La fin de l’encyclopédisme des Lumières selon Jimmy Wales

Quand une partie des Lumières s’éteint

Elles figurent parmi les premières victimes d’internet. En tout cas parmi les victimes les plus visibles. « Elles » ce sont les encyclopédies qui ont disparu des étagères familiales sans faire de bruit et, finalement, dans une relative indifférence générale. 

Le développement du web – et une de ses créations les plus célèbres : wikipedia – s’est accompagné de la fin de l’encyclopédisme des Lumières, un mouvement animé par la volonté de procéder à un état général des connaissances en une seule œuvre. Sauf à réduire cette ambition à un simple exercice de vulgarisation(ce qu’elle n’était pas seulement), l’extension du champ de la connaissance, la multiplication des disciplines et leur complexification croisssante rendait l’entreprise chaque jour plus illusoire. En ce sens, internet ne tue ni l’encyclopédie Larousse, ni  même le Quid, mais consacre la fin d’une utopie condamnée dès le premier jour de sa naissance : celle d’un savoir unifié et figé en un instant t. Ce que met en évidence sur un ton humoristique une des fameuses histoires de Hodja Nasreddin rapportée par Matthijs van Boxsel dans son « encyclopédie de la stupidité ». « A l’invitation d’un groupe de savants, Hodja Nasreddin se rendit à la maison de thé. Autour de la table étaient assis un géographe, un chroniqueur et un astronome qui faisaient avec enthousiasme des plans pour une encyclopédie universelle. « Tout doit sy trouver. – Tout ? demanda Nasreddin. – Tout » approuva la compagnie. Nasreddin réfléchit. « Alors, la rubrique « Encyclopédie » doit aussi s’y trouver, et là-dessus on doit pouvoir lire toute l’encyclopédie, etc. » Les savants se regardèrent, pris de vertige par cette soudaine mise en abîme que l’exhaustivité finit toujours par engendrer. « Déprimés, ils décidèrent tous ensemble qu’à l’avenir, à côté du Coran, ils ne consulteraient plus que le livre de la nature ».

Extrait d’un autre article paru sur La tribune libre : Ce qu’internet a vraiment changé dans notre façon de penser et d’agir