La fin de l’art religieux selon Jean Paul II

Tirant les conséquences de la mort de l’art religieux, Jean-Paul II développe un nouveau culte de l’image autour de la fonction pontificale. Mais l’absence de charisme et de stratégie de Benoit XVI montre rapidement les limites de cette « pape star stratégie ».

A la différence des autres religions monothéistes, le christianisme accorde depuis toujours une importance particulière à la fonction prosélytique et pédagogique de l’image. C’est sous la pression de la Réforme que la question de l’accès au Livre se pose. Mais, là encore, c’est d’abord par l’image (et plus largement l’art baroque) que l’Eglise mène la contre-réforme.

Ce primat accordé à l’image par l’Eglise a (au moins) deux raisons. La plus évidente tient au dogme de l’incarnation qui légitime la figuration de Dieu et de son fils, puis de la vierge et de tous les saints. L’essor du protestantisme s’insurge contre cette idolatrie mais n’y change rien. Au contraire. L’Eglise voit dans le mouvement luthérien et calviniste un nouvel exemple de dérive liée à une mauvaise interprétation du Nouveau Testament. Plus que jamais, il s’avère non seulement inutile mais dangereux d’égarer les esprit en facilitant l’accès à des écrits que les premiers conciles ont eu tant de mal à justifier. Pour l’institution, la relation entre Dieu et les fidèles doit être avant tout fondée sur l’amour et la foi. Or qui mieux que l’image peut à la fois inspirer de tels sentiment et remplir une fonction éducative ?

La médiatisation de Jean-paul II ne constitue donc pas un changement radical mais renoue, sur un autre mode, avec la tradition ancienne de l’image. Cette médiatisation s’appuie sur un double constat. Le premier réside dans le déclin du média privilégié par l’Eglise depuis ses origines. En dépit du talent et la passion d’un Marc  Chagall, l’art religieux s’éteint lentement depuis près d’un siècle. L’heure n’est d’ailleurs plus à l’art sacré mais à la sacralisation de l’art, une évolution qui sépare définitivement l’Eglise des artistes et restreint leur audience à une élite. Or le catholicisme ne se vit pas simplement comme une religion  mais comme une religion universelle. Le second constat est celui d’un échec stratégique. Vatican II n’a pas réussi à endiguer la progression du protestantisme en Europe et en Amérique du Sud. Il se peut même que la réforme ait désorianté un peu plus la majorité des fidèles. En tout état de cause, la renaissance escomptée par l’intiateur de la réforme, Jean XXIII, n’est pas au rendez-vous.

L’élection de Jean-Paul II se base d’abord sur ce constat d’échec : il ne sert à rien de se battre sur le terrain de la doctrine en recourant à des outils dépassés. Il faut désormais opter pour une stratégie d’image. Avec un objectif clair : gagner des fidèles dans le seul espace géo-politique où ces fidèles existent potentiellement. L’Europe de l’Est. Pour ébranler le communisme, l’Eglise vise prioritairement la Pologne, là où l’adversaire est sans doute le plus fragile. Là aussi où le catholicisme est encore le plus vivace. Une fois le mur de Berlin tombé, la médiatisation de Jean-Paul II permet d’engager et de consolider cette reconquista de la fin du XXème siècle. Le bilan est certes variable suivant les pays mais l’objectif que s’est assigné l’Eglise à travers l’élection et la médiatisation de Jean-Paul II est globalement atteint.

La médiatisation de Jean-Paul II s’accompagne néanmoins d’une conséquence : la superposition du message et de l’émetteur. Le phénomène est d’autant plus inéluctable que le message du pape, d’un voyage sur l’autre, reste invariablement le même. On ne vient donc pas écouter Jean-Paul II. On vient surtout le voir. La ferveur que suscitent ses apparitions s’adresse moins à Dieu, ou au Christ, qu’à lui-même. Le fait est là : le catholicisme ne s’est jamais incarné à ce point… depuis Jésus. Tant que le communisme existe, cette stratégie a un sens. Tant qu’il s’agit de reconquérir des part de marché en Europe de l’Est, aussi. Mais une fois ces étapes franchie, la « religion cathodique » tourne sur elle-même. Elle s’avère incapable de briser l’indifférence ni de contrer les avancées des églises (et des sectes) protestantes. Un « pape-star » ne suffit plus. La disparition du communisme puis la mort de Jean-Paul II soulèvent tout d’un coup une question que le charisme du pape avait fini par occulter :  l’Eglise a-t-elle encore un message et une stratégie pour le XXIème siècle ?

A lire

Sur les relations entre l’Eglise et les artistes : https://caparaissaitevident.wordpress.com/2009/01/12/petite-histoire-des-relations-houleuses-puis-indifferentes-entre-leglise-et-les-artistes/

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