La fin de la photo noir et blanc selon Eggleston et Shore

 

Tentée de s’accrocher au NB pour se différencier de la peinture figurative, la photographie d’art finit par adopter la couleur  dans les années 70 et se trouve confrontée à un nouvel enjeu : se démarquer des codes de la photographie d’amateur et de la photographie publicitaire.  

Alors que l’invention  de la photographie couleur remonte au début du XXe siècle et que son utilisation se répand dans la presse et la publicité partir des années 60, les grands photographes continuent de privilégier l’utilisation du noir et blanc jusqu’au début des années 80.  Sur les 8 photographes américains sélectionnés pour incarner le travail de la nouvelle génération lors de la célèbre exposition « New Topographics : Photographs of a Man-Altered Landscape » (1) qui se tient en 1975, seul un, Stephen Shore, utilise la couleur Jusque dans les années 70 la photographie n’est pas considérée comme un art et encore moins comme une forme d’art contemporain. Ce qui est alors globalement considéré comme une technique de reproduction reste majoritairement associé au documentaire et au journalisme, au monde de la mode et à la publicité.

 

N’étant pas reconnue comme un genre à part entière, la photographie artistique est un peu partout. La photo de reportage se voit reconnaitre une dimension artistique particulière mais la photographie de mode, bien que proche de la publicité, n’est elle meme pas exempte de valeur artistique. Alors que la couleur se généralise à partir du milieu des années 60 et que la photographie couleur est connue depuis longtemps, le maintien du noir et blanc apparaît comme le signe  jugé intrinsèquement artistique, alors et connait un essor considerable des la première moitié des années 60.  

Tout le problème, c’est qu a l inverse des arts plastiques qui se sont débarrasses du sujet depuis longtemps, la photographie continue a ne valoir que par le sujet qu elle represente. Comment dans ces conditions la faire entrer dans l art contemporain ? Et est ce meme possible ?  La question taraude les jeunes photographes des années 70 qui aspirent a être reconnus comme des artistes a part entière. 

Admiratifs de la photographie d’ Adams et de Franck, tous sentent bien que la photographie apres un siecle d existence a fait le tour des sujets. Sauf a etre l adams de son epoque, les jeunes espoirs de la nouvelle generation arrive tous a la même conclusion : il faut tuer le sujet. Pour un art figuratif, comme la photographie la solution ne peut pas consister a verser dans l abstrait mais a tendre vers le banal. 

Le banal n est évidemment pas dépourvu de singularité. Les artistes photographes ne sont pas sans savoir que leur banalité est profondément américaine. Il faudrait peu de chose pour privilégier la culture populaire américaine et refaire du warhol.  il faudrait aussi peu de choses, un homme, un regard, un bar eclaire dans la nuit, pour suggérer une histoire et refaire hooper en versant dans la mélancolie qui constitue la contrepartie inévitable d’une civilisation individualiste. 

Jusque au début des années 60 le réel ne se représente qu en nb. Depuisquela photo couleur existe,le noir et blanc est la marque de la photo professionnelle. Mais très rapidement, cette  marque de différenciation avec la photo  utilitaire et commerciale apparait pour ce qu elle est : un refus, une volonté élitiste de resistance au progres technique qui colle mal avec l ADN de la photo. Plus embêtant encore : la photo nb  revêt soudain une dimension  nostalgique avec la généralisation de la photo couleur.  

   

La photographie n a pas le choix : pour s imposer comme un art, il lui faut accepter de se confronter directement a la photographie amateur et que la photographie commerciale, a savoir renoncer a se différencier par le nb et faire démonstration que l art n est pas simplement une question de couleur ou de nb. Oui la photographie peut traiter des mêmes sujets et le faire en couleur. Ce n est pas cela qui fait la différence.    

Article en cours de rédaction    

A lire :    

– interview de Stephen Shore réalisée en 2008, traduite par l’excellent blog http://www.histoiresdevoir.com : http://www.histoiresdevoir.com/2008/09/05/stephen-shore-en-video/#more-523    

A voir :    

– site de William Eggleston : http://www.egglestontrust.com/    

– Photographies de Stephen Shore : http://images.google.fr/images?sourceid=navclient&hl=fr&rlz=1T4SNYK_frFR316FR316&q=stephen+shore&um=1&ie=UTF-8&ei=o5uESt_8KKmNjAf5xeCQCA&sa=X&oi=image_result_group&ct=title&resnum=1

Tagué , , , ,