La fin des quatre murs selon Wright

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En prouvant qu’un bâtiment peut être autre chose qu’une boîte grâce à l’encorbellement en béton, Frank Lloyd Wright ouvre la voie à une émancipation totale de l’architecture.

A priori rien ne prédispose Wright à devenir une icône de l’architecture moderne. Né et élevé dans une famille terrienne, l’homme n’aime pas la ville. Où s’il aime la ville, c’est une ville horizontale et suburbaine. Ses references, il veut les puiser directement dans l’Amérique des origines et non dans l’histoire europeenne. Sa conception de la modernite est toute entiere tournee vers l’architecture domestique et pas dans les batiments publics ou collectifs. Son idéal réside dans la banlieue naissante de Chicago et non dans dans Chicago elle-même. 

C’est en construisant des maisons dans ce qui est encore une prairie – Oak Park – que Wright se veut le porte parole d’un style propre au Nouveau Monde, un style respectant la culture et la beauté des paysages du Middle West, dégagé des influences de l’architecture européenne, débarassé de toute référence au passé. Car Wright croit en l’existence d’une culture spécifiquement américaine, dominée par la liberté et l’individualisme, et, par conséquent, en la possibilité d’une architecture radicalement nouvelle, de préférence résidentielle et "vernaculaire".

En réalité, le style Prairie adopté par Wright est à la fois une impasse et une étape. Certes, les maisons constituent des modèles de classicisme, de sobriété et d’élégance. Dans une large mesure, leur géométrie est même plus rigoureuse que celle des villas européennes construites à la même époque. Mais aussi intéressante soit-elle, cette reflexion mene tout droit a une impasse. Après en avoir fixé les principales caracteristiques dès 1900-1901, Wright porte le style Prairie a son apotheose, qvec la construction de Robie House, seulement sept ans plus tard. Des lors, il est condamné à se répéter indéfiniment. A moins de renoncer a reinventer l’architecture en fondant sa demarche sur l’habitat individuel. Or aucune de ces options n’est concevable.

Qu’à cela ne tienne : Wright lance "l’architecture organique". Ce concept, delibérément vague, permet de donner un semblant de cohérence a une oeuvre qui se cherche encore. Car Wright part dans toutes les directions en continuant de construire des "maisons Prairie" mais aussi des résidences ornées de motifs moulés ou imprimés, plus inspirées par la nostalgie de cultures disparues que par la vision d’un monde nouveau (Aline Barnsdall, Alice Millard et Charles Emmis houses, notamment). Le style organique est également une facon d’inscrire dans un même ensemble des édifices publics, hermétiques et massifs, qui ignorent, comme les maisons, tout ce que le béton recelle de potentialités : le siège de la société Larkin, le Temple unitarien d’Oak Park ou encore l’Hôtel impérial de Tokyo.

Pourtant, lorsqu’il construit Robie House en 1908 et, plus encore la maison de Mrs Thomas Gale l’année suivante, Wright n’est pas loin de révolutionner l’architecture. Il ne le sait pas encore mais les ingrédients des oeuvres qui passeront à la postérité sont bien présents dans ces deux maisons construites à un an d’écart.  Robie house prolonge une toiture très peu pentue bien au-delà des murs  et élimine toute ornementation au profit des surfaces plates. La maison de Mrs Thomas Gale fait disparaître la toiture classique au profit d’un toit terrasse et fait appraître des balcons en saillie. Tout y est donc. Il ne reste plus qu’à forcer le trait et aller jusqu’au bout de la logique.

Il faut attendre 20 ans et une commande exceptionnelle pour que Wright fasse entrer l’architecture de plein pied dans la modernité. Fallingwater marque une rupture spectaculaire et s’impose d’emblée comme l’acte fondateur de la maison moderne (2). Tout y concourt : un site exceptionnel (une cascade dévalant un terrain en pente), le choix du béton armé, des terrasses surplombant le vide et constituant l’aboutissement d’une réflexion qui, de la maison Robbie à celle de  Mrs Thomas Gale, en arrive à une conclusion simple  mais radicale : grâce au béton armé, l’architecture peut se libérer des murs porteurs. Ce n’est pas une simple performance mais une découverte aussi importante que celle de l’arc boutant et de la croisée d’ogive.

Wright veut en finir avec ce qu’il appelle l’architecture de la "boîte". Fallingwater est la première étape de cette déconstruction qui inspire d’autres maisons (la maison de John C. Pew, notamment). La deuxième étape va consister à affranchir l’architecture de la ligne et des angles droits. C’est ainsi que les bâtiments du siège et du laboratoire de la société Johnson de même que le musée du Guggenheim font plus que reprendre et développer le principe de l’encorbellement. Celui-ci devient courbe.

Article en cours de finalisation

(1) L’architecture arts and crafts par Par Peter Davey (2) Sélectionnée pour faire la couverture de Time en 1938,  Fallingwater est saluée 20 ans plus tard comme la maison la plus célèbre du monde par "House and Home"

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