Parce que les architectes se fichent bien du quotidien

Monopolisés par la construction de leur carrière et de leur image de marque, les grands architectes ne se donnent même plus la peine de s’intéresser à l’amélioration de l’habitat de leurs contemporains. Du beau et de l’innovant, oui. Mais pas pour le logement. Une trahison qu’il est grand temps de dénoncer.

Avec la révolution industrielle et le développement de la démocratie, les conditions de logement du plus grand nombre deviennent un sujet de préoccupation des gouvernants qui légifèrent pour accompagner et encadrer une urbanisation galopante. Mais que ce soit en France ou en Angleterre, la construction de logements reste le fait d’architectes de second rang employés par des sociétés de bienfaisance, des municipalité ou des dirigeants d’entreprises. Une fois l’Opéra de paris construit, il ne viendrait pas à l’idée de Garnier de construire une maison et encore moins un immeuble.

Assez logiquement, les choses commencent à changer dans les premiers pays démocratiques. FL Wright fait sa première partie de carrière en ne construisant pratiquement que des maisons, dont beaucoup pour la bourgeoisie moyenne. Il devient même célèbre grâce à l’une d’elles, la maison sur la cascade. De son côté, l’Ecossais Charles Rennie Mackintosh ….

Sur le continent européen Violet Le Duc rédige un traité sur l’habitat individuel moderne dès 18XX. Mais le passage de la théorie à la pratique et de la maison bourgeoise à l’immeuble d’habitation se fait au début du siècle.

En France, Auguste Perret fait ses débuts en construisant un immeuble, à Paris, rue Franklin.

En Catalogne, Gaudi se fait connaître en construisant la Casa Vicens. Son intérêt pour l’architecture d’habitation ne se dément pas après le lancement du chantier de la Sagrada familia et la construction du palais épiscopal d’Astorga. Jusqu’à sa mort, il construit maisons et immeubles dont la celèbre Casa Milà à Barcelone.

A Vienne, Otto Wagner établit sa réputation en se consacrant presque exclusivement à la réalisation d’équipements publics et d’immeubles de logements.

Mais l’architecture a trop longtemps été un outil de scénographie du pouvoir pour que les choses changent du jour au lendemain. A Bruxelles, Horta continue de privilégier constructions prestigieuses et hôtels particuliers.

La révolution architecturale était en germe en Autriche. Elle prend forme en Allemagne. Entre les deux guerres, le bahaus imprime un tournant raical. Né avec la république de Weimar, ce mouvement exprime sa volonté d’améliorer aussi bien les conditions de travail que d’habitation de la classe ouvrière.

Véritable touche à tout, Le Corbusier construit maisons, immeubles et se passionne pour l’urbanisme. Sa « ville radieuse » imagine un zonage distingant clairement les activités du logement. Première star mondiale de l’architecture, il donne à l’architecte la mission de changer la vie en s’interessant au quotidien. Si la réflexion urbaine de Wright reste un cas relativement isolé aux Etats Unis (Mies Van der Rohe ne marquera aucun intérêt particulier pour l’habitat, fut-il individuel), en Europe, au contraire, le ton est donné.

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