La fin de la création originale selon Warhol

warhol5Si Warhol est un peintre unique en son genre, ce n’est qu’un peintre moyen. Et si c’est un peintre moyen c’est parce qu’il est le seul peintre de son genre. Telle est la thèse défendue par un livre paru en 1990 et signé par un jeune historien d’art, Hector Obalk. Une thèse qui suscite  aussitôt la critique ironique et condescendante des experts. Preuve s’il en est qu’on ne plaisante pas avec les icônes de l’art contemporain mais surtout que la démonstration d’Olbak a fait mouche.

Intitulé « Andy Warhol n’est pas un grand artiste », l’essai d’Hector Obalk parait en 1990, l’année même de la rétrospective consacrée par le centre Georges Pompidou à l’icône du pop art. En dépit des affirmations de l’auteur, le titre se veut évidemment provocant. Mais, après tout, l’art contemporain en a vu d’autres. Sinon que l’argumentation développée par Olbak s’appuie sur un double constat difficilement contestable : les peintures de Warhol doivent beaucoup à la qualité des oeuvres reproduites et à l’originalité de la technique.

La question du modèle original

Pour Olbak, l’esthétique de Warhol ne fait que renvoyer à celle de ses modèles. Marylin Monroe, Elisabeth Taylor et leur photogénie. Les boites Campbell’s ou Brillo. Dans tous ces cas, Warhol exploite l’oeuvre d’autres artistes comme le design des bouteilles Coca-Cola imaginé par Alexander Samuelson, l’identité visuelle de Brillo créée par le peintre James Harvey, celle de Campbell’s datant de 1898 ou encore la photographie de Marilyn due à Gene Kornman. Warhol sera d’ailleurs menacé d’un procès par James Harvey avant que l’affaire ne se règle à l’amiable. Pour Olbak, le procédé est à ce point contestable que « au lieu de demander des droits exorbitants aux pauvres critiques d’art qui dissertent sur Warhol, la Succession Andy Warhol devrait plutôt en payer aux ayants droits de Marylin [et, pourrait-on tenté ajouter, à ceux de Gene Kornman], pour chaque sérigraphie vendue ».

De l’objet manufacturé aux sujets médiatisés

Ancien publicitaire fasciné par les médias, l’artiste n’a jamais caché que son ambition ultime n’était pas de devenir un grand peintre mais un homme célèbre. Pour atteindre cet objectif, il cherche une idée, un « concept » qui le distingue des autres artistes du pop art. Ses « Campbell’s soup » n’y suffisent pas. Le thème des produits alimentaires est déjà préempté et exploité par d’autres. Obalk fait de la découverte de Lichtenstein par Warohl un tournant décisif :  » A partir du moment où Roy faisait si bien les images de BD, j’ai décidé de prendre d’autres directions dans lesquelles je serai le premier – comme la quantité et la répétition ». Le concept warholien consistera donc à dupliquer et décliner des sujets médiatisés (et non plus des objets manufacturés) suivant une technique, le report photo-sérigraphique – utilisé par les publicitaires mais encore inconnu des artistes – traité en bichromie (le noir et une autre couleur). Cette technique offre à Warhol un espace d’expression où aucune concurrence ne peut exister, sinon en prenant le risque de produire du « sous-warhol ». Au même titre que Duchamp et ses ready made, Warhol est le meilleur dans son genre. Mais que veut dire « le meilleur » dès lors que l’artiste et le genre se confondent totalement ? 

On peut toujours débattre de cette analyse mais on comprend que le marché de l’art, n’ait pas, mais alors pas du tout apprécié Obalk…

– une interview passionnante de Obalk sur un article controversé du Canard enchaîné

– un article très complet sur les principales expositions et collections de musées

quelques précisions sur Warhol

♦ Hector Olbak n’a pas toujours été inspiré. Notamment à ses débuts. « Les mouvements de mode expliqués aux parents » écrit en collaboration avec Alain Soral et Alexandre Pasche frise le ridicule (quand il n’y sombre pas complètement). On mesurera le chemin parcouru depuis en prenant connaissance d’une critique sur ce petit manuel aujourd’hui  épuisé.

Tagué , , , , ,