impériaux, de Basilique de Maxence et de Constantin, ni de Panthéon. A compter de la révolution industrielle, le métal devient le matériau privilégié des grandes portées à éclairage zénithal, halles, gares, pavillons d’exposition, serres mais aussi, dans le domaine marchant et industriel, galeries, magasins, ateliers… Ce n’est que progressivement que les marchés du métal et du béton vont se rejoindre et devenir concurrentiels.

Lire la suite

3- Wroclaw

Halle du Siècle

halles-boulingrin_reims_oborobo_10  boulingrin  

Halles  du Boulingrin, Reims, 1927-29

O2_orly5

Hangar pour dirigeables, Orly, 1922-23, Freyssinet

algesiras

Marché d’Algesiras, Eduardo Torroja, 1935

La portée des ponts donnent également lieu à des performances qui auraient été impensables sans le béton. Tout au long de sa vie, l’ingénieur Maillart n’aura de cesse d’amincir ses ouvrages en raidissant le tablier pour en réduire l’arc. Le pont de Salginatobel qu’il construit en 1930 au-dessus des Gorges de la Salgina en Suisse décroche le record du « plus grand arc à trois articulations avec poutres en caisson ». En 1991, l’American Society of Civil Engineers l’inclut dans les « world monument », un ensemble de trente édifices remarquables tels que laTour Eiffel ou la Statue de la Liberté.

Capture d’écran 2015-10-18 à 17.02.47

Aqueduc de la Vanne, Coignet, 1867-74

villeneuve  plougastel

Pont de Villeneuve-sur-Lot (1914-20) et pont de Plougastel (1925-30), Freyssinet

L’héritage

Capture d’écran 2015-10-18 à 11.12.23

Petit Palais des Sports, Rome

candela01-600  

Restaurant Los Manantiales à Xochimilco, Mexico, 1958, Felix Candela

800px-La_Defense_dsc07138 hst_ic02

CNIT, Paris, Robert Camelot, Jean de Mailly, Bernard Zehrfuss, Nicolas Esquillan (voûte), Jean Prouvé (façades),1958

1024px-Jfkairport

Terminal de la TWA, JFK, New York, Eero Saarinen, 1962

1152-plus-d-1-million-de-tuiles-de-1500x0-1

Opéra de Sydney, Jørn Utzon, 1973

Auditorio_de_Tenerife_Seitlich-1

Auditorium de Ténérife, Calatrava, 2003

L’inventivité des formes

La recherche d’une architecture sculpturale précède le béton. Ainsi, la tour Einstein qu’Erich Mendelsohn réalise à Potsdam en 1920-1924, considérée par les modernistes comme le symbole de la liberté offerte par le nouveau matériau, est une maçonnerie en brique recouverte d’un enduit. Quand bien même. Tandis que la recherche d’une mécanique parfaite conduit les premiers modernes à rigidifier le béton dans une logique qui rappelle celle de la pierre de taille, quelques rares personnalités s’intéressent à la souplesse nouvelle qu’autorisent le béton.  

Lire la suite 

dyn007_original_520_313_pjpeg_2649770_91128833986e157762a811f4ed6dbe52  Boullée_-_Cénotaphe_à_Newton_-_Coupe

Projet de cénotaphe à Newton, vue en élévation et vue en coupe, 1784 Etienne-Louis Boullée

Einsteinturm_7443

Goetheanum

Tour Einstein, Potsdam, Erich Mendelsohn, 1920-1924 – Gothéanum, Rudolf Steiner, 1928

Planalto-Palace-71208  Itamaraty2

Oscar Niemeyer : Palais du Planalto, Brasilia, 1960 – Palais d’Itamaraty, Brasilia, 1970

oscar-10   TheSymbolofBrasiliaByXavierDonat

Musée d’art contemporain de Niterói, 1996 – Cathédrale de Brasilia, 1958

La réévaluation de l’habitat ?

La modernité est indissociable de la recherche d’un d’habitat à la fois individuel, fonctionnel et bon marché.

Tous les architectes d’avant-garde se font un devoir de concevoir des prototypes et de réaliser des logements répondant aux exigences de l’hygiène, de la lumière et de la simplicité. Après une période où les villas bourgeoises occupent le devant de la scène architecturale moderne, les grands noms de l’architecture se détournent des commandes privées pour réaliser des programmes sociaux. La villa Stein, qui embarrasse les critiques attachés à la dimension sociale de l’architecture moderne, et la villa Savoye sont les deux dernières maisons de standing construites par Le Corbusier. A l’exception notable de Mallet-Stevens, qui le paiera d’une exclusion postmortem de l’école des modernes, la génération du début du siècle met le cap sur la ville et sur le social.

Lire la suite

casa-maestros-bauhaus (2)  stuttgart-weissenhofsiedlung-le-corbusier-haus-baden-wuerttemberg

Maison des maîtres de la Bauhaus – Weimar – Gropius (1925-26)

neutra  rear_view

Maison de repos Lovell – Los Angeles – Neutra (1927-29) – Villa Tugendhat – Tchéquie – Mies Van der Rohe (1928-30)

villa_savoie2

Villa Savoye – Le Corbusier (1929-31)

450x302xIMAGE_20120312_16963128.jpg.pagespeed.ic.1dVzEcg7t2

Cité radieuse, Marseille, Le Corbusier, 1947-52

07  skyline-architecture_-marina-towers-chicago

Immeuble Copan, Sao Paulo, Niemeyer, 1966 – Marina city, Chicago, Bertrand Goldberg, 1964

152860690_4860f7999f_oJeanRenaudieIvryvienna_hundertwasser_haus_1  

Habitat 67, Montréal, 1967, Moshe Safdie

Le design intérieur

Dans L’Art décoratif d’aujourd’hui, qui est sans doute un de ses ouvrages les plus importants (avec Vers une architecture, publié deux ans plus tôt), Le Corbusier annonce que « l’heure du déclin des Arts décoratifs » est arrivée. La décoration « aujourd’hui » ne sied qu’aux bourgeois cherchant à imiter les aristocrates du passé. En tant que tel, le bourgeois qui recherche le décor d’antan est un descendant de cet « épicier parvenu qui vécut en 1750 ». A l’ère de la démocratisation, la poignée de main entre le patron et le prolétaire qui évoque pour nous la dernière scène de Metropolis (1926), inspire Le Corbusier non pas au nom de l’illusion-toute américaine-que tout pauvre peut devenir riche, mais que pauvres et riches peuvent adhérer à la loi commune, la « loi du Ripolin ».

Lire la suite

01-04_le_corbusier_pavillon_de_lesprit_nouveau_op_expo_internat_des_arts_decoratifs_et_industr_

 

 

 

 

La ville neuve 

Il faut attendre le lendemain de la seconde guerre pour voir apparaître les premières villes en béton.au lendemain de la guerre, Plus que toute autre ville, Le Havre incarne ce moment clé de l’histoire de l’architecture moderne. Après cinq jours de bombardements intensifs, le centre est totalement dévasté. Sur les 20 000 immeubles que compte la ville avant guerre, la moitié est détruite. 80 000 habitants se retrouvent sans abri. Ici plus qu’ailleurs, le tout béton s’impose comme la seule solution en mesure de relever la ville dans des délais rapides. La préfabrication d’un nombre important d’éléments permet un assemblage rapide par une main d’oeuvre peu qualifiée et peu nombreuse et le relogement de centaines de milliers de personnes à un coût modique. La reconstruction du Havre en béton ne résulte pourtant pas seulement d’un manque de moyens et de matériaux traditionnels dans la France d’après-guerre. Elle offre à Auguste Perret, un architecte alors âgé de 71 ans, la chance inespérée d’utiliser à grande échelle ce matériau auquel il associe son nom et sa réputation depuis quarante ans. Associé à ses frères Gustave et Claude, il a même créé en 1905 une entreprise spécialisée dans le béton armé.

Lire la suite

Le « Fuck the contexte »

La constitution de Sienne (1309) donne à cette  question une dimension politique : « entre tous les travaux et tous les soins qui incombent à ceux qui ont reçu la charge du gouvernement de la cité, le plus éminent intéresse la beauté de la cité, (laquelle devra être) honorablement pourvue et ornée, tant pour charmer les étrangers et les tenir en belle humeur que pour l’honneur, la prospérité et l’accroissement de la cité de Sienne et de ses citoyens ». C’est à cette époque que la ville, dans son ensemble, se hisse au rang d’oeuvre d’art.

Lire la suite

Premier bilan

Au lieu de s’imposer  comme ce matériau noble que Perret appelait de ses voeux, le béton est devenu le symbole d’une urbanisation agressive et inhumaine. Son origine industrielle n’y est pas étrangère. Son utilisation massive dans la seconde moitié du XXe siècle y a beaucoup contribué. La texture du béton a joué un rôle central dans le rejet du matériau. Une caractéristique qui a conduit des architectes comme Christian de Portzamparc et Georgia Benamo à travailler de nouveau les surfaces dans les années 70. Alors que reste-t-il de l’héritage de Perret, du Corbusier et de Niemeyer ? Une chose est sure : cet héritage est beaucoup plus complexe qu’on veut bien le dire et l’avenir moins sombre qu’on ne le pense généralement. Sur le plan formel, le bilan se révèle même très contrasté. En fait tout dépend de quoi on parle. S’il s’agit de grands gestes architecturaux, nul ne peut contester que la libération des formes impulsée par Le Corbusier et poussée à l’extrême par Niemeyer ait donné lieu à une créativité inégalée.

Lire la suite

%d blogueurs aiment cette page :