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La fin de l’idéal antique selon Viollet-le-Duc

ME0000054256_1Avec Viollet-le-Duc, le style gréco-romain perd pour la première fois de l’histoire son statut de référence ultime en matière d’architecture. Objectif : accorder autant d’importance et de soin à l’habitat ordinaire qu’aux plus grands palais. Une révolution qui reste en partie inachevée.

Lorsque Viollet-le-Duc rompt avec une conception de l’art assise sur l’histoire, il avance un argument difficilement réfutable : aussi admirables soient-elles, les architectures du passé ont été imaginées dans des contextes qui n’ont rien à voir avec la France de la fin du XIXe siècle. Certes, des palais continuent d’être construits. Et ils le sont toujours selon "l’architecture de la boîte" qui veut que, pour des raisons de symétrie, on trace d’abord un carré ou un rectangle auxquels sont ensuite subordonnés la configuration et l’organisation des différentes parties (1).

Mais à quelques exceptions près, tout a changé. Pour peu que la suprématie esthétique de la symétrie ait un encore un sens, ce que Viollet-le-Duc va jusqu’à contester (2), l’édifice de prestige ne constitue plus qu’une partie de la commande publique. A l’heure de la république, les palais sont surtout des hôtels de ville et les grandes églises sont moins des projets de nouvelles constructions qu’un patrimoine historique que l’Etat demande à des architectes comme Viollet-le-Duc de réhabiliter.

Autre changement majeur : les ingénieurs sont en passe de devenir les héros du progrès. Pour répondre aux multiples besoins de la révolution industrielle, on ne compte plus les mises en chantier de gares, de ports, de ponts, d’usines… Et un ingénieur comme Gustave Eiffel est plus connu que bien des architectes de son époque. 

Face à ces boulversements, Viollet-le-Duc propose une conception radicalement nouvelle de l’architecture, légitimée par sa seule fonctionnalité et avant tout centrée sur l’habitat. Non pas l’habitat haussmanien qui continue de privilégier l’apparence extérieure.  Mais l’habitat résidentiel dont la fonction première doit être de répondre au besoin de confort – qui est une idée nouvelle par rapport au besoin d’afficher son rang - et au mode de vie de ses habitants - par nature diférent selon qu’il s’agit, par exemple, de construire une maison de ville ou une maison de campagne (3). A la fin du XIXe siècle, ce parti pris est tout simplement révolutionnaire. Il le reste encore aujourd’hui. En effet, pour Viollet-le-Duc, "il faut tout autant recourir au bon sens pour élever une maison que pour construire le Louvre" et "la valeur de l’architecte ne s’estime pas par la quantité de mètre cubes de pierres qu’il met en oeuvre [et] la grosseur du monument ne fait rien à l’affaire"(4) (…) Le principe de la structure est ou doit être le même (…) et c’est quand on s’écarte de ces principes que l’on tombe dans la fantaisie et les non-sens"(5).

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