Bénédicte Desforges : extraits de “Flic. Chroniques de la police ordinaire”

  • A propos des menottes

« (…) J’ai menotté des gens qui avaient battu, volé ou tué, j’ai menotté des toxicos en manque qui avaient tout cassé dans leur propre maison, pour ne pas qu’ils finissent par se faire mal, j’ai menotté des cambrioleurs en flagrant délit en train de dépouiller des plus pauvres qu’eux, j’ai menotté des gens violents pour qu’ils me foutent la paix et pour ne pas m’en prendre une, j’ai menotté un père qui avait violé sa fille, et un collègue a menotté la mère qui ne voulait pas qu’on menotte le père pour « ça », j’ai menotté des gens qui avaient comme seul tort d’être là au mauvais moment, j’ai menotté dans le doute, j’ai menotté par erreur, j’ai menotté des vrais cons et des braves cons, j’ai menotté plein de gens (…) »

  • Le chiffre

« Si le chiffre n’était pas une abstraction, il aurait une statue à son effigie dans chaque commissariat. Ou son portrait dans un cadre doré à l’or fin, à côté de celui du chef de l’Etat. Le chiffre est une entité omniprésente et autoritaire qui plane au-dessus de chaque service de police. En choeur, tous les patrons le rappellent dans les incantations consacrées. « Le chiffre ! » « Je veux du chiffre » « Ramenez du chiffre ! » Chaque flic doit garder à l’esprit qu’il existe avant tout pour le chiffre. On ne lui demande pas d’avoir foi en le chiffre, mais simplement de le pratiquer au quotidien. Sans se poser de questions. Et avec ferveur si possible. Le chiffre est gourmand, mais il n’a pas d’exigence particulière sur la qualité de ce qui le fait grossir(…) »

  • Les fenêtres

« (…) Une femme a jeté sa fille de deux ans par la fenêtre et s’est jetée derrière elle. Neuf étages. La mère est morte, presque sur le coup. La petite, au bout de trois heures de tentatives de réanimation sur place. insupportable. Je me rappelle. Ils ont enlevé tous les tuyaux de sa bouche, de son nez, ses veines. Sa tête a roulé sur le côté. Poupée fracassée… Tout son sang est sorti de ses narines. On est allé dans l’appartement. IL était fermé de l’intérieur. Le couvert était mis pour deux, et le yaourt de la petite fille n’était pas fini. »

“Flic. Chroniques de la police ordinaire” de Bénédicte Desforges – J’ai lu – Editions Michalon 2007

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Une réflexion sur “Bénédicte Desforges : extraits de “Flic. Chroniques de la police ordinaire”

  1. […] ♦ “Flic” de B. Desforges n’a pas seulement valeur de témoignage. C’est aussi, à l’inverse de la plupart des biographies, un ouvrage littéraire qui mérite d’être lu en tant que tel. Quelques extraits sur ce blog : http://franckgintrand.wordpress.com/2008/10/26/extraits-de-%e2%80%9cflic-chroniques-de-la-police-ord… […]

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